mercredi 18 janvier 2017

Désert 1/

Le vent souffle sur mon visage. Les grains de sables fouettent mes pieds. Où que je regarde, je ne vois qu’un désert devant moi, ses dunes, ses silences, la chaleur de la journée et le glacial de la nuit. Derrière moi,un îlot de verdure et de vie. Mais je ne peux pas reculer. Mon peuple, ma famille, mon centre de vie m’a rejeté. Je ne peux plus faire machine arrière. Je suis condamné à mettre un pied devant l’autre sans pouvoir me retourner.

Peut être que ce voyage me conduira vers des découvertes, mais pour l’instant, je ne vois que cette étendue vide et sans vie. Mes pieds me poussent lentement dans ci qui sera certainement un enfer. Je voudrais reculer, mais la décision a été sans appel : pars et ne reviens plus !
Pourtant je ne pense pas avoir été différent, du moins à ce point. Pourtant je pense avoir essayé de faire ce qu’il fallait, mais rien n’y personne ne m’a jamais dit quoi faire précisément. Les codes de ma communauté me sont incompréhensibles, inévitablement j’ai dû commettre des erreurs considérées comme graves. Mon esprit alerte et logique ne résout pas ce problème et je ne peux que valider la solution, la leur, qui n’en est pas une pour moi.

Je regarde le sable. Lui aussi glisse sans savoir pourquoi son congénère se frotte à lui. Mais au moins il fait parti d’un tout. Un grain isolé n’a aucune signification, aucune fonction, aucun avenir. Mais ensemble, ils ont un effet sans précédent, indestructible et infini. Je vais devoir chercher comme un grain de sable isolé le sens de ma vie, si tant est que ce désert m’en laisse le temps.
On m’a dit que des individus ont survécu et sont revenus plus forts, plus vivants que jamais. Mais l’autre n’est pas moi. L’autre est une inconnue que j’ai essayé de toutes mes forces de comprendre, entourer et aimer. Mes efforts étaient vains car je ne comprenais pas leurs attentes, leurs codes, leurs règles, leurs non-dits. J’ai essayé d’utiliser ce langage qui normalement rapproche les personnes, mais c’est comme si je n’étais jamais entendu et encore moins compris.

Maintenant j’avance dans ce désert où la température monte de minute en minute. Un scorpion passe à côté de moi, il m’ignore. Je poursuis ce chemin qui ne me mène nulle part. On dit que le plus important ce n’est pas la destination mais le chemin que l’on prend. Mais encore faudrait il comprendre quel est ce chemin ? Pourquoi il faut le prendre ? Pourquoi je ne saisis pas l’immensité du vide qui m’entoure, faisant suite à une communauté de partage et d’apparente amour. Lentement j’avance, sans savoir ni pourquoi ni combien de temps. Peut être trouverais je un point d’eau ? Mais il n’étanchera pas ma soif. Ce n’est pas mon corps qui est en danger mais cette lumière intérieure qui vacille, bougie dans une tempête de sable.

Mes pas se font douloureux, la chaleur du sable augmentant avec le temps qui passe. Mes idées, bien que claires, ne savent pas quoi faire de ce problème sans solution. Les envies, les désirs sont dissociés de mon corps, et celui-ci ne veut plus les ressentir. La chaleur du sable me permet de les ignorer, pour le moment. Les pas se font mécaniques, tout comme ces robots qui servent les humains. Et pourtant je sens que ma pile d’alimentation n’est liée qu’à ceux-ci, ce qui inévitablement finira par épuiser mes réserves. Je ne veux pas laisser un squelette sans vie et joie, mon corps me pousse donc à avancer, dune après dune.


Mais plus je m’éloigne de cet îlot de bonheur, manifestement fictif et mensongé de ce que j’en ai compris, bien que ce ne fut pas mon cas, je ressens le désert qui m’enveloppe de ses bras, endormissant, annihilant mes émotions pour ne laisser place qu’à ces pas, l’un après l’autre, enfoncés dans ce sol brûlant et meuble. Pourquoi avancer ? Pourquoi pas ! Ne comprenant pas les raisons, logiques ou non, qui les ont conduit à cette décision, je ne peux pas lutter et ne peux que laisser cette machine de chair et de sang faire ce qu’elle sait faire : m’enfoncer plus loin dans cette étendue sans limite et sans espoir de survie. Et pourtant, cette machine veut survivre...