vendredi 27 janvier 2017

La Chose : Acte III

ACTE III
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Décor :
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La table est revenue au centre. Le sofa est maintenant à droite.

Personnages :
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- Charles
- Frédéric
- Pierre
- Serge
- Charlotte
- Méphistophélès


Scène I


( Charles est seul. Il tourne en rond en attendant quelqu'un. De temps en temps, il regarde sa montre et jette un coup d'oeil à la pile de papiers sur son bureau. On frappe à la porte. Il va ouvrir. )


Charles - Bonjour, mes amis! Entrez! Entrez! Je vous en prie...
Frédéric - Merci, Charles! Bonjour!
Charles - Bonjour, Frédéric!
Frédéric - Je vois que Serge n'est pas encore arrivé!
Charles - Non, non. Pas encore!
Pierre - Nous sommes pourtant à l'heure!
Charles - C'est qu'il sera en retard!
Pierre - C'est certain!
Frédéric - Tu sais, Charles, c'est un critique influant qui t'aidera sûrement à faire découvrir ton oeuvre au grand public.
Charles - Je sais, je sais. Mais est elle digne de cela?
Pierre - Le peu que vous m'ayez fait lire est remarquable, mon cher! Vraiment remarquable!
Charles - Je vous ai tout montré!
Pierre - C'est encore mieux! C'est inouï!
Frédéric - Humm... ( Gêne ) De toute façon, c'est bien meilleur qu'avant. Tu as réellement mûri dans ton style et tes idées.
Pierre - Oui, oui, oui! Tout à fait! Vos réflexions m'ont ravi! Elles dénotent un esprit puissant et vif.
Charles - Vous me gênez, mon cher Pierre! Ce n'est pas aussi riche que vous le prétendez!
Pierre - Mais si! Mais si! En tant que professeur de Philosophie, je peux vous assurer que vos idées sont novatrices! Elles sont assurées d'une descendance auprès des littéraires futurs.
Frédéric - Je pense qu'il a raison, Charles!
Charles - Frédéric, mon ami! N’exagères pas! Quoi! tu penses toi aussi, que mes écrits sont à ce jour dignes d’intérêt?
Frédéric - Oui, bien sûr! Reconnais tout de même que tu as évolué! Ton éloquence, ton argumentation, et le fond même de ton sujet!
Pierre - Tout à fait! Je dois dire que j'ai été conquis!

( En même temps on frappe. )

Ah? Ce doit être ce cher Serge!

Scène II


( Serge à la porte et entre. )



Charles - Bonjour, entrez! Je vous en prie!
Serge - Bonjour, bonjour!
Frédéric - Bonjour Serge!
Serge - Bonjour, Frédéric! Comment vas?
Frédéric - Bien, merci. Et toi? Le journal?
Serge - Oh, la routine! Tu sais comment est le milieu! Chacun essaye de tirer la couverture...
Pierre - Bonjour, cher Serge! J'ai lu votre dernier article! Splendide!
Serge - Ah, notre cher Pierre, toujours philosophe?
Pierre - Ma foi, mon plaisir est fonction de la grandeur de l'homme!
Serge - Votre dernier pamphlet est des plus intéressant!
Pierre - Je vous remercie! Venant de vous, ce compliment me touche!
Serge - Bien, mais nous ne sommes pas ici pour vous mais pour notre écrivain et hôte, Charles!
Pierre - Tout à fait! Tout à fait! J'ai lu ses oeuvres et je les adore!
Frédéric - Serge. Il faut que tu les lises. Je crois que cela peut t’intéresser.
Serge - Bien, présentez les moi, mon cher! ( Vers Charles )
Charles - ( Prenant une des liasses de feuille sur le bureau. )
Tenez, les voilà!

