mercredi 19 juillet 2017

Planète isolée : Chapitres 7 et 8

Chapitre 7

Toute la nuit, j'ai observé au travers de la verrière de mon astronef les environs, si je voyais l'ombre d'hier matin. Je me suis bien assoupi quelques fois, mais je ne tardais pas à me réveiller en sursautant et en sueur, au moindre bruit, transit de peur.

C'est idiot, moi, un pilote chevronné, habitué au combat, à la guerre, avoir peur d'une ombre ! Et puis, je suis en sécurité, enfermé dans mon cockpit ! Et pourtant, j'ai peur. C'est absurde, mais j'ai peur...

Les heures sont passées, tel les grains dans un sablier géant, lentement, très lentement. Le moindre bruit attirait mon attention. Le moindre mouvement perceptible, les feuilles d'un arbre, réel ou imaginé, me mettait dans un état de tension extrême.

Au petit matin, avec la lumière du jour, je me suis calmé et je me suis endormi pour quelques heures de plus. Une ombre ne résiste pas à la lumière... Mon esprit s'est calmé. Finit la peur d'un fantôme !

Et me voilà, à ma montre, qui s'adapte au rythme des alternances des jours et des nuits automatiquement, il est indiqué qu'il est déjà presque le milieu de la journée. Je sors de mon cockpit et j'avale avec un certain contentement une ration de survie. Mais en même temps, je vois leur nombre diminuer...

Il me fait à nouveau vérifier les pièges. Me voici donc à nouveau dans le cœur de la forêt, sombre et humide. Cette fois, ils sont tous détruits. Plus de nourriture à récupérer :

A côté de l'un des pièges, sur la terre molle, je distingue des empreintes de cette ombre. Au moins 30 cm et des marques pointues, sans doutes de griffes courbées, distantes de 10 cm ou plus encore. L'ombre n'est manifestement pas un petit animal.

Je pose mon propre pied à côté d'une des empreintes et j'observe. La profondeur de l'empreinte de mon pied est un peu plus profonde, mais guère plus. Il doit faire par comparaison dans les 50 kg. Non, il est quadrupède, je le vois aux marques avec des traces légèrement différentes, pattes avants et arrières. Son poids est réparti, il doit donc faire plus dans les 60 kg, ou même plus, 70 kg. Presque mon poids...
Ce n'est donc vraiment pas une petite bête ! Ca ressemble à un cauchemar. Que puis-je faire ? Si je reconstruis les pièges, il va recommencer. A moins que je ne les place ailleurs, dans un autre endroit. Il doit avoir un territoire de chasse. Il me suffit donc de m'en écarter pour à nouveau avoir de la nourriture fraîche.

Je décide donc de plonger plus profondément dans la forêt, de quelques kilomètres. J'utilise ma boussole sur ma montre pour me repérer. Il ne faudrait pas que je perde la trace de mon campement, ni que je ne puisse pas retrouver les pièges. J'espère cette fois qu'il ne les trouvera pas, que je suis loin de son environnement.

Je rentre dépité. Je vais devoir encore manger une ration. Non que ce soit mauvais, mais mes réserves sont limitées. Il me faut absolument trouver de la nourriture.

Chapitre 8

J'ai passé la nuit à calmer mon bébé en lui insufflant la brise de la connaissance profonde, celle qu'il devra découvrir à sa naissance. Il me faut anticiper puisque je suis toute seule, et je ne sais pas si j'aurais la force de l'aider dans ses premiers instants cruciaux. Si je m'écroule, je ne pourrais faire le rituel de connexion, et il ou elle sera banni de notre communauté.

Épuisée, je fais des pauses parfois, me nourrissant des baies et fruits récoltées hier. Le goût parfois amer, parfois acidulé, parfois sucré, me permet de m'évader un instant. J'ai l'impression d'être avec mes sœurs, autour de la table de rituel où les victuailles attendent pour réconforter les plus fatiguées.

