lundi 23 janvier 2017

Désert 10/

En me réveillant, mes yeux s'entrouvrant voient qu'il fait nuit, mais je n'ai pas froid. Les arbres forment un bouclier thermiques qui maintiennent une température agréable. Mon corps reste immobile, il n'a pas encore récupéré de ces jours passés dans cette isolation minérale.

Mes yeux refermés ne voit plus ce regard noir mais un caléidoscope multicolore. Un tourbillon de d'images sans signification mais non agressives. Je n'en comprends pas la signification. Je cherche à donner un sens à ce que je vois mais mes efforts sont vains. Je continue à les observer. Il change de forme, tantôt une myriade de constructions mathématiques, tantôt des nuages haletants et lumineux.

Se pourrait-il que ce soit un effet secondaire de ces baies bleu-noir ? Je ne sais, mais je ne me sens pas malade ni physiquement diminué. Mon esprit est plus alerte et semble plus clair. Pourtant ces images sont irréelles. Leur luminosité n'est pas aveuglante mais elle opère comme un puissant psychomoteur, un tremblement de ma conscience la suit et cherche à la découvrir plus amont.

Du bleu, du rouge, du jaune, du blanc, du violet, du vert, je n'arrive plus à discerner toutes les variations qui s'imposent à moi. Un vent psychique m'envahit et me calme. Ce n'est pas une tempête mais un vent doux, comme sur les berges de nos rivières là où ma communauté vivait, de là où l'on m'a chassait. Je ne sens pourtant aucune gène. Certes je pense toujours à cette abandon, cette exclusion soudaine et me condamnant aux espaces de vagues de silice.

Je ressens comme une âme qui me regarde, m'observe et m'embrasse de ses bras lumineux. Mon corps ne ressent rien, mais mon cerveau voit son activité chimique être au maximum de ses capacités. Cette illusion psychique, puisque rien n'est réel lorsque je cligne des yeux, s'adoucit, et, tel un message subliminal, me fait tendre mes bras vers ces baies bleu-noire. Je saisis une grappe nouvelle, son parfum semble de plus en plus fort mais sans danger apparent.

Ma main les détachent une à une, et maintenant je les mastique puis les avale avec douceur. Mes deux mains récupèrent quelques volumes d'eau coulant de cette source d'eau étrange. Je la bois, tout aussi lentement que la première fois. Mon corps se radoucit encore, et ma conscience glisse doucement à nouveau dans cet abandon physique et mental, à l'abris des feuillages et de cette micro forêt, mêlant arbustes et arbres protecteurs du Soleil et du vent cinglant.
Je m'allonge à nouveau, et je replonge dans mon sommeil, non plus réparateur, mais quasi onirique.