dimanche 23 juillet 2017

Planète isolée : Chapitres 15 et 16

Chapitre 15

Et me voilà à nouveau en haut de cet arbre, attaché à mon harnais, scrutant le ciel en espérant y voir les lumières éparses d'un vaisseau. Mais plus je cherche, moins je vois. En plus, il pourrait être de l'autre côté de la planète et je ne les verrais pas. Je dois continuer ainsi...

Mes yeux s'endorment, mais cette fois, pas de boisson énergisante. La volonté ! Je reste éveillé le plus longtemps possible. Je pense que j'ai dû tenir presque toute la nuit car, quand je me suis réveillé après m'être finalement enfoncé dans mes songes bleus, il faisait grand jour.

Déçu, je descend de mon arbre. Je manque de lâcher mon outillage précieux. Je le rattrape au dernier moment. Il était moins une. Je pouvais dire adieu à tout espoir si je l'avais laisser s'écraser au sol, à cette distance. Il n'en serait pas rester grand chose, et surtout la lampe. Je devrais lui installer une ceinture de sécurité qui m'assure que cela ne se reproduise plus.

Je cuisine le "lapin", sans trop y faire attention. Enfin, cuisiner est un bien grand mot ! Je lui enlève la peau, les viscères, et je le plonge dans le cuiseur tout entier. Puis il fait le reste. Les légumes ou les fruits me manquent. Mais je ne peux pas me fier à cet environnement. Tant de pièges dissimulés !

La plaine : un enfer ! La forêt : ses zones humides, des sortes de zones acides d'où rien ne sort indemne. J'ai eu de la chance avec mes chaussures. Elles sont résistantes, prévues pour les conditions extrêmes, et donc seule la surface de la semelle a été abimée. Mais si j'avais plongé les mains dedans ?!

Et puis, cette ombre... Je ne la vois plus depuis quelques temps. Combien de temps encore avant qu'elle ne ressurgisse ? Je sais que je n'ai rien à craindre d'elle dans mon cockpit. Mais dans l'arbre ? Après tout, il existe des espèces prédatrices qui montent aux arbres... Si c'était le cas, je l'aurais je pense déjà vécu car je ne dois pas être loin de son territoire.

Combien sont-elles ces bêtes ? Combien sont-ils ces pièges qui m'attendent, sans que je ne puisse les découvrir avant que le danger ne se manifeste clairement ? Je suis en état de stress. Ma peau est hérissée, comme si j'avais froid soudainement. Mes pupilles se dilatent, cherchant dans les alentours la moindre menace. Mes sens sont ouverts au moindre changement.

Rien... Il n'y a rien.

Je décide donc de manger puis de repartir vers mes pièges. J'espère faire une récolte aussi bonne qu'hier. Toujours ce chemin sinueux, heureusement balisé par les traces sur les troncs d'arbres. Mais je constate que certaines commencent à s'effacer. Alors je m'applique à les recréer. Je n'avais pas anticiper cela ! La nature se répare, se soigne, très vite ici. Je constate d'ailleurs que plus je m'enfonce dans la forêt, plus les traces s'amenuisent. Il me faudra donc tous les jours renouveler ces traces, sinon je serais perdu, dans ce labyrinthe sans fin.

Quand j'arrive à mes pièges, deux d'entre eux sont éventrés. L'ombre manifestement, vu les traces laissées tout autour. Ces mêmes traces de 30 cm et de griffes... Le troisième contient un rongeur, plutôt gros. Tant mieux ! Le quatrième, un peu plus loin que les autres, est à nouveau refermé mais avec aucune proie autour. Et toujours cette impression d'un survol au-dessus de la terre. Pourtant, à cet endroit, un oiseau ne passerait pas ! Et ce n'est pas l'ombre, car il aurait saccagé le piège. C'est autre chose. Encore une de ces surprises désagréables de cette planète ?

Je déplace à nouveau mes trois pièges, ceux découverts par la bête, et celui fermé sans prise. Mais je dois m'enfoncer de plus en plus dans la forêt. Même la nature semble changer autour de moi. Ce ne sont pas les mêmes types d'arbres et arbustes. Peut-être une bonne chose ?

Je reviens sur mes pas, passant à côté du lieu où se trouvaient les pièges saccagés, quand... Je ressens une présence. Mes sens en alerte, je sors immédiatement mon arme. Je cherche du regard autour de moi. Rien de perceptible ! Et pourtant, je le sens, je le devine. L'ombre est là, quelque part. Elle m'observe. Mais elle doit se rappeler le bruit de mon arme. Elle doit se cacher, prudente.

Elle est loin d'être idiote, cette ombre. Au bout de quelques minutes, je décide de continuer mon chemin. Mais je sens bien que je suis épié. Elle me suit ! Mais je ne la vois pas...

Arrivée à proximité de mon campement, à moins de 10 minutes, je me pose et j'attends. Je ne voudrais pas qu'il me suive jusqu'à chez moi ! J'attends, patiemment, mais mon esprit en alerte, mes oreilles tendues, mes yeux grands ouverts, mes membres sous tension. Je le sens. J'entends des bruits dans les feuillages des arbustes. Je me retourne dans la direction. Mais je ne vois rien. Rien de rien ! Je persiste néanmoins, mon arme pointée dans la direction du bruit. Encore un autre bruit, un peu plus à gauche, je suis le mouvement de mon arme et de mes yeux, en quête d'une visibilité quelconque de ce mastodonte !