Scène III


( Charlotte entre dans le salon par la chambre, dans le dos de Charles. Serge, Pierre et Frédéric regarderont Charlotte, charmes. )


Ce sont quelques poésies et textes divers. Quoi?
( Voyant Charlotte. ) Ah, c'est toi, Charlotte! Viens que je te présente! Charlotte, Frédéric, l'ami dont je t'ai parlé!
Charlotte - Bonjour, Frédéric
Frédéric - Bonjour! Mademoiselle?
Charles - Oh, nous ne sommes pas mariés mais c'est tout comme. Monsieur Pierre, professeur en Philosophie.
Charlotte - Bonjour, Monsieur.
Pierre - Je vous salue, Mademoiselle! Vous êtes ravissante.
Charles - Et enfin, Monsieur Serge, critique littéraire de renom!
Serge - N’exagérez pas! Mais je dois dire qu'en tant que critique, le jugement qu'a porté Pierre à votre égard est exact, encore que sous-estimé! Vous n'êtes pas seulement ravissante mais également superbe et féminine.
Charlotte - C'est trop d'honneur que vous me faites. Je ne suis qu'une simple femme avec ses qualités et ses défauts.
Pierre - Que c'est joliment dit! Avez vous fait des études?
Charlotte - Je suis un peu ce que l'on nomme une autodidacte.
Serge - Vu le résultat, vous n'en avez que plus grand mérite.
Pierre - Tout à fait!
Charlotte - Je n'ai que le mérite d'être née!
Pierre - Quelle belle pensée! Vraiment, vous êtes merveilleuse!
Charlotte - Vous me gênez...
Serge - Vous devez être écrivain avec cet esprit brillant?
Charlotte - Non, pas du tout! C'est Charles qui est l'artiste dans notre couple. Je ne saurais pas écrire comme lui le fait!
Pierre - Serge a raison. Je suis sûr que vous pourriez écrire!
Charlotte - Je ne sais...
Serge - Si, certainement!
Charlotte - J'en doute...
Pierre - Si si!
Charlotte - Mais...
Serge - Réfléchissez y!
Charlotte - Je ne crois p...
Pierre - Mais si! Mais si!
Serge - Vous devriez essayez.
Charles - Mais qu'ont ils? Et mon oeuvre? Et moi?

( A Frédéric, qui se sont écartés du groupe constitue de Charlotte et de Serge et Pierre focalises sur elle. )

Frédéric - Allons, calme toi!
Charlotte - Pourtant...
Pierre - Avec votre talent!
Charles - Sa beauté les a complètement subjugués!
Frédéric - C'est pourtant vrai qu'elle est belle!
Charles - Tu voies!
Frédéric - Charles!
Charlotte - Non, vraiment!
Serge - La nature vous a dotée de dons rares, usez en!
Pierre - Tout à fait!
Charles - Je ne vais pas rester ainsi les laisser lui faire leur cour!
Frédéric - Allons! Réfléchis aux conséquences! Rappelle toi l'importance de leur jugement sur la publication de tes oeuvres!
Charles - Tu voudrais que, pour la gloire, je sois cocu!

( Frédéric tire par le bras Charles jusqu'au bord de la scène. Le groupe se retirant vers le fond, près du bureau. )

Frédéric - Charles! Bien sûr que non! Pourquoi cocu? Mais un peu de tact...
Pierre - Tant de charmes et d'esprit réunis!
Charles - Du tact! Du tact!
Charlotte - Mais Charles a beaucoup plus d'esprit que moi, et son charme est tout littéraire!
Serge - Hmmm...
Charlotte - Tenez, lisez quelques un de ces poèmes!
Frédéric - Allons, calme toi! Tu voies bien ce qu'elle fait!

( On entendra plus qu'eux. )

Charles - Quoi!?
Frédéric - Elle joue pour toi! Elle te présente sous de bons hospices. Elle te fait ta pub, elle te vend, quoi!
Charles - Mais...
Frédéric - Allons, laisse! Elle est certainement la plus qualifiée pour faire l'article. Elle est par sa beauté et son intelligence, ton meilleur atout face à cet homme qui fera l'avenir de ton oeuvre par son jugement.
Charles - Tu croies... ?
Frédéric - Mais oui, bien sûr!
Charlotte - Et voyez dans celui ci, toute la rondeur, l'amplitude de ses vers qui font leur beauté...
Pierre - Oui, oui, tout à fait! Les rondeurs...
Serge - La beauté... Oui, oui!
Charles - D'accord, mais regarde leurs yeux baveux sur la plastique de Charlotte... Croies tu qu'ils apprécient mes écrits? Non, ce qu'ils apprécient, c'est l'avocate de mes poèmes, non pour son discours, mais pour sa voix et son corps.
Frédéric - Oh, Charles!
Charles - Elle pourrait leur défendre les vertus de la pomme de terre ou l'à propos du sucre dans le café, qu'ils manifesteraient le même intérêt.
Frédéric - Tu es dur avec toi même!
Charles - Non, je suis réaliste!

