mardi 14 février 2017

Désert 33/

Je me réveille, enfin reposé. Et surtout je suis calme car j'ai compris une partie du mécanisme. Je me lève et sors dehors pour observer le Soleil se lever sur cette mer quasi immobile. Je ressens encore légèrement les ondulations, mais pas suffisamment. Après un long moment à observer ce paysage qui ne me paraît plus aussi hostile, je me retourne et attrape quelques baies et des gorgées d'eau.

Cette fois, je me mets en position assise devant le banc, pour éprouver au mieux les mouvements insondables sous-jacents. Je sonde le sol avec ma pensée, mon corps et j'embrasse les bases du banc.

Puis, comme la dernière fois, je pose mes mains sur la surface de cet appui de marbre. Je ressens à nouveau les chemins multiples, mais l'expérience d'hier me permet de guider plus facilement les choix favorisant l'ouverture de la couche stratifiée. Au bout de quelques minutes, je parviens à débloquer l'ouvrage, laissant apparaître ce qui ressemble à portail de contrôle.

Lentement, je m'approche de celui-ci et observe les autres signes. Indéniablement, ils concernent les arbustes et les baies bleu-noire, mais par lequel commencer ? Je tente celui qui ressemble à une épuisette. Appliquant mes mains, lentement et doucement, je cherche le trajet des ondes sableuses reliant cet outil à ce boîtier.

Je ressens celui-ci bouger, balayant l'air devant lui, mais à une telle distance qu'il ne peut toucher un des arbustes. Il est sans doute heureux car je sens que ces mouvements avaient aussi trop de force,

Je change de contrôle, comme un sonar, et je vois l'épuisette se rapprocher doucement, sans oscillation d'un des arbustes. Je maîtrise mal le déplacement et celui-ci heurte, heureusement sans violence, l'arbuste source de vie.

Je recommence l'opération mais cette fois interrompt cette approche et j'arrive à l'arrêter à ce qui me semble une distance suffisante. Je change pour le premier contrôle, mais le bras se retire immédiatement.

Je reste interdit. Comment associer à la fois l'approche puis le mouvement à contrôler de cette épuisette ? Je recommence l'opération du déplacement du bras avec une main, puis de l'autre main je tente de contrôler en même temps les mouvements du tamis. Mais ma concentration est divergente et le bras se replis pendant que le mouvement de va-et-vient se déclenche, en vain.

Je me pose et me calme. Il me faut unifier mes deux intentions. Je reprends contact avec le contact du sol, et recommence l'opération. D'abord le bras, puis simultanément et non séparément, l'épuisette. J'essaye de contrôler la force tectonique sous-jacente et l'épuisette frôle doucement l'arbuste, faisant tomber des baie-noire dans son panier.

Que faire maintenant ? Je stoppe le mouvement de va-et-vient mais replie doucement le bras. Je consulte le tableau de contrôle. Un autre représente comme un déversoir. Tout en manipulant le bras, j'applique la pression sur le déversoir. Celui-ci s'ouvre mais les baies restent dans le tamis.

Il me faut retourner ou vider celui-ci, mais comment ? Je n'ai que deux mains ! Si je relâche le bras, il se repliera. Si je lâche le dévidoir, il se refermera. Je ne vois aucune solution !

J'essaye de passer sur le contrôle de l'épuisette en libérant le dévidoir mais celui-ci se referme. Je réapplique la pression sur le dévidoir et cette fois je relâche le bras pour l'épuisette, mais le bras se replis immédiatement.

Je suis bloqué ! Les baies sont bien dans le sac, mais je ne vois pas comment réaliser l'opération.

Pour ne pas paniquer, je ferme le mécanisme, en m'assurant que les baies restent bien dans le tamis. La structure de contrôle se referme. Et je décide de retourner dans le désert pour à nouveau rentrer en contact avec son intelligence minérale. Mes mains enfoncées dans le sable, mon esprit et mon corps fusionne, autant que possible, avec cet esprit si particulier. Et le temps passe à nouveau, laissant le jour se terminer lentement.