mercredi 25 janvier 2017

Désert 14/

Mon esprit continue son voyage, tout autant que mon enveloppe charnelle. Pensées après pensées, remords après espoirs, les pas ne se font pas hésitants mais insistants. Je ne fuis pas mon existence, je tente de la recouvrer. Quelle sera-t-elle ? je n'en sais rien et après tout, qui ça peut intéresser ?

Perdu dans cette immensité aride, mes pas se font plus lourd. Ce n'est pas la fatigue. Non, c'est une gène plus profonde vis-à-vis du sol. Il me résiste, me freine. Je ne comprends pas et mon cerveau reptilien augmente l'afflux sanguin dans mes jambes. Rien n'y fait. Je ralentis. A tel point qu'à un moment, je me vois immobilisé. Je regarde mes pieds et je ne les vois déjà plus. Mes chevilles sont encore apparentes, mais elles s'enfoncent encore à leur tour. Je tente de me débattre, un sursaut vital prenant tout mon corps pour m'extirper d'ici. Mais plus je tente, plus je m'enfonce. M'en voici au niveau des genoux. Et je comprends, des sables émouvants.

Comme mon âme, voici mon corps prisonnier de cet espace vide et humide de mes larmes retenues. Il s'enfonce encore et ce sera bientôt le bassin qui sera prisonnier. Mon cœur s'accélère, non pas pour des raisons d'amour mais en raison des hormones qui pousse mon corps à réagir. Mon cortex réagit :
- Ne bouge plus ! Plus tu bouges, plus tu t'enfonceras vite ! Réfléchis !

Alors je pense, et mon squelette charnel s'immobilise, momie de sable mais toujours encore vivante, en tout cas pensante. Mon corps arrête sa progression vers ces abimes dépeuplées. Mon visage tente d'observer le moindre objet à saisir pour m'extirper d'ici, le moindre être qui pourrait venir me sauver.

Mais quelle idée ? Je suis perdu dans un monde de désolation ou rien ni personne ne se trouve, à part ses milliards de grains de sable, tout comme je l'étais dans cette société dite humaine. Je commence à paniquer mais je voudrais pourtant tenter de me calmer. Je vais finir étouffer par mes poumons enlisés, inspirant de la roche réduite en poudre, expirant le peu de vie qui me reste encore. Je vais disparaître enseveli dans une tombe sans sépulture, mais au moins, je n'aurais pas les vautours qui viendront me dévorer. Les vautours ? Il n'y en a pas. Quelle différence alors ?

- Que choisis tu ? Le désert physique ou le désert humain ? Apprends qui tu es !

Encore cette voix, la même voix que dans cet oasis chimérique. Que dois-je comprendre ? Je m'enfonce, quel choix ais-je donc ?

- Que choisis tu ? Le désert physique ou le désert humain ? Apprends qui tu es !

Dans le genre répondeur automatique qui ne comprend pas ce qu'on lui dit, il se pose là. Il répète toujours la même phrase. Mais cela ne me donne pas le chemin. C'est comme quand on a un GPS qui n'est pas à jour et qui vous indique de tourner dans le ravin parce qu'avant il y avait une route à cet endroit. Si on suit bêtement ses ordres, la voiture, et vous, se retrouve à faire un chute vertigineuse. Ici ma chute est lente et ne semble pas prête à me libérer aussi facilement.

Qui je suis ? Qu'en sais-je ? Le désert physique ou le désert humain ? J'ai les deux. Comment pourrais-je choisir ? D'ailleurs, pour le moment, le choix, je ne l'ai pas, les deux ! Comment pourrais-je faire un choix ? La nuit tombe, le sol semble se stabiliser au niveau de mes hanches. Mais je sens qui si je bouge encore, je ne tarderais pas à m'enterrer encore plus profond, mettant en péril mes capacités pulmonaires.

Je dois réfléchir. Une question est posée, mais je ne comprends ni son sens, ni son utilité. La Lune éclaire ce paysage vallonné et projète une ombre indécise de mon buste sur ce sol bien trop affectueux. Je dois réfléchir. Calmer ce corps, maîtriser mes pulsions et ignorer pour le moment mes émois sociaux-amoureux.