( Les trois reviennent au premier plan, rejoindre Charles et Frédéric. Serge tient les feuillets. )

Serge - Je suis convaincu du talent que vous possédez, cher ami.
Pierre - Je dois dire que votre amie m'a éclairée de sa lanterne sur des passages qui demeuraient encore sombres à mes yeux.
Serge - Quand à moi, sa charmante lecture m'a révélée votre oeuvre!
Charlotte - Ils aiment tout et sont prêts à se porter garant pour toi auprès des maisons d'édition.
Pierre - Tout à fait!
Serge - J'irai même plus loin, je vous recommanderai à un éditeur de mes amis. Vous serez publié! C'est une affaire réglée!
Pierre - Tout à fait! Et je parlerai de vous à mes amis intellectuels!
Frédéric - Voilà qui est formidable, n'est ce pas Charles?
Charles - Oui... Oui, bien sûr. C'est formidable...

( Sans débordement )

Serge - Bien, je vais vous laisser. Je dois aller rejoindre un collègue qui est en passe d'obtenir le prix littéraire de ce mois.
Frédéric - Nous vous sommes reconnaissant d'être venu aussi vite!
Charlotte - Oui, ce fut très aimable de votre part!
Serge - Désolé de vous fausser compagnie mais je pourrais repasser à l'occasion...
Charlotte - Vous serez toujours le bienvenu...
Serge - Bien. Bien, Mademoiselle! Au revoir!

( Il sort, saluant de la main tout le monde, emportant l'exemplaire. )

Frédéric - Au revoir!
Charlotte - Au revoir, Monsieur!
Pierre - Au revoir! Mais, oh! j'y pense. Il faut que je vous parle de mon prochain pamphlet. Attendez, cher Monsieur! Je vous accompagne!
Serge - ( Par la porte. ) Alors dépêchez vous, j'ai à faire!
Pierre - Tout à fait! Alors, au revoir, Monsieur. Votre oeuvre est vraiment géniale! Au revoir, Frédéric! Merci de m'avoir amené chez votre ami poète. Mademoiselle! Au revoir! J'ai été charmé de vous connaître!
Charlotte - Moi de même!
Serge - ( Réapparaissant ) Alors?
Pierre - J'arrive! Désolé, Mademoiselle! Au plaisir!
Serge - C'est ça!


( Ils sortent. Frédéric ferme la porte. )

Scène IV



Frédéric - Ah, voilà! Ton succès est assuré! On a gagné!
Charles - Hmm, oui! Je te remercie, Frédéric! Sans toi, je n'aurais jamais réussi à me contr...à m'introduire dans le milieu.
Frédéric - Oh, ce n'est rien! Mais pense aussi à remercier Charlotte! Sans elle, je ne sais pas si cela se serait aussi bien passé!
Charlotte - Son oeuvre est superbe! Je n'ai fait que la mettre en valeurs!
Charles - Mouais! Enfin, je te remercie tout de même. Je te dois une fière chandelle, Frédéric!
Frédéric - De rien, Charles! Tu es mon ami. C'est la moindre des choses que je pouvais faire. Bon, je vais y aller à présent. Mademoiselle, je vous salue!
Charlotte - Pareillement!
Frédéric - Allez, à la prochaine!
Charles - Merci, à la prochaine.


