mercredi 15 février 2017

L'ombre silencieuse

L'ombre silencieuse
s'immisce en moi aussi solidement qu'un serment me mordrait à la gorge. Son venin m'aspire vers des profondeurs ignorées de mon âme endormie.
Jamais je ne pourrai revivre après telle morsure. Qui sait jamais ? L'illusion vole les souvenirs les plus délicats. La désillusion les raffermit. Faut-il ignorer le cri perçant de l'aigle apeuré sur le sommet de mes incompétences amoureuses. Non, ne me regarde pas ! Ce n'est pas moi ! L'ombre furtive s'en va, me laissant seul, sans ce double gris de ma personne libérée du joug existentiel de l'amante.
Je ne sais l'horreur qui se trame en moi. Je ne sais que l'oubli qui me ronge et me perturbe comme un torrent glacé de haine sur le brasier ardent de mes passions éteintes et pourtant inachevées.
L'Aube viendra-t-elle me réchauffer encore de ses rayons hypocrites et insolents, me traînant hors du lit douillet de mes rêves et de mes pensées bleutées pour me jeter dans le noir le plus complet que m'offre la lumière de l'astre solaire.
Me faut-il encore affronter ces remords, ces souvenirs délicats ? Me faut-il sourire encore à la camarde qui me nargue en me faisant un pied de son nez cassé ? Me faut-il ignorer cet affront que tu m'as porté, toi l'amante, toi traîtresse qui m'a abandonné, toi le bourreau, le juge et le jury. Me faut-il avouer tous ces crimes qui n'en sont pas et qui n'ont jamais été ? Me faut-il enfin vivre tout en sachant que tu m'as mis à mort ? Où est l'éternel justice dans tout cela ? Où est la quintessence de la clarté divine ? Où est le réconfort ? Où est l'espoir ? Comment peut il y avoir espoir lorsqu'il n'y a plus place pour le désespoir ? Comment ce réconfort s'il ne peut y avoir de peine ? Comment Dieu s'il n'y a plus vie ? Comment justice s'il n'y a pas crime ?
Comment suis-je puisque je ne suis plus ? Comment, puisqu'il n'y a plus de raisons, ni de causes, ni de conséquences, ni même de hasard ?
Le fleuve de la vie s'est tari pour laisser place à l'océan de mes pensées sans profondeur ni consistance. Je coule fluide et visqueux dans le labyrinthe de mon cerveau décrépi et vaincu par la fatigue, par la lassitude d'un sort qui m'a été jeté et dont les effets sont permanents. Je me noie dans mes larmes sèches et mes rires silencieux. Je m'abandonne à mes coupables péchés et à mes fautes innocentes. Je ne suis plus qu'une pensée, moins que cela, une émotion.
Moins encore, une sensation, une notion intuitive. Je suis le vide...

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