Puis, soudainement, j'entends comme un bruit de course, s'éloignant... Il aura finalement renoncé. Dois-je en être rassuré ? Au moins, il ne m'aura pas suivi jusqu'à mon campement. Je pense que c'est ce qu'il cherchait... Mais je lui prête peut-être trop d'intelligence ? Ce n'est qu'un animal après tout !

Sur mes gardes, je reprends mon chemin et j'arrive à mon camp. Cette nuit, je serais à nouveau dans mon arbre, avec mon arme.

Chapitre 16

Cette fin de nuit, encore, j'ai fait des rêves. Un peu les mêmes : mes sœurs et la prêtresse qui me consolaient, m'apportaient leur soutien, et cette ombre blanche qui me secoure, qui me soigne... Et ces scènes de violence.

Ce sont elles qui m'ont réveillées. En fait, c'est mon enfant, connecté comme jamais avec mon esprit depuis le début du rituel, qui a vécu ses images et m'a secoué. Je pose les mains sur mon ventre, pour le calmer. Je lui parle par la voix intérieure. Bien sûr, il ne me répond pas. Il ne répondra qu'une fois né. Est-ce que ce sera un mâle ou une femelle ? Je ne sais pas encore, mais je le saurais bientôt. Ce sont les étapes suivantes de la préparation qui me le diront.

Je mange des fruits, ceux que m'ont conseillés mes sœurs, Et en effet, je ressens un ralentissement du processus, bien que celui-ci soit plus rapide que la normale. Je dirais au plus quelques jours. Je dois accélérer le rituel. L'enfant va-t-il le supporter ? J'ai peur pour lui. Je peux en mourir aussi, mais ma vie n'a pas d'importance. La sienne, si ! C'est le devoir d'une mère qui parle !

Je décide de commencer dès le matin par une séance du rituel initiatique, allongé sur le sol. Les vagues se font de plus en plus fortes. Et je sens mon bébé qui les anticipe et les accompagne de plus en plus. Même mon corps a du mal à suivre, car il évolue si vite ! Je suis très vite épuisée. Je suis obligée de limiter le temps de la séance, mais celle-ci a été profonde et forte. Je pense que je vais pouvoir passer à la troisième étape dès demain. Ce soir, je vais devoir encore répéter le rituel d'union des trois éléments.

Mais pour le moment, je me repose. Je prends quelques baies. Je les grignotes comme des bonbons. Et je sens mon petit-être qui se régale en même temps que moi. Que c'est bon de sentir la vie dans son ventre !

Après ce moment de pause, je retourne dans la forêt, d'une part pour faire d'autre cueillette, mais aussi pour m'assurer que l'humain s'est éloigné. Pour les fruits et les baies, aucun problème ! Mais pour les pièges de l'humain !

Je découvre à l'endroit où il les avait posés des traces évidentes d'un ougla, et pas un petit spécimen. Il en a été pour ses frais. Il n'a rien pu récupérer. Mais je ne vois plus ses pièges. Où les a-t-il mis cette fois ?

Je cherche, en suivant les traces trop évidentes de ce cafard. Il a effectivement déplacé les pièges, mais ils ne sont plus qu'à moins de quelques centaines de mètres de mon antre. Non ! Mais que puis-je faire ? Si je les referme, il va finir par comprendre que quelqu'un agit contre lui ! Si je ne fais rien, le ougla va finir par le pousser à arriver jusqu'à moi, et à mon enfant !

Que puis-je faire ? Je suis effondrée, à genoux, ne sachant que faire. Pourquoi faut-il qu'il est survécu ? Pourquoi faut-il aussi qu'il attire cet ougla si près de moi ? Même mes déflecteurs pourraient ne pas suffire contre la taille de celui-ci. Ces traces de pas indiquent clairement un adulte, d'une taille rarement atteinte à l'âge adulte. Souvent, ils meurent en s'entretuant avant d'atteindre cette taille. Celui-ci doit être particulièrement fort et puissant pour avoir résisté à ses congénères.

D'ailleurs je sens qu'il n'est pas si loin que cela. Mais il ne m'a pas ressenti, pas encore. Alors je reprends mes esprits et je me retire en usant de toutes mes facultés d'oblitération. Aucun bruit, aucune odeur, aucune trace... Je rentre dans ma zone protégée. L'est-elle vraiment ? Je ne sais pas, mais je n'ai pas le choix. Je dois continuer la formation.

La nuit recommence, et mon rituel d'union : esprit, cœur et corps. Cette fois, mon enfant refuse moins cette union. Il y participe, même s'il exprime des réticences. Il me fait confiance. C'est le message que je lui transmets par la pensée du non soi, entre nous, ce lien qui unit mon peuple. Il se calme et me suit, comme un aveugle au bras d'un guide, sur les pas d'un chemin dont il ignore tout.