( Ils se serrent la main et Frédéric sort. )

Scène V



Charlotte - Tu en fais une tête, mon chéri! Qu'as tu? Tu n'es pas content?
Charles - Content? Non, pas du tout!
Charlotte - Mais enfin, tu as ce que tu voulais!
Charles - Quoi?
Charlotte - Et bien, la gloire!
Charles - Non! Elle sera factice! Tout cela vient de toi. Ce ne sont pas mes écrits qu'ils ont admirés mais toi et ta beauté!
Charlotte - Oh, Charles! Mon chéri!
Charles - Tu croies que je ne t'ai pas vue leur faire les yeux doux à ces deux vieillards lettrés!
Charlotte - Mais enfin...
Charles - Oh non, je t'en prie! Qu'ont ils donc, ces gens ennuyeux, poussiéreux, ignorant de tout concept artistique et vieux par dessus le marché?! Je les voyais lorgner sur tes rondeurs poétiques. Ils n'avaient qu'une envie, les caresser de leurs doigts crochus et stupides!
Charlotte - Tu n'y es pas du tout! Nous discutions de tes oeuvres. Serge et Pierre t'admirent sincèrement. De plus, ils en avaient une vision forte intéressante, différente de la tienne et j'y découvrais une autre personnalité, insoupçonnée!
Charles - Une autre personnalité! Ah Ah! Traîtresse!
Charlotte - Mais si tu ne voulais pas que nous parlions de tes oeuvres, il ne fallait pas les leur montrer?
Charles - Catin! Et tes regards langoureux!
Charlotte - Ne dis pas ça! Mes regards langoureux! Quoi!? Après tout, c'est toi qui m'as présentée à eux! Je n'y peux rien.
Charles - C'est ça, bientôt ce sera ma faute! Si encore tu n'avais été ainsi qu'avec un seul d'entre eux!
Charlotte - Ce n'est pas moi qui ai choisi de divulguer tes créations au plus grand nombre.
Charles - Cocu aujourd'hui! Et sous peu, cocu des millions de fois! Et ne donne pas dans l'humour, je te prie!
Charlotte - Oh, n'exagère pas, ils n’étaient que deux! Qu'y puis je s'ils me découvraient ainsi sans défense, offerte sans arme contre leur esprit critique?
Charles - Et leur corps? Hein? Et leur corps plus sulfureux même que ton origine maline?
Charlotte - A qui la faute? Ce n'est pas moi qui ai choisi, je te le répète!
Charles - Ca y est! C'est ma faute, à présent!
Charlotte - Si tu n'avais pas été si coincé, si tu n'avais pas eu tant de peurs insurmontables, si tu n'avais pas eu cette lâcheté de me laisser parler à ta place - car c'est toi qui, consciemment ou pas, m'y a poussée -, enfin, si tu n’étais pas si imbu de toi-même, peut être n'aurais je jamais fait cela! J'ai fait ce que tu ne voulais ou ne pouvais pas faire, te vendre!
Charles - Je n'en peux plus. Ma vie est un Enfer à cause de toi!
Charlotte - Ca, je le sais, merci! Remercie donc Méphisto...
Charles - Non, ce n’était pas de l'humour! Tu me rends la vie impossible. Il faut qu'à chaque instant, je m'ausculte, je me dissèque pour savoir pourquoi je t'ai créée ainsi.
Charlotte - Ce fut ton choix, ne l'oublie pas!
Charles - Je ne l'oublie pas! Comment le pourrais je? Tu es la pour me le rappeler tous les jours. A chaque heure de ma vie, à chaque minute, que dis je! A chaque seconde de ma putain de vie, tu es là, face à moi, à me narguer de cette existence que je t'ai offerte, de ce pouvoir qu'ils ont acquis de me juger. Ah, que je regrette! Que je regrette! J'aimerais te quitter!
Charlotte - Tu ne le peux pas, mon chéri. Je suis ta muse vénale et on ne se sépare pas comme cela de moi. Tu as passé un accord. Tu te dois de le respecter.
Charles - Que faut il que je fasse? Aaah! Mais que puis je faire?

( Elle s'est dirigée vers le bureau, et prend un des doubles du livre de Charles. Elle le lit. )

Charlotte - Tu n'y peux rien, mon chéri...
Charles - Tu m'en as trop fait! Je t'aime mais là, c'est plus que je ne peux en supporter!

( Il saisit un burin près de la statue. )

J'en ai assez, tu m'entends. Assez! Trop, c'est trop! C'est fini!


