dimanche 12 février 2017

Désert 32/

Le Soleil et la Lune se sont enchaînés, et la mer de sable communique à sa façon des éléments : Mouvement du sable, glissement de terrain, écoulement des eaux, souplesse d'adaptation...

Je sorts de ma transe, rentre dans l'abri si étrange et plonge à nouveau mes mains dans les jarres, avec mesure. J'observe le banc et la couche.

Je m'approche du banc et applique mes mains sur son socle. Je n'arrive à rien bouger, aucune action ne semble possible. Je me recule, et tente à nouveau de comprendre les messages brumeux de cet environnement aux composants innombrables. Je m'avance à nouveau et cette fois porte mes mains sur le banc.

Je reste ainsi, cherchant une voie, une piste. Sans comprendre le comment, je comprends que le sable sous-jacent est une force, implicite et furtive, qu'il me faut utiliser. Par des pressions douces et variées de mes mains sur la surface du banc, je sens le sol réagir à sa façon, non pas à mes ordres, mais par coopération. Je cherche le lien avec la couche stratifiée. Elle semble d'une façon ou d'une reliée à ce banc. Je vois un chemin, ou plutôt des chemins. Par pressions successives, j'essaye d'orienter le sol à suivre l'un ou l'autre de ces chemins. Quand la résistance est trop grande, je reviens en arrière et je reprends une autre voie.

Un à un, j'élimine les chemins que j'aperçois dans mon esprit. Il ne me reste plus aucune solution.

Décidément, faut-il que je prenne le risque de surcharger mon corps encore de cette substance ? Non, c'est trop dangereux. Je laisse alors mes mains glisser sur le banc, n'essayant pas de suivre une orientation, mais plutôt de laisser le sable m'orienter. Doucement, un autre passage se fait jour. Les grains bougent les uns par rapport aux autres et dégagent une ligne de force. Je ne la maîtrise pas mais je l'accompagne.

Lentement, après des virages multiples, je joins enfin le bloc de marbre qui me sert de lit. Mais ce n'est pas fini. Comment activer le mécanisme insondable ? Là encore, je laisse le sable se frayer plusieurs chemins, comme une multitude de petits courts d'eau qui cherchent une rivière où se jeter. Certains butent sur des barrages infranchissables, d'autres continuent d'avancer.

Et l'un d'eux entrouvre une voie. Quasi immédiatement le socle, par un mécanisme complexe, se désolidarise et présente une autre surface, composée de graphes multiples. Je m'assure que le chemin reste ouvert et je me déplace vers ma couche. J'observe les symboles, certains représentant manifestement l'eau, d'autres les arbustes des baies. A nouveau, mes mains se portent sur cette nouvelle surface, choisissant ce qui me semble le moins dangereux et le plus facile à manipuler, à savoir ceux qui concernent l'eau.

A nouveau, la force tectonique du sol se manifeste. Un ensemble de mécanisme se met en œuvre. Je ressens l'eau puisée et remontant par un ingénieux stratagème. Une ouverture se fait jour sur le côté et j'entends l'eau qui monte doucement. Je me retourne et saisis la jarre d'eau vide et la place devant la sortie ainsi révélée. Comme une fontaine de montagne, l'eau sort glacée et s'écoule lentement dans la jarre. Je la vois se remplir. Mais je pense immédiatement qu'il faut savoir arrêter le mécanisme, sous peine de vider cette réserve d'eau qui se reconstitue lentement.

Je réapplique mes mains sur le socle de commande et j'essaye de revenir en contact avec les forces souterraines. Je n'arrive pas à changer le cours des choses et la jarre va bientôt être pleine. Il serait dommage de gaspiller cette eau unique. Je reprends contact avec le flux et le reflux du sol. J'entraperçois un sillon continue qui pourrait, s'il était interrompu stopper le mécanisme. J'influe sur le cours, comme une supplique, pour exercer une pression amicale sur celui-ci. Quasi instantanément, l'eau arrête d'être puisée. Mais l'ouverture est toujours ouverte. Je cherche encore et entrevois cette fois le mécanisme de fermeture, lui aussi commander par une pression de pesanteur fluctuante. Là aussi, l'ouverture se referme.

Je ferme immédiatement la jarre hermétiquement, comme je l'avais trouvée. Mais je sens également que je viens de perdre le contact avec ces dunes vivantes à leur façon. La couche se referme, et je me sens épuisé. Je replace dans un dernier effort la jarre à sa place d'origine puis m'allonge sur la couche à nouveau formant un bloc unifié. Je sais maintenant chercher l'eau. Il me reste encore à comprendre la façon de faire pour les grappes, et là, je sens bien que la complexité sera démultipliée.

Je m'endors, essayant de me remémorer ce qui s'est passé, de façon à conserver et rendre plus instinctif cet échange avec le minéral. Pour une fois, ma nuit est bienveillante. Pour la première fois, un espoir se fait jour. Les difficultés seront encore nombreuses, mais je me sens capable.
La nuit est douce, mon corps détendu et mon esprit en harmonie avec l'essence de ma vie et de celle qui m'entoure.