lundi 24 juillet 2017

Planète isolée : Chapitres 17 et 18

Chapitre 17

En haut de mon arbre, je désespère de voir une lueur non naturelle. Mais rien... Mon regard se ballade dans tout l'espace offert à mes yeux. Je cherche, une étincelle d'espoir. De temps en temps, je crois voir quelque chose, mais non, ce n'est qu'une météorite qui se disloque dans l'atmosphère. Mon esprit se perd dans des méandres de lassitude, de peur et de sentiment d'abandon...

Ils ne peuvent pas m'ignorer ! Jamais ils ne laissent un pilote sans secours ! Et mon tableau de chasse est suffisamment important pour justifier une équipe de recherche ! Je ne suis pas un être sans importance ! J'ai ma place au combat ! Je dois revenir à bord d'un astronef et nous défendre de ces enragées bleues ! Ces êtres, sur lesquels nous sommes tombés par hasard sur une planète, sont si étranges !

Selon l'histoire rapportée, ils auraient attaqués soudainement les troupes au sol qui ne faisaient qu'une reconnaissance des lieux. Aucun appareil n'avait détecté de vies évoluées sur cette planète. Le premier assaut a été une énorme défaite pour nos troupes, prises par surprise ! Mais les suivantes, nous étions prêts. Nous avions réussis à les repousser, mais les pertes restaient lourdes.

Ils sont bleus, de forme proche d'un humanoïde, mais ils se déplacent étrangement. C'est à peine si on peut les voir. Nous avons dû inventer des capteurs spécifiques pour les détecter avant qu'ils nous attaquent. A partir de là, il est apparu que ces êtres étaient aussi dotés de vaisseaux. Nous n'étions pas sur leur planète natale. Et les combats dans l'espace ont commencé. Nos appareils étaient largement supérieurs, pour un temps.

En effet, il n'aura fallu que quelques mois de supériorité aérienne certaine pour nous retrouver face à des appareils améliorés, mais aussi des pratiques de combats, qui ressemblaient à celles au sol. Ils était furtifs, réalisant des mouvements soudain que la plupart de nos pilotes n'arrivaient pas à contrer et se faisaient détruire.

Nous avons appris à notre tour. J'ai été formé pour cela. La lutte est féroce. Rien ne les arrête, et les pertes se sont équilibrées. C'est la première fois que mon appareil ait été touché gravement. Bien sûr, j'ai déjà été touché par des tirs, mais j'avais toujours réussi à détruire l'appareil ennemi avant que celui-ci ne finisse son ouvrage. Je suis parmi les meilleurs pilotes de la flotte.

Alors pourquoi ne viennent-ils pas ? Je dois continuer la lutte. Nos généraux pensent que si nous n'arrivons pas à les conserver dans cette zone, ils pourraient se rapprocher de nos colonies. D'ailleurs, celles dans ce cadran se sont faites attaquées violemment. On nous a appris par exemple qu'une colonie minière a été détruite totalement par un assaut soudain, alors qu'il n'y avait aucune troupe pour les défendre. Aucune merci !

Alors que je suis perdu dans ses pensées, j'aperçois ce qui pourrait être les reflets de réacteurs dans l'espace ! Aussitôt, je saisis mon appareil, bien attaché à ma ceinture. Je le pointe dans la direction de cette lueur, et je le déclenche. En quelques instants, un puissant faisceau de lumière jaillit. Mais je sens quelque chose ne va pas. La chaleur ! Il chauffe beaucoup trop ! J'entends les sécurités qui grillent les unes après les autres ! Il va exploser entre mes mains.

Je dois l'arrêter, mais je n'y arrive pas ! Il commence à vibrer, le phare faisant un grésillement caractéristique. Je n'arrive pas à l'éteindre. Je ne peux pas non plus le jeter, il est bien trop attaché à moi ! En voulant ne pas le perdre en le faisant chuter, j'ai oublié ce cas, celui où il faudrait que je m'en débarrasse au plus vite. J'arrache les fils conducteurs à la main. Immédiatement, je me prends une décharge électrique intense dans tout mon corps.

La lumière s'est éteinte. L'appareil aussi mais je suis tétanisé, mon corps s'enfonçant rapidement dans un état de comas, comme pour me protéger. J'ai juste le temps de me poser cette question : ont-ils vu le rayon ? Je m'effondre dans l'inconscience.