( Il s'est glissé derrière elle et tente de la poignarder en se jetant sur elle. Elle se retourne sur lui au dernier moment. Lutte. Arrive Méphistophélès de la chambre qui intervient en les séparant et, d'un coup de poing, projette Charles en arrière. )

Scène VI



Méphistophélès - Ah non! Je t'en empêcherai!
Charlotte - ( rires )
Charles - Que? Que?
Charlotte - ( colère ) Tu as tenté de me tuer!

( Elle se relève, aidée par Méphistophélès. )

Méphistophélès - Tu croyais donc pouvoir l'éliminer aussi facilement! Ah, sombre idiot!
Charles - ( Se relevant. ) Si ce n'est pas aujourd'hui, ce sera demain!
Méphistophélès - Jamais tu ne pourra réussir, je te surveille tout le temps. J'ai le don d'ubiquité, ne l'oublie pas!
Charles - Aaah, j'y arriverai bien!
Charlotte - Tu sais bien que c'est impossible! Ma vie est liée à ton pacte, mon chère et tendre... bourreau. Ha ha ha!
Méphistophélès - Je dirais même plus! Nous n'avons quasiment plus besoin de toi!
Charles - Quoi?
Méphistophélès - Mais oui! Réfléchis donc, pour une fois! Tu as crée Charlotte à l'aide de tes travaux, soit! Mais une fois mort, je serai toujours propriétaire devant l'éternité de tes droits d'auteur. Charlotte, qui deviendra mienne après ton décès, se verra offert par mes services l'immortalité!
Charles - Qu'ai je donc fait?
Charlotte - Tu as signé un pacte avec le diable, mon chéri!

( Elle se regarde dans un miroir et sort un rouge à lèvres. )

Oh, je suis toute démaquillée!
Charles - ( Il s'effondre sur une chaise. ) Elle vient de me briser ma vie et elle ne songe qu'à son maquillage! Ah non! Mais je suis donc si bête que ça pour avoir parapher ce parchemin? Mais... à ce propos, je n'ai rien signé?
Méphistophélès - Vous savez, de nos jours, un simple accord oral fait office de contrat. Devant les tribunaux, je gagnerais le procès, s'il devait y en avoir un!
Charles - Aaah, maudit soit...
Méphistophélès - Je le suis déjà et depuis fort longtemps.
Charles - Je... Je... Je...
Charlotte - Calme toi, mon chéri.
Méphistophélès - De toute façon, je dois te punir maintenant.
Charles - Me punir?
Méphistophélès - Eh quoi? Tu as essayé de briser notre union infernale! Tu ne penses tout de même pas t'en tirer ainsi! Voyons, quelle sera ma sentence?
Charles - Vous n'avez qu'à me débarrasser de cette... Chose!

( désignant Charlotte )

Méphistophélès - Ah ha ha! J'ai parlé de châtiment, pas l'inverse! Non, je vais réprimer cette capacité de bien exprimer tes idées, tes émotions, ton talent, et ce, grâce à cette chère Charlotte. Tu ne pourras plus jamais créer quoi que ce soit de neuf! Tu vivras jusqu'à ta mort sous les soins que j'espère attentifs de notre oeuvre. Tu ressasseras sans cesse, jusqu'à en devenir fou, tes créations passées. Tu ne pourras jamais les sortir de ton esprit ni de ton coeur. Tu seras réduit à répéter cette même mélodie sans jamais plus aucune originalité. Tu seras comme un bègue de toi-même. Voilà ma sentence! Alors, que les flammes s'emparent de ton cerveau avant que l'Enfer ne se charge de ton âme et moi de tes oeuvres!

( Elle referme le rouge à lèvres et le range. Méphistophélès sort par la chambre. Charles est pétrifié.)

Charlotte - Et voilà! Tu as tout perdu, mon chéri! Ne pouvais tu pas te contenter de ce que tu possédais? Pourquoi ce désir de toujours avoir plus? Encore et toujours plus? Vois! Maintenant que tu n'as plus rien! Enfin, presque, il te reste encore quelque chose, moi...



( Il s'enfuit dans la chambre. Elle éclate d'un rire diabolique. Rideau )