jeudi 9 février 2017

Journal 9/

Irrémédiablement, malgré l'activité journalière, les moments rythmées de ma vie, pas un seul instant je ne peux m'empêcher de penser à mon âme sœur. Je scrute mon téléphone, en vain, d'un message venant de ma douce amie, mais elle a choisi le silence.

Si je peux le comprendre, celui-ci est pourtant une souffrance permanente. Bien sûr les échanges sont cordiaux, mais je m'attendais à plus de tendresse, d'amitié. Il est certainement trop tôt, et je m'accroche à l'espoir qu'un jour elle acceptera mon amitié, même si mon amour sera éternel.

Mes jours sont comme des nuits. Je déambule comme dans un rêve, mais au moins les gens que je croise ressemble à des amis. Je sens leur compassion et cela m'aide à tenir. Bien sûr l'automatisme est de mise, et j'agis par respect des engagements donnés, avec les mêmes objectifs. Mais la foi n'est pas de la même nature. Une distance, sans parler d'absence, s'est installée. Elle me permet étrangement de mieux écouter les autres et voire même de mieux communiquer. Mais il n'en demeure pas moins que, par pudeur, pas peur, je ne souhaite pas, je ne peux pas échanger. Imposer cette souffrance à qui que ce soit m'est insupportable, cette douleur fut-elle elle-même insondable.

Il est étrange pour moi, qui ait un esprit d'habitude ultra concentré sur ce que je fais, de sauter dans une même phrase, dans ma pensée, entre la communication professionnelle, ou inter-personnelle, et cet isolement.

De retour le soir dans ma chambre, bien que confortable, elle ne m'apporte guère plus de réconfort que ce que ce clavier ne me propose. Au moins, je me parle à moi-même, une forme d'auto-thérapie. Sera-t-elle utile ? Efficace ? Je n'en sais rien, mais je ne vois à ce jour aucun autre moyen.

Chaque jour, les écrits s'enchaînent. Dans le métro, dans ma tête, le soir devant mon ordinateur, je parle avec mon âme. Celle-ci s'en trouve un peu soulagée. Mais la souffrance est là.

Alors bien sûr la camisole chimique que je prends a le bonheur d'être un support indéniable. Lorsque par mégarde, quelqu'un évoque un sujet proche, la douleur monte mais reste à un niveau que ma raison contrôle et je ne sombre pas dans la folie ou dans la rage.

Mais combien de temps devrais-je accepter cette prison médicale ? Pourrais-je seulement la quitter ?

Plus l'isolation persiste, en tant que famille, plus je perds pieds et mon cœur saigne. Après temps d'année à vivre une vie centrée autour de mon unique amour, avec nos enfants, être réduit à une chambre qui ne dispose guère plus que d'une douche, d'une table et d'un ordinateur limite énormément le sens que je peux donner à cette vie devenue sans objectif.

Bien sûr, la vie est un cadeau, mais cette vie là ? Je n'ai aucune envie de la terminer, c'est certain. Un espoir, même infime et illusoire, de pouvoir ne serait-ce que récupérer une partie de cette amie, à défaut d'amante, est un but en soit. Mais le termes semble si lointain. Et je la sens si fragile. Je fais ce que je peux pour l'aider, mais la distance qu'elle impose, consciemment ou non, m'empêche de l'aider comme je saurais le faire.

C'est un torrent d'émotions, canalisé qui m'envahit. L'orage se limite à un simple vent, mais celui-ci est transporte des feuilles mortes. Un jour peut-être mon arbre de vie verra de nouveaux bourgeons, mais se résoudre à vivre seul, car je ne suis l'homme que d'un seul amour, me semble à ce jour un voyage de vagabond, d'un hermite. La solitude est ce que j'ai pu mettre de côté depuis près de 25 ans, et aux trois-quarts (selon les statistiques) de ma vie, imaginer la vie de cette façon ne m'offre que peu de perspectives.

L'écriture est encore ce qui me semble le plus utile, pour moi. Est-ce que cela a une quelconque valeur ? Je n'en sais rien. D'une certaine façon, le besoin de reconnaissance me pousserait à l'espérer, mais en même temps, j'ai conscience que nous devons être des milliards d'êtres humains à avoir au moins autant de difficultés, si ce n'est plus. Alors quel intérêt pour les autres ?
Je me contenterais donc de me satisfaire moi-même pour le moment. Un jour peut-être tenterais-je d'aller plus loin, mais il n'est pas temps encore....