vendredi 27 janvier 2017

Le Héros Perdu : ACTE IV

ACTE IV


SCENE I

La prison. Le Héros est seul dans un cachot sombre et humide. Une seule porte, avec une ouverture rectangulaire munie de barreaux, ainsi qu'une fenêtre comme un soupirail, munie elle aussi de barreaux. C'est le début de la nuit.



Le Héros: Mais que leur arrivent ils tous? On me suspecte.
Comment!? Moi qui toujours ai défendu l'ancêtre!
Personne à par moi n'est plus soucieux de justice!
Partout je pourchasse le mal pour qu'il périsse!
Y a t'il un abus, ou quelque tyrannie,
Que le héros surgit pour aider l'insoumis!
Une juste cause prend elle son essor
Que voilà dévoué à ses côtés mon sort!
Un litige apparaît qu'aussitôt je deviens
L'intermédiaire quand il n'y a plus de lien!
Comment peut on m'accuser d'un assassinat?
M'a t'on vu, même en colère, lever mon bras?
Quant à la Reine dont je voulais être aimé,
Dans un cachot sombre et froid, elle m'a jeté.
Je vois combien elle remercie les acteurs
De son succès. J'aurais du, loin de ces rumeurs
Politiques, de ces espoirs de souverains,
Me tenir à l'écart en conservant mes mains.
Moi qui avait jusque là conservé intacte
Mon indépendance, refusant tous les pactes
Qui me liraient d'une quelconque manière
A des crapules ou à des chefs sanguinaires!
Moi, renonçant sans un remords à tous plaisirs
Dont l'origine ferait mon âme rougir!
Moi, pesant chacun de mes gestes, de mes mots
Pour ne pas blesser! Moi, n'étant pas vraiment sot!
Quelle idée m'est venue de saisir cette lance?
Est-ce donc par peur pour mon épée d'une outrance?
Elle qui n'a jamais mis à mort froidement...
Ou est-ce alors Sylvain, terrible ainsi gisant,
Qui m'a exaspéré, faisant naître ce diable,
Hideux, sanguinolent, qui m'a rendu malade?
L'ami d'hier a-t'il réveillé quelque vent
De panique folle, me poussant froidement
A ce geste? Pourquoi celui-ci, pas un autre?
Mais je saisis mieux la vase où la Mort se vautre.
Elle n'a reculé devant rien pour sauver
Sa misérable vie, même me condamner!
Comment a-t'elle pu convaincre l'assemblée?
Certes, ma défense a pris un goût d'allégé.
Je ne me suis pas du tout battu pour mon sort!
J'avais fait confiance en la Reine, bien à tort!
Mais de là à m'emprisonner sans un procès?
La Mort est rusée, m'accusant de son méfait.
J'entrevoie l'horreur de cet esprit si sournois.
Mais je n'arrive pas à comprendre pourquoi?
Non pas le pourquoi du choix de la Mort, pas plus
Des conclusions de la Reine, de cet abus!
Mais de ma destiné! Qui fut donc irrité
A ce point à mon sujet? Qui? Divinité?
Prince des Ténèbres? Quelques puissants d'ici
Ou d'ailleurs? Je ne sais vers qui pousser mon cri?
Ah! Qui ai je offensé pour subir son courroux?
Vais-je mourir ainsi? C'est à devenir fou!
N'y a t'il donc aucune équité ici bas?
Aaah! Qui va m'aider? Qui? ... Quel Dieu ou quel magnat?
Je ne connais personne ici. Et à quoi bon?
Viendrait on apporter de l'air à ma prison?
Je peux bien attendre, personne ne viendra!
Que puis je faire? Qui m'ouvrira donc ses bras?
Vais je crier à l'aide? On ne m'entendra pas!
Je n'ai ici comme auditeur rien que des rats!
Je crie, je supplie... En vain! Les rats continuent
Leur oeuvre, grignotant l'espoir qui ne suit plus!
Leurs dents si acérées viennent las! mascérer
Mon âme ensanglantée et mon corps enfermé!
Ce grouillement putride affecte mon cerveau
Isolé. J'aurais tant à dire sur mes maux!
Ah si seulement là, on voulait m'écouter...!
Grand Dieu! Si je pouvais parler?
Avarice : (Dans les coulisses) Vous parlerez!
Le Héros: Qui?

SCENE II

Avarice entre par la porte du cachot, seule. Le garde referme derrière elle.


Avarice : Moi!
Le Héros: Avarice?
Avarice : Je vous ai entendu...
Très beau discours! Touchant! Je vous ai presque cru.
Le Héros: Je suis innocent!
Avarice : Quand bien même ce serait!?
Le Héros: La vérité...
Avarice : On ignore ce qui est vrai!
Innocent ou coupable... Il faudrait le prouver!
Et alors? Qu'est ce que cela pourrait changer?
Le Héros: Mais... je pourrais être libéré!
Avarice : Impossible!
Le Héros: Quoi?!
Avarice : La Reine vous croit fautif.
Le Héros: Inadmissible!
Avarice : Hélas! C'est de votre tête dont il s'agit!
Le Héros: Sans même être juge?
Avarice : C'est pourquoi me voici!
Le Héros: Vous voulez bien m'aider?
Avarice : A sauver votre vie!
Mais il faut pour cela que vous signez ceci.
Le Héros: Qui a écrit ce document?
Avarice : Sa majesté!

