samedi 21 janvier 2017

Désert 6/

Maintenant que mon système nerveux commande de manière indépendante mes foulées inadaptées, mes pensées qui passaient il y a peu comme une branche au milieu d'une rivière, sans s'arrêter mais flottant à sa surface, ces pensées refont surface et viennent s'accrocher aux rivages de ma conscience.

Je vois ces visages. Je vois un visage. Celle qui fut ce que je considérer comme mon âme sœur, un visage d'ange et de douceur. Elle est belle et son paysage intérieur est bien plus immense encore que ce désert chaud et brulant. Son regard était une baume permanent à mon âme, la seule qui semblait comprendre sans les mots ce que je pouvais ressentir. Pourquoi me suis-je trompé, non pas sur mes sentiments mes sur son monde intérieur ?

Chaque pas dans le sable flou, me rappelle combien je tâtonnais dans cette relation, tendant de prendre une position stable et solide, mais aussi douce et amoureuse. Le sable a fini par irriter notre porosité, notre humeur et les dunes qui n'étaient que des obstacles ponctuels sont maintenant des montagnes et des ravins. Sans n'avoir aucun élément concret, tout mon système d'informations cumulées tendent à craindre qu'elle même ne se retrouve pousser dans ce désert aride. Mais comment pourra-t-elle y résister, y survivre ?

Alors que ces réflexions continuent d'affluer en moi, relâchant quelques larmes d'une eau précieuse dans ce contexte, je sens le vent augmenter. Mes yeux voient au loin une masse sombre et mouvante se projeter vers moi. Une tempête des sables ? Que faire ? Mon cerveau reptilien reprend le dessus, trouver un moyen de se protéger ? N'importe lequel ?

Je me mets derrière une dune plus importante que les autres, une à la hauteur de la désolation de mon être, et je tente de m'y cacher derrière. Je déchire un pan de ma chemise et le place sur mon visage, comme une protection bien futile. Le vent redouble, le sable vole autour de moi. Le jour se fait nuit, le bleu du ciel n'est plus qu'un amas de roches et d'agressions sans interruption. Le sable de la dune me recouvre et je suis obligé de bouger pour ne pas être enseveli. Mon cœur et mon esprit lutte pour cette survie dérisoire. Le sable fouette mon corps, comme si un bourreau s'occuper de moi pour obtenir je ne sais quels aveux. Mon souffle est difficile, tant l'air n'est plus, mais seul ce vol d'oiseaux de pierre. Et je revois en fermant les yeux ce regard noir qui me fixe. L'intensité de son regard n'a jamais été aussi importante. Se peut il que ce soit son moment ? Se peut il que je ne pourrais pas survivre à cette terre qui me tombe sur la tête ?

Je me recroqueville, tenant de conserver un espace d'air vicié par ce silice pour continuer de respirer, mes poumons hurlant leur douleur.