mercredi 25 janvier 2017

Désert 13/

La solitude imposée de ces lieux fait écho à celle de mon cœur. Elle souffle un un air chaud, que mes poumons inspirent, que mon corps transforme et rejette comme une douleur carbonisée. Mon avancée ne s'en trouve pas diminuée, mais une gêne prend mon sternum, comme une caisse de résonance à ma douleur. Le robot qui exécute les mouvements de mes jambes et de mon bassin est déconnecté de mes réflexions, laissant libre court aux voyages illusoires.

Une main qui tiendrait la mienne, des lèvres qui m'embrasseraient, des mains qui caresseraient mon visage et sècheraient ces larmes sèches, dans l'impossibilité physiologique de n'en sortir qu'une seule. Et pourtant les soubresauts d'émotions violemment douloureuses ne cessent d'affluer. Des yeux, magnifiques, d'un bleu magique et amoureux. Mon esprit chasse les autres images, plus érotiques, bien qu'étroitement liées à cet amour infini que je lui porte.

Cette humanité ne vit que pour se reproduire et a pourtant inventer la contraception, certes utiles et libératrices de la femme, mais réduisant l'acte à un simple plaisir égotique, à peine partagé.  Je pense à ces moments, non de fusion, mais où les corps tentaient par la maximisation du contact à la porosité de nos âmes. Un échange non pas de fluide mais d'une émotion à l'état pur, un amour sans limite.

Mais que pensais maintenant qu'elle m'a rejeter avec les autres membres de la communauté, sans même me donner une chance d'adapter ce comportement qui semblait inadapté. Mais peut-être en suis-je incapable ? Peut-être suis je un handicapé de la vie communautaire ? Finalement, ce désert est sans doute le milieu qui me correspond le plus, où aucune possibilité de mensonges n'est possible, où les faux semblants n'ont aucun sens ni aucun avenir. La chaleur n'est pas celle d'une âme sœur, mais elle est une chaleur presque humaine, sans sous-entendu, sans règles non dites.

Je sens la brise sur mon visage, et j'imagine la caresse de sa main. Mais celle-ci flotte et disparaît derrière moi, me laissant dans cet isolement de silice. Je m'arrête un moment, pose mes genoux à terre, tend les mains vers le sable et le saisis comme j'aurais saisi avec douceur les hanches de cette compagne inatteignable. Je la caresse, je tente de l'attraper mais elle fuit entre mes doigts, comme le temps qui passe, temps qui n'a aucune signification dans cet endroit. Les dunes me rappellent les courbes de son corps, ces instants magiques où j'observais une beauté infinie qui abrite une âme magique.

Mais mon corps reprend le dessus, il ne sert à rien de s'arrêter. Il faut reprendre la marche. Mes genoux se redressent, mes mains laissent échapper la peau de ma bien aimée dans le vent et mes pieds reprennent leur inconcevable voyage. Je n'ai pas fini le mien. Qui suis-je ?

Un jour, une nuit, peut-être la dernière, ou la première, j'aurais la compréhension à ces questions qui m'assaillent. Auront-elles un sens pour le reste de cette vie desséchée ? Me permettront-elles d'abreuver d'un fluide vitale, non pas physique mais sentimental cet être abruti par les rayons du Soleil et par le froid de la Lune ?