Combien de fois je refusais d'aller prendre à manger, refusant d'admettre ma faiblesse ! Et combien de fois notre prêtresse me forçait à y aller, avec raison ! Je voulais être meilleure, pas la meilleure, mais moi-même meilleure. Je voulais me dépasser, me prouver que je pouvais faire mieux.
Souvent, la prêtresse venait me voir après le rituel et me disait :

  • Ne soit pas si impatiente ! Prends le temps de déguster un fruit ! Le fruit, c'est la vie d'un arbre. La vie s'écoule en toi et t'apporte le renouveau. Un jour, tu apprécieras la saveur d'un fruit pour son don, le don de la vie qu'il te fait. Et tu remercieras l'arbre qui te l'a donné avec sagesse et douceur.
Qu'elle avait raison ! Ses fruits sont délicieux ! Je remercie la nature pour le don qu'elle me fait. Je la respecte et elle me respecte. L'eau contenu dans le fruit ou les baies s'écoule dans mes veines, entraînant les nutriments dont j'ai besoin, ainsi que mon bébé. Merci mère nature !

Mais je dois reprendre le pré-rituel déjà. Je sens mon enfant, sans doute réveillé par ses pensées du passé et les aliments ingérés qui lui parviennent à lui aussi. Je continue ainsi une grande partie de la nuit. Au petit matin, je m'autorise enfin une pause, mon trésor s'étant enfin assoupi, comme pour me laisser la journée pour moi, pour que je puisse accomplir ce que je dois faire pour moi et lui.

Je m'allonge donc quelques heures pour me reposer. A mon réveil, le Soleil est bien haut. Je décide d'aller dans la forêt pour chercher à nouveau de la nourriture. Afin de préserver l'équilibre, je change d'endroits régulièrement, pour ne pas léser les autres espèces qui dépendent elles-aussi de ces dons de la nature. Je m'enfonce donc un peu plus loin dans la forêt, en prenant soin d'emporter avec moi un réflecteur, au cas où un ougla serait en chasse à cette heure, ce qui est peu probable.

Au fur et à mesure de ma cueillette, j'avance ainsi dans les bois. Je découvre d'autres fruits. Mes sens me disent que ceux-ci sont nocifs. Je les laisse donc de côté. Plus loin, un autre type lui est comestible. J'en ramasse quelques uns. Tout en étant dans ma cueillette, le jour continue d'avancer, et je sais qu'il est maintenant le milieu de l'après midi. Il va falloir que je rentre. Je me suis beaucoup avancé, et le temps que je rentre, la nuit ne va pas tarder.

Alors que je rebrousse chemin, je tombe sur une étrange construction de bois et de métal. Une sorte de cage. Je m'en approche tout en épiant autour de moi le moindre bruit ou présence. Rien ! Je suis toute seule. J'examine l'objet sans le toucher. Cela ressemble à une petite prison dont la porte serait ouverte, mais qui attend que quelque chose y rentre pour se refermer. C'est un piège à animaux !

Mais qui donc pourrait bien faire cela ! Pourquoi mettre en cage des animaux ? 
Le pilote ! Oui, bien sûr ! Les humains sont des carnivores. Il a posé ce piège ici pour capturer sa nourriture. C'est dégoûtant, rien qu'à l'idée de manger un animal ! En plus, l'animal doit se sentir malheureux une fois enfermé dedans... C'est horrible !

Mais si le piège est ici, c'est que l'humain est venu jusqu'ici ! Il n'est vraiment pas loin de mon camp. Est-ce qu'il faut que je bouge pour l'éviter ? Dans mon état, je ne saurais me défendre. Mais dans mon état, je ne peux pas non plus déménager tout mon campement... 

Je regarde le piège et d'un coup, avec une petite branche morte, je déclenche le piège, qui se referme sur du vide. Aucun animal ne sera prisonnier ici. Cela fera sans doute changer de lieu de chasse l'humain. Ainsi il s'éloignera de moi et je serais en sécurité à nouveau.

Je rentre à mon campement, mais avec la peur que la prochaine fois, il me découvre. Il faudra que je me batte, enceinte ou pas ! Surtout enceinte, pour la survie de mon enfant !