dimanche 12 février 2017

Titre provisoire : l'isolement ultra connecté 5/ (chapitre 7)

Au matin, ma prescience de la surveillance me convint de ne toujours pas chercher ce papier dans ma poche et je retourne donc dans la salle commune, sans en avoir pris connaissance.

Arrivé dans la salle, je vais vers mon casier et me saisis du livre Dune. Je reprends ma lecture une fois assis à une table légèrement centrée, mais ni près des gris agités, ni des gris passifs. Je reste concentré sur ma lecture. L'histoire est passionnante et a bien plus de niveaux de lectures que je ne l'imaginais au premier abord : pouvoir, politique, place des femmes, religion et manipulation des foules notamment.

De temps en temps, je jette un coup d'œil discret vers le gris passif, avec une intention dans le regard lui indiquant que je n'ai pas pu prendre connaissance de son message. Au bout de quelques uns de ces regards, celui-ci me regarde lui aussi furtivement d'un air compréhensif et même rassurant, finissant de me convaincre que j'ai sans doute bien fait de ne pas le lire hier soir. Trop dangereux !

Dangereux, mais pourquoi ? Les beiges communiquent je le vois bien via leur comguide, mais semblent plus détendus qu'hier soir. Ils ne m'observent quasiment plus et se concentrent sur de nouveaux venus. Ceux-ci suivent les mêmes tests que moi. L'un deux s'énerve assez vite sur l'un d'eux. Un beige immédiatement s'approche de lui et le ramène à sa chambre. "Trop tôt !" me dis-je.

La journée se passe tranquillement, sans heurts, sans crise. Et j'ai presque fini le tome 1, m'apercevant au passage que cette œuvre est multiple et présentent de nombreux autres ouvrages. Voilà qui occupera mes journée au moins d'une façon intéressante. Via les livres, au-delà de la vie imaginaire, du monde irréel décrit, le principal, ce sont ces hommes et ces femmes qui interagissent et qui pensent et souffrent. Ils n'ont pas de comguide et pourtant ils vivent. Bien sûr, ces échanges sont parfois trompeurs, mais indéniablement cette vie là est possible. Pourrais-je à mon tour me passer d'un comguide ? Est-ce là seulement le but de cet hôpital/prison ? Je ne le sais.

Aucun médecin, beige, ne vient me tenir au courant de la suite des événements.

La fin de la journée atteinte, je me retourne dans ma chambre. Mon intuition me dit que la surveillance est amoindrie. Allongé sur mon lit, à l'abris de mon oreiller et de ma couverture, je déplie le papier, un nouveau, disposant là aussi d'un côté non écrit. Ainsi je pourrais trouver y répondre par le même biais.


Le chemin que tu prends n'est pas las sans danger
Mais il te permettra d'appréhender la vie
Sous un nouvel angle avec honneur, beauté
Et non pas un couloir sans aucune sortie

Conserve prudence et suspicion en tout temps
La surveillance est bien plus forte qu'apparente
Mais tu a déjà ce réflexe, préservant
Tes secrets, libérant enfin ton âme ardente

Il te faudra apprendre un langage codé
Limitant les risques de cet échange écrit
Nous allons essayé dans cette vois t'aider
Ta réponse confirme en tout point ton esprit

Nos pensées libres sont le droit le plus précieux
Le comguide nous tient dans une prison grise
Tes choix de lecture sont parfaits, judicieux
Ils devraient éclairer ton excursion exquise

Un langage codé ? Une excursion exquise ? Tant de questions ! Mais je dois apprendre. Je sens que ma survie en dépend. Et la mise en garde est là explicite : suspicion en tout temps !

Je cache à nouveau le papier. Je ne vois pas quoi répondre pour le moment. Il me faudra réfléchir et aussi récupérer des informations, mais je ne sais comment, pour entamer cette apprentissage. Je m'endors à la fois rassuré et excité. Il me faut un temps pour me calmer, mais mon esprit, libéré de ce comguide, qui nous contraint à ne rien cacher, devient finalement une force qu'il me faudra exploiter. Et continuer à lire cette série Dune qui portent des messages dont certains sont peut-être des clefs.