samedi 21 janvier 2017

Désert 8/

 Je ne sais si je me suis évanoui, ou si j’ai perdu simplement la notion du temps. Mais je sens ma main tendu ce qui doit être vers le ciel ne plus être frappée par les vagues alcalines. Le calme semble être revenu. Et pourtant je boue en moi comme si un danger imminent s’annonçait. L’adrénaline se répand dans mon corps et je pousse de toutes mes forces, tout d’abord avec mon autre bras, pour dégager à mon visage un espace suffisant pour respirer. Puis mes genoux se plient et me poussent au dessus de ce tombeau sans structure. Je pousse de toutes mes forces et ma tête enfin surgit de ce marécage sec. Lentement, le sable se détache de mes membres, s’effondre loin de mon bassin, et je m’assois enfin. Autour de moi, les dunes ont muté. Elles ne sont plus comme dans mon souvenir. Elles sont là, certes, mais différentes et partout. Mais un espace entre elles s’est formé. Un espace relativement rectiligne. Mon corps comme mu par je ne sais quelle espérance, se lève d’un bond, que je n’aurais pas cru pouvoir faire il y a quelques heures encore.

Cet espace est dur, et non pas meuble sous mes pieds. La marche est facile. Mais mon esprit est en alerte. Pourquoi ? Qu’est-ce encore que cela ? Est-ce un piège de plus de ce désert ? Un mirage destiné à m’enfoncer toujours plus dans ce désespoir terrestre ?

Mon corps l’ignore et force le pas. J’observe le plus loin que je peux, mais je ne vois rien au bout. J’entends le silence, mais pas un silence habituel. Pas celui du désert, mais celui de l’absence. Celui d’une contrée d’où l’on ne revient pas. Celui où les mots même n’ont plus de sens.

Mes jambes dictent leur loi et font vibrer ce sol dur sous leur poids. Je réfléchis mais je ne vois aucun moyen de contourner, ni aucune autre solution viable d’ailleurs. Quel autre choix aurais-je ? Aller dans les dunes à nouveau ? Être à nouveau sous une tempête de sable et ne plus pouvoir me désencercueiller ? Après tout, qu’ai je à perdre, si ce n’est ma vie ou ma raison ?

Mais ma raison, je l’ai déjà perdu. En quittant, forcé, ma communauté, ma raison de vivre s’en est allé, évanoui comme le sable d’hier qui n’est plus ici. J’ai été remplacé comme le sable après cette tempête, sable qui n’est plus le même, bien que semblable. Alors ma vie, que vaut elle maintenant ?

Un voyage de plus sur un chemin dont j’ignore l’objectif. Un chemin tracé de manière consciente ou artificielle à ce que j’en juge, mais par qui et pour quoi ?
Mes questions pourraient avoir une réponse. Ou plusieurs. Mais il me faut avancer, et suivre ce corps qui de toute façon ne veut plus s’arrêter.