( Elle lui montre un papier. Il le prend et le regarde rapidement. )

Le Héros: Bien, voyons! Il est écrit que je soussigné,
Moi, Héros, admettre avoir commis les dit crimes...
Quoi?! Mais c'est un aveu?
Avarice : Qu'il suffit que tu signes...
Le Héros: Pourquoi le ferai je? Non, je suis comme un ange!
Avarice : La Reine propose de faire cet échange:
Votre vie contre une signature...
Le Héros: (Il lui rend le papier.) Jamais!
Jamais vous ne me verrez signer cet arrêt!
Avarice : Allons, c'est cela ou être décapité!

( Elle lui tend le papier, en vain. )

Le Héros: Vous parlez d'un choix! En fait, j'y suis obligé.
Vivre sans respect ou mourir avec honneur?!

Avarice : Non, je dirais plutôt choisir entre un malheur
Ou un sursis! (Même jeu)
Le Héros: (S'exclamant) Ha! Ha! Je ris!
Avarice : Vous vous moquez?
Le Héros: Hélas! Non de vous! Mais vous avez évoqué
Le terme approprié à mon sort: Un sursis!
Ha! Ha! Ha! (Exclamations et non rire)
Avarice : Expliquez!
Le Héros: Vous n'avez pas compris?
Mais c'est pourtant simple. Je signe ce papier.
Et plus tard, lorsque vous m'aurez tous oublié,
Une nuit sans Lune verra mon sang briller!
Avarice : Comment?
Le Héros: Quelque lame viendra l'âme m'ôter!
Avarice : Quoi?
Le Héros: Ma parole! Faut il vous le dessiner?
Un soir, la Reine m'enverra m'assassiner!
Mes jours s'éteindront tel le Soleil dans les cieux,
Laissant pour unique trace qu'un sombre adieu.
Avarice : Vous vous suiciderez!?
Le Héros: Ce sera maquillé
Car ce n'est pas ma main qui logera l'épée!
Une main décidée et froide aura raison
De ma misérable vie pour quelques galons.
Vous êtes étonnée? Vous ne devriez pas!
Avarice : La Reine l'a promis... (Remontrant le papier)
Le Héros: Je n'en fais pas grand cas!
Après tout, elle allait bien me récompenser!?
Reconnaissante, elle me fait emprisonner.
Alors qui l'empêchera de recommencer?
Dites moi?
Avarice : J'ai quelque chose à vous proposer.
Si vous signez, je promets de vous libérer.
Le Héros: Mais comment ferez vous pour les persuader?
(Reprenant le papier)
Ma cause étant déjà entendue par la Reine,
Hélas!, il faudra vous donner beaucoup de peines
Pour parvenir enfin à ouvrir les verrous
Qui me retiennent là dans ce cachot, ce trou!
Avarice : Qui vous parle de ça? Vous vous évaderez!
Le Héros: Je m'évaderai?
Avarice : Oui? Voulez vous là rester?
Le Héros: Quoi? Par la petite porte, je sortirai!
Avarice : Comment? Au grand jour! Réhabilité? Jamais!
Le Héros: Devant mon refus de reconnaître un méfait
Que je n'ai pas commis, votre esprit froid renaît.
Il vous faut trouver une autre idée maléfique
Pour venger la fin de ce père tyrannique.
Vous vous résolvez donc à me faire évader
Pour pouvoir mon honneur de la sorte souiller.
Mais, Avarice, ce que vous ne savez pas,
C'est l'important, pour moi, de ce qui ne l'est pas.
Peu m'importe demain d'être décapité,
Si à ces chantages, j'aurai su résister!
Vous voudriez, pour me sauver, que j'abandonne
Ma fierté, mon honneur! Que je fuis sans vergogne!
Qu'au fond des miroirs de ma conscience sacrée,
Je ne vois rien d'autre que dols et lâchetés!
Vous voudriez que ma vie soit jonchée de peurs,
De hontes et d'ombres, que mes nuits soient pâleur,
Que je me terre, seul, accusé par erreur
D'un crime dont je ne suis que le spectateur.
Non! Vous pouvez offrir ce pardon fallacieux
A quelque manant mal léché!

( En même temps qu'il dit ces dernières paroles, il déchire le papier. )

Avarice : Quel prétentieux!
Mais votre vanité va vous coûter la vie!
Le Héros: Qu'importe si ma liberté est à ce prix!
Je préfère mourir enchaîné par mon corps
Mais libre de coeur que vivre avec un remords.
Avarice : C'est plus que je ne puis supporter!

( Elle se dirige vers la porte et frappe. )

Le Héros: C'est bien peu!
Avarice : Vous le regretterez!

( Le garde ouvre la porte. )

Le Héros: Ca, jamais! C'est mon voeu!
Avarice : Oh!


SCENE III

Elle sort vexée et la porte est refermée.


Le Héros: C'est fait! A l'aube, je serais emmené.
Je serai traîné comme un voleur, enchaîné,
Maintenu à genoux, mes pieds et mes poings liés.
Allons! Je saurai leur montrer un chevalier!
Je mourrai dignement et ils seront honteux.
Ma fin sera plus claire et plus vive qu'un feu!
Je serais si digne que tous leurs rangs, leurs titres
S'effaceront mettant ainsi fin au chapitre!
Mon honneur retrouvé à titre posthume
Illuminera mes bourreaux d'une amertume!

( Un silence )

J'ai fait le bon choix! Un héros se doit d'avoir
Le front haut. Demain, peut-être, verra ma Gloire!



La lumière s'estompe. La nuit est tombée complètement.


Rideau.