Mes rêves, si on peut appeler cela des rêves, affluent comme des ouragans dans ma tête. La décharge électrique doit générer des effets secondaires sur mes neurones. Je vois un de ces êtres bleus, je vois l'ombre qui fonce sur moi, je vois des arbres qui dansent... Mon esprit est complètement fou !

Puis je sombre dans le noir profond.

Chapitre 18

Bien reposée, après ce rituel réussi et complet d'union des trois, je décide de commencer aujourd'hui le troisième rituel. Celui-ci est plus dangereux encore. D'habitude, ce n'est pas la mère qui le fait, mais une prêtresse. Mais je suis seule et je dois le faire !

Je me nourris abondamment car mon corps, nos corps vont brûler énormément de calories, d'énergie vitale. Je prends mon temps, pour bien assimiler la nourriture. Pas question d'être faible lors de cette étape ! Je ne pense pas que la première fois sera la bonne, mais je dois essayer. Je sens que la date approche de plus en plus, toujours plus vite !

Le début du rituel est le même que l'union des trois. Mon enfant se plait dans cet exercice, même s'il me suit encore comme un aveugle. Ou plutôt, il commence à entrouvrir les yeux, mais la lumière lui fait mal.

Je passe donc à l'étape suivante, l'union des quatre : esprit, cœur, corps et conscience du non soi, de l'impermanence. Je nous place face à nos pensées. D'un revers de main, je les balaye, et mon bébé fait de même, m'imitant. Je fais face à nos sensations physiques, nos sens qui nous trompent sur la réalité de l'univers. Plongeant dans notre moi, je les balaye. Il fait de même et commence à trouver le calme qu'il convient.

Je fais face à nos émotions, notre égo. C'est la partie la plus difficile pour un non initié. Je calme les émotions, je les observe. Je les laisse flotter autour de nous deux, comme des nuages translucides sans épaisseur. Je le vois souffler avec moi pour les faire s'évaporer. Mais l'égo est encore là ! Je le sens, mon enfant résiste. Il ne veut pas ne pas être ! Il veut garder son identité. Alors il résiste et ses émotions remontent, et moi mes douleurs physiques.

Je dois recommencer l'étape physique. A nouveau, je montre que nos sens nous trompent, patiemment. Après un temps, il me suit à nouveau et repousse ses perceptions. Les émotions s'effacent assez facilement, trop peut-être ? L'égo... Je lui montre l'exemple. Je lâche mon égo, je fais face à lui. Je suis l'égo, mais il n'est pas moi. La réalité n'est pas l'égo. Je touche de la main le sol, signifiant : ceci existe. Mais l'égo n'existe que parce que je le veux.

Je commence à le voir accepter l'idée. L'enfant se met face à son égo. Il le contemple. Je pense qu'il va enfin accepter de nier sa permanence. Alors qu'il s'approche du but, sa réaction est à nouveau troublée. Il se replie sur lui-même. Il me regarde avec circonspection. Pourquoi ?

Pourquoi ne poursuit-il pas le chemin ? Qu'est-ce qui le bloque ? Et là, je comprends. Je suis sa mère ! J'ai peur pour mon bébé ! Et cette peut affirme mon égo et le sien. Je ne suis pas arrivé moi-même à m'effacer. Je sens mon corps qui brûle comme mille feux ! Lui aussi, ressent cette chaleur ! Je pourrais le tuer si la température monte trop ! D'habitude, la prêtresse s'assure que le bébé n'en souffre pas, même si pour cela la mère doit mourir. Mais là, je ne peux pas mourir car ce serait le condamner... "La" condamner ! C'est une fille ! Oui, je le ressens ! Elle n'est pas aussi passive qu'un mâle. Elle utilise le langage de non pensée, que les mâles ne savent pas utiliser. Elle me dit : "Maman, n'ais pas peur ! Je ne suis peut-être pas encore prête ! Mais si tu as peur, je ne pourrais pas vivre et exister."

Une fille ! C'est une fille ! D'un coup, les émotions remontent, les douleurs du corps et l'amour ! Je dois arrêter la séance. Nous sommes toutes les deux épuisées ! Nous devons dormir. Pas besoin de manger, j'avais suffisamment absorbé de nourriture avant. Nous pouvons donc, toutes les deux, nous endormir, dans les bras l'une de l'autre, par la pensée.