mercredi 26 juillet 2017

Planète isolée : Chapitres 21 et 22

Chapitre 21

Alors que je suis accroupi, cherchant du regard l'ombre, cette bête immense, je me sens doublement observé. Mais mon attention, mes sens sont totalement pris par ce danger immédiat. Où est-il ?

Je perçois sur ma droite un mouvement soudain. A peine ai-je le temps de tourner la tête que déjà la bête est sur moi, plantant ses griffes dans ma jambe droite ! La douleur est immédiate, mon échine voit déferler des vagues de douleurs et de peurs assemblées. Je cherche à me débattre mais déjà il se penche sur moi, et je vois ses crocs s'approcher de ma gorge. Son regard vert me pétrifie, tout autant que la douleur... Je suis perdu !



Je perçois derrière moi quelque chose qui bouge très vite, sans bruit, une autre ombre ? Non, celle-ci est bleue. A peine se trouve-t-elle proche de moi que le monstre fait un mouvement de recul. Ses griffes plantées dans ma jambe arrachent un morceau de chair profondément. Je sens ma vie s'écouler comme une veine d'un volcan libérant sa lave le long de son flanc aux roches grisâtres.
 Le forme se place entre moi et le monstre. Le monstre hésite et finit par s'enfuir, détalant comme si sa vie en dépendait. Et pourtant, cette ombre bleue ne l'a même pas approché.

Elle se retourne vers moi. Je suis en train de m'évanouir mais je veux savoir. Qui est cette ombre ? Comment a-t-elle fait ? Pourquoi ici et maintenant ? Elle est bleue. Elle est bleue ! C'est une ennemie ! Je suis perdue ! Elle me regarde, notamment ma blessure, d'un air dédaigneux. Elle va me laisser mourir ici, avec la joie d'avoir éliminer un humain, sans se fatiguer. Je dis adieux à mes parents, à ma femme. Je pars dans mes songes une dernière fois.

Une douleur étreint ma jambe ! Je sens mon sang qui se bloque et qui ne s'enfuit plus ! Pourquoi ? Pourquoi... Je perds conscience...

Chapitre 22

Je ne peux pas le laisser ici ! Le ougla va revenir. Avec toute cette odeur de sang, et ses animaux dans son sac, c'était trop attirant et ce le sera encore. Et si je le laisse ici, le ougla sera très proche de mon campement, trop proche !

Je dois donc l'éloigner... Je vais le mettre le plus loin possible et qu'il se débrouille !

"Maman, la vie est un bien précieux, non ?"

Ca suffit ! Tu ne vas pas m'apprendre les règles de notre monde !

"Mais, c'est toi qui me les a apprises..."

Je reste indécise. Je regarde cet humain, ce cafard qui pue la viande. Je regarde mon ventre. J'hésite... Mais elle a raison. C'est un être vivant et il n'est pas une menace pour moi, pour le moment... Je me dois de l'aider. Mais non, c'est un ennemi !

"Il est presque mort. En quoi est-ce ton ennemi ?"

Ah, ça suffit ! Oui, je sais que tu as raison, mais pourquoi c'est à toi de me rappeler à l'ordre ? Tu n'es même pas née ! Tu n'as pas la connaissance suffisante. Tu as encore plusieurs semaines avant de sortir et d'éprouver ta conscience profonde !

"Des semaines ? En es-tu si sûre ?"

Je reste béat. Oui, quelques jours au plus ! Se pourrait-il qu'elle évolue plus vite que la normale, du fait de cette planète ? Est-ce ce que mes sœurs et la prêtresse essayaient de me dire ? Est-ce un monstre ?

"Maman !"

Désolé, je n'aurais pas dû ! Je suis désolé. Mais je ne sais pas quoi faire. Un humain reste un humain ! C'est un danger, et surtout pour toi et moi dans les jours qui viennent ! Je ne peux pas prendre ce risque !

"Si ce que tu redoutes est qu'il t'attaque, attache-le ! De toute façon, il ne va pas se remettre de si tôt !"

Quel aplomb ! Mais quelle logique ! Oui, si je l'attache, il ne pourra pas m'attaquer et je ne manquerais pas à nos devoirs envers la vie, sous toutes ses formes... Je décide donc de l'amener à mon abris. Je le tire par les bras, comme je peux. Le sang de sa jambe ne coule plus. Tant mieux, cela ne fera pas une piste trop facile à suivre pour le ougla ! Pour être sûre qu'il ne vienne pas, je prend le sac rempli d'animaux et je le jette le plus loin possible de mon chemin, pour brouiller les pistes.

