samedi 3 juin 2017

Titre provisoire : l'isolement ultra connecté 25/ (chapitre 27)

Chapitre 27


Jean et le chef me regardent, semblant apeurés, surement de ma possible réaction. Mais il faut qu'ils se lancent, le temps nous manque ! C'est Jean qui démarre le bal.

  • Jean : Pour commencer, tu auras sans doute compris que cette situation, cette société avec le comguide ne nous plait pas. C'est un instrument initialement pensée pour favoriser les rapports humains, mais il est devenu un organe de contrôle à plusieurs titres.
  • Le chef : Il nous empêche de penser par nous même, puisqu'il communique ce que nous pensons sans que nous puissions contrôler l'émission, ni la réception.
  • Jean : Il nous inculque des informations manipulées, par les autorités.
  • Le chef : C'est le moins que l'on puisse dire. Par exemple, as-tu jamais entendu parler de cet endroit auparavant ? De ces gens dont le comguide devient défectueux et dont personne n'entend plus jamais parler ?
  • Jean : Le plus grave, c'est qu'il restreint finalement notre liberté. Nous avons acheté notre paix civile, mais à quel prix ! L'asservissement à une machine !
  • Le chef : Et tous ces gens que tu voies ici sont des prisonniers, à vie, pour un crime qu'ils n'ont pas commis. Ils n'ont rient fait. Ils ont simplement eu un défaut sur cet outil et se sont retrouvés ici condamnés à rester enfermés jusqu'à la fin de leur jour.
  • Jean : Condamnés parce qu'ils pouvaient penser ! Contrairement aux autres !
  • Le chef : Et nous devions faire quelque chose !
Les deux marquèrent un temps, comme si ce qui allait suivre n'allait pas me plaire. Pour le moment, je ne pouvais pas m'opposer à la présentation de la situation. Je l'avais moi-même comprise.
  • Jean : Nous avons décidé de tenter de trafiquer un comguide pour que celui-ci continue son utilité, à savoir favoriser la paix et la communication, mais en redonnant le libre-arbitre à ceux qui le possèderait.
  • Le chef : Nous avons attendu longtemps quelqu'un qui pourrait le supporter.
  • Jean : Il y a eu plusieurs tentatives, toutes soldées par des échecs partiels.
  • Le chef : Je fais parti de ces échecs. Tous ceux qui ont appris le langage des signes ont subit l'expérience. Il s'agissait d'arriver à communiquer sans le comguide, en usant d'un autre stratagème.
  • Jean : Malheureusement, ce moyen est rudimentaire et n'empêche pas la communication involontaire de nos pensées. L'opération a en partie réussie au sens où il y a une diminution du flux sortant, par un effort important de l'individu, mais sans certitude que cela fonctionne.
  • Le chef : Et puis nous t'avons découvert...
  • Jean : Oui, dès ton arrivée, je me suis dit que peut-être tu pourrais être le premier !
  • Le chef : Le premier à contrôler totalement le comguide...
  • Jean : Et tu es allé au-delà de nos espérances, ta contre-attaque de tout à l'heure en est la preuve. Tu maîtrise ton comguide. Tu es celui que nous attendions ! Tu vas nous libérer !
  • Le chef : Oui, nous t'attendions et tu es arrivé, enfin !
A nouveau le silence s'installe. Ils attendent ma réaction. En fait, depuis le début, j'ai envie de leur mettre mon poing dans la figure. De quel droit ont-ils tenté une expérience sur moi sans me demander mon accord ?
Mais je dois répondre, et vite, mais calmement, car je sais aussi qu'autant Jean n'est pas un danger pour moi, immédiatement, autant le chef avec sa force naturelle me maîtriserait sans difficulté. Pour autant, je ne veux pas mentir !
  • Si je comprends bien, vous m'avez infligé une expérience, sans mon consentement, avec de gros risques, qui me met en danger si je suis découvert... Vous l'avez fait car vous voulez que je vous... libère ? Mais de quelle libération parlez-vous ? Je suis plus libre que vous, à n'en pas douter, puisque je contrôle effectivement mon comguide. Mais en quoi je peux vous aider à le devenir ? Je ne peux pas modifier vos comguides. Je ne suis pas électronicien ni chirurgien neural. Je ne comprends pas très bien ce que vous attendez de moi !
  • Jean : Tu dois nous libérer ! Nous avons pris de gros risques pour toi !
  • Mais je n'ai rien demandé ! Et moi, quels sont mes risques ?
  • Le chef : S'ils viennent à découvrir qui tu es vraiment, ils t'élimineront, te dissèqueront, analyseront ton comguide et empêcheront que cela puisse se reproduire !
  • Charmant ! Heureusement que j'étais d'accord, n'est-ce pas ?
  • Jean : Nous n'avons pas à te demander ton accord ! C'est ainsi !
  • Tu ne veux pas de mon accord mais tu me demandes de vous aider ! Comment crois-tu que je vais réagir ?
  • Le chef : Nous pouvons t'y contraindre...
  • J'avais bien compris cela aussi. Mais êtes-vous si sûr de le pouvoir ?
Ce faisant, le chef s'approche de moi, avec l'intention manifeste de démontrer sa supériorité physique. Je prends alors, comme quelques instants plus tôt, le contrôle de mon comguide, et sans avoir de signal à renvoyer, je génère moi-même le signal vers le comguide du Chef, et de Jean par la même occasion. La pression est telle, que je mon front sur à grosses gouttes, j'ai peur !

Avant même que le chef ne m'atteignent, les deux tombent à genoux, les yeux écarquillés ! Ils regardent autour d'eux, affolés !
  • Jean : Ils nous ont découverts ! Ils vont nous attraper dans quelques minutes... Quelle douleur !
  • Le chef : Ce n'est pas possible ! Nous avons coupé les circuits !!!
  • Ce n'est pas eux, c'est moi !
  • Le chef (toujours à genoux, relevant péniblement la tête) : Quoi ? Je ne comprends pas !
  • Jean : Non ! Impossible !
  • Impossible, oui, et pourtant !
Sur ce, j'arrête immédiatement mon attaque mentale. Les deux se ressaisissent lentement, se mettant d'abord assis par terre, puis se relevant lentement en s'écartant de moi, les yeux exprimant l'effroi.
  • Jean : Tu es bien plus loin que nous l'imaginions !
  • Le chef : Nous ne pourrons pas le contrôler !
  • Jean : Peu importe, c'est toi même qui l'a dit : " nous libérer et montrer l'exemple, la voie à suivre ! Et il y est arrivé, bien plus que ce que l'on pensait. C'est encore mieux ! "
  • Le chef : Oui, mais... Non, tu as raison.
  • Jean : Leto, nous te demandons pardon pour t'avoir conduit dans cette situation malgré toi. Mais nous avons besoin de ton aide !
  • Mais qu'attendez-vous de moi ? Je n'ai toujours pas compris ce que je peux faire pour vous !
  • Le chef : Mener la révolution, nous libérer et libérer le peuple de cette oppression sournoise !
  • Jean : Disons, pour être plus raisonnable, permettre à tous ceux qui sont prêts ici, et dehors, à former une communauté indépendante, vivant en apparence comme tout le monde, mais avec le droit de penser librement.
  • Je ne suis pas un chef ! Et je n'aime pas la violence !
  • Le chef : Alors ne sois pas notre chef, mais un exemple... Et pour la violence, nous ne la souhaitons pas, mais il faudra sans doute parfois se défendre, bien malgré nous ! Je m'en chargerais !
  • Jean : Nous avons besoin de ton expérience, de tes capacités, pour permettre à d'autre de les apprendre. Nous avons tous le même comguide que toi, mais nous n'arrivons pas à faire comme toi.
  • Je ne sais même pas comment j'y arrives ! 
  • Jean : Nous chercherons ensemble, si tu le veux bien.
  • Qu'est-ce qui te fait dire que j'ai confiance en toi ? Après tout, tu es l'un des leurs !
  • Le chef (se plaçant entre Jean et moi) : Jean avait un frère, qui est mort ici, lors des expériences des beiges. Il a une sœur, dehors, qui pourrait bien finir également ici.
  • Jean : Oui, j'ai découvert que les cas de dérèglement étaient courant dans une même lignée génétique. Peu de gens le savent. Quand je l'ai découvert, j'ai été le premier à me faire greffer cette version modifiée.
  • Comment ? Tu ne pouvais pas demander à tes collègues de le faire !
  • Le chef : Non, effectivement. C'est nous qui l'avons fait ! L'architecte en particulier, il est très doué.
  • Jean : Le temps presse ! Veux-tu nous aider ? Nous ne pouvons t'y contraindre, j'ai compris. Mais acceptes-tu ?
Les deux me regardent, anxieux. J'entends les minutes s'écouler au travers du comguide. Voilà presque 10 minutes que nous échangeons. Il faut prendre une décision !
De toute façon, ai-je le choix ? Je n'ai aucune autre sortie possible !
  • Je vais vous aider, mais je ne veux pas être un chef. Je veux bien essayer de travailler avec vous pour comprendre et apprendre comment je fais. Mais il y a un risque que vous n'avez peut-être pas anticipé ?
  • Jean : Lequel ?
  • Si je suis capable de faire ce que tu appelles l'impossible, de quoi seront capables les autres ? Moi, je ne cherche ni le pouvoir, ni la violence. Mais les autres ?
  • Jean : Oui, c'est un risque. Il faudra être prudent.
  • Le chef : Tu penses que je pourrais être un danger ?
  • Je ne sais pas... Je ne pense pas car tu analyses avant d'agir. Mais tu es capable de violence.
  • Le chef : Je te jure de n'agir dans la violence qu'en cas d'extrême nécessité  Je ne peux pas te promettre mieux.
  • Je le sais, et c'est déjà ça ! Bon, on y va ou on se fait prendre comme des rats dans un laboratoire ?
  • Le chef : On y va.
Ce faisant il se précipite vers la porte et l'entrouvre pour regarder dehors. Jean reste un moment face à moi, et avant de lui aussi faire demi-tour :
  • Jean : Merci, Leto !
  • Nous verrons cela plus tard. Nous n'avons pas le temps.
Nous sortons tous les trois par le couloir. Jean nous emmène vers la grande salle. Beaucoup de monde attend là. Pour certains, je les reconnais : le poète, l'architecte. Mais tant d'autres... Jean fait signe à tout le monde de le suivre, en silence. Nous nous dirigeons vers la porte au fond du couloir.

Son badge active la porte et nous passons tous le sas. Je découvre un autre couloir et d'autres sas. Nous sommes loin d'être sortis ! Et nous sommes si nombreux ! Plus de 100 !

Imprimer la page