Une fois arrivée, au camp, épuisée par cet effort, je le dépose dans un coin et je l'attache immédiatement avec ce dont je dispose : cordes et filets d'aciers de mon astronef. Je vérifie plusieurs fois qu'il ne peut s'en débarrasser.

Mais je n'ai pas fini ! Il me faut effacer les traces. Je retourne dans la forêt et, méticuleusement, j'efface les traces du corps que j'ai tiré, je crée même des traces fictives menant dans une autre direction. Cela rendra plus difficile la quête de viande de ce ougla !

Qu'il était grand et majestueux ! Je suis heureuse de ne pas avoir eu à le tuer. Il était magnifique. Son pelage gris vert, ses yeux verts, ses crocs d'un blanc de Lune, ses griffes pointues comme l'une de nos meilleures dagues. La blessure qu'il a infligé à cet humain l'a été sans effort, à peine a-t-il eu besoin d'utiliser son poids pour transpercer puis arracher la chair de ce cafard.

Mais aussi beau soit-il, il reste pour moi aussi un danger. Cette fois, mon réflecteur a fonctionné. Mais combien de temps ? Il pourrait s'y habituer et passer outre, comme ces animaux qui ont peur du feu mais qui finissent par franchir l'antre de la grotte, pourtant protégée par un feu entretenu, tiraillée par la faim.

Une fois de retour dans le camp, je revérifie chacun de mes réflecteurs. J'y ajoute des systèmes d'alarmes. Oh pas quelque chose de compliqué, de simples petits bouts de métaux qui réagiront au mouvement en s'entrechoquant et donc pourront me prévenir de sa tentative d'intrusion.

Je me rapproche de l'humain. Sa jambe saigne encore, mais très légèrement. Elle laisse apparaître un bout d'os. Est-ce qu'il va survivre ? Dans son état, j'en doute beaucoup. Il est maigre, il est si pâle. Et je peux voir qu'une de ses mains est brûlée. Pourquoi ? Je n'en sais rien. Je vais le laisser là, et il finira par mourir lentement. je n'y serais pour rien et j'aurais respecté mes vœux !

"En es-tu si sûre ? Ne pourrais-tu pas le soigner ?"

Le soigner ? Et puis quoi encore ! De toute façon, je n'ai pas de médicament et je ne connais pas les pratiques de la prêtresse en la matière. Je n'ai pas été formée, j'ai dû partir au combat avant !

"Oui, mais tu connais les plantes..."

Je reste stupéfaite ! Comment sait-elle tout cela ? Elle n'est même pas née ! Mais elle a raison. Je connais les plantes de cette planète, enfin une partie, grâce à ma formation de biologiste planétaire. Avec un certain désagrément, je me redirige dans la forêt. Je sais ce que je cherche. Je sais où. Je ramasse des feuilles d'une plante. Ses feuilles sont grasses et poisseuses. Elles sentent vraiment mauvais. Elles ne sont pas comestibles. Mais elles ont des vertus de désinfection et de cicatrisation accélérée, comme tout d'ailleurs ici. Tout est plus rapide, y compris la venue de ma fille !

Je reviens, et avec un dégoût à peine déguisé, j'applique consciencieusement les feuilles sur les plaies de cet humain blanchâtre. Je recouvre ainsi l'intégralité de ses blessures. Je me relève et je le regarde. Je pourrais en finir ici et maintenant ! Il ne sentirait rien et il ne souffrirait pas. Alors qu'à son réveil, malgré la plante, il va souffrir de sa jambe, et pas qu'un peu !
Je reste un moment ainsi, à deux mètres de lui, l'observant. Ses habits sont abîmés et il sent mauvais. Je regarde sa main brûlée. On dirait une brulure électrique. Il a dû manipuler de manière erronée un de ses équipements ! Encore la preuve de leur incompétence !

"Maman ?"

Quoi, ma chérie ? Que veux tu ?

"Ne faudrait-il pas reprendre le rituel ?"

Oui, tu as raison. Mais nous devons manger d'abord. Tu sais que c'est épuisant. Et avec l'effort que j'ai fait pour traîner cette carcasse, je suis déjà épuisée. Il me faut un peu de répit. Nous allons donc manger tranquillement, tout en me reposant par une position de méditation rassainissante...