jeudi 20 juillet 2017

Planète isolée : Chapitres 9 et 10

Chapitre 9

Ma nuit ne fut pas meilleure que celle d'hier. L'inquiétude pour mon stock de nourritures et l'ombre de 70 kg, cumulés, m'ont fait virer toute la nuit dans mon cockpit. Certes, j'ai pu dormir un peu, mais dès qu'un bruit se faisait entendre ou un mouvement perçu, mes sens étaient en éveil et mon cerveau paniqué. Il faut absolument que je me calme sinon je vais devenir fou, ou tout simplement épuisé de fatigue.

Et l'épuisement, en situation d'isolation comme actuellement, ce n'est pas bon. Il faut garder le moral. C'est la toute première chose. Garder espoir ! Ils vont bien finir par me retrouver !



Au petit matin, je sors et je prends un petit déjeuner lyophilisé. Heureusement, je ne manque pas d'eau. Mes récolteurs fonctionnent à merveille ! J'en profite même pour me laver et changer de tenue. Voilà sept jours que je portais les mêmes vêtements ! Au début, je pensais que l'on viendrait me récupérer vite et que ce n'était pas grave. Mais là, le temps passe et l'odeur que je dégage n'est pas meilleure que celle d'un putois.

Après ces ablutions, je me dirige à nouveau dans la forêt, cap vers les pièges que j'ai mis en place, plus loin. Il me faut une bonne heure, en faisant attention là où je marche. J'ai remarqué en effet hier, en rentrant, que mes chaussures avaient été abimées sous la semelle. Une forme de glue acide qui la rongeait. J'ai vite compris qu'il y avait des zones, un peu trop humide, qui n'étaient sans doute pas innocentes de ce désagrément. Je prends soin donc de les contourner. Parfois elles sont immenses, et le détour m'inquiète car il me faut retrouver mes pièges. Hors il n'y a rien de plus qui ressemble à un arbre qu'un autre arbre. J'ai peur de me perdre dans cette immensité comparable en tous points.

J'arrive enfin au premier piège ! Un rongeur s'y est fait prendre !! Ca a marché ! L'ombre n'est pas venue ici ! Le deuxième contient une de ces limaces étranges. Je la libère un peu dégoûté. Le troisième une forme d'animal qui ressemble à un lapin.

Le quatrième est vide, mais il est fermé. Comme s'il avait été activé, mais que la bête avait réussie à s'échapper avant... Je vérifie le piège, rien pourtant ne semble indiquer un problème. Je le remets donc en fonctionnement.

Enfin, je vais pouvoir rentrer et manger à ma fain, sans puiser dans mes réserves. Et pas de traces de l'ombre ! Je suis rassuré. Je fais donc demi-tour, toujours en évitant ces zones humides.

Malgré ma boussole, après plus d'une heure de marche, je ne retrouve pas mon campement. Pourtant, je suis dans la bonne direction... Je tâtonne, je cherche. Je vire et tourne dans tous les sens. Je commence à paniquer ! Tous les arbres et arbustes se ressemblent... Et si je me retrouvais coincé loin de mon campement, et en particulier de mon cockpit, seule protection pour la nuit ?

Au bout de deux heures, à tourner, virer, enfin, je finis par voir mes propres traces de pas et je les suis donc pour enfin retomber sur mon campement. Cette distance des pièges est un problème. Je risque de me perdre et je n'ai pas les outils pour me repérer dans cette forêt. Peut-être faudrait-il que je trace des signes sur quelques arbres pour me repérer ?

Oui, demain, je ferais cela. Comme le petit poucet... mais pas avec de la mie de pain ou des cailloux, mais des traces sur les troncs d'arbres. Je me mets immédiatement à cuisiner le "lapin". L'odeur qui sort du cuiseur est agréable. Cette viande est goutue, et tendre. Voilà qui me réconforte.

Je décide de passer l'après midi à nettoyer mes vêtements sales, mon campement, bref, à faire le ménage. Occuper son esprit, occuper ses mains : voilà qui me maintiendra en vie !

Chapitre 10

Cette nuit, mon enfant était calme. J'aurais dû pourvoir me reposer. Mais ce piège d'humain que j'ai découvert pas si loin de mon campement m'a hanté toute la nuit. Et s'il me découvrait ? Avec mon bébé, je ne serais pas aussi efficace aux arts de défense que lorsque j'étais jeune et non porteuse d'une autre vie.

Lors de ma formation, j'étais la plus rapide, la plus efficace. Je n'avais pas la force physique de mes sœurs, mais je sais me détacher de ce qui m'entoure pour être ici et maintenant, face à mon adversaire du moment, et agir par instinct, de la manière la plus appropriée. La prêtresse était fière de moi, car elle nous enseignait la méditation active, l'introspection ouverte au monde, qui nous permet d'être en phase avec ce qui nous entoure. Et j'étais une de ses meilleurs élèves.

Voilà ce qui faut que je fasse ! Arrêter d'avoir peur ! Me concentrer ici et maintenant, et m'ouvrir au possible, être prête ! Oui, je suis diminué physiquement avec cette vie en moi, mais tout comme je l'étais jeune avec la force physique plus faible que celles de mes adversaires, que je battais pourtant.

Si l'humain vient, je saurais réagir ! On nous a enseigné que les humains étaient lents, violents et brutaux certes, mais lents et peu en phase avec ce qui les entourent. Déjà, ils mangent de la viande ! Quelle horreur ! La guerre a éclaté car ils avaient agi comme des conquérants, sans nous demander notre accord, sur une de nos planètes. Pas la moindre discussion, juste un débarquement d'humain armés, et la lutte fut féroce. Nous les avons repoussés. Nous pensions que ce serait finit.

Mais non, ils sont revenus encore plus nombreux et partout à la fois. Alors nous avons mis en marche notre armada, unis, comme nous le sommes toujours.
Les combats sont difficiles, leur technologie étant plus avancée que la notre. Nous avons donc dû développer nos propres technologies mais surtout apprendre à agir comme au combat au sol, avec cette méditation active, pour anticiper leur mouvement, et les prendre par surprise, à revers.

Mais me voilà, seule, sur cette planète, et mes sœurs loin de moi ! Pour me recentrer, je décide donc d'aller dans la forêt pour me ressourcer auprès des forces de la nature. Chaque arbre, chaque arbuste, chaque fleur sont des bienfaits ! Je me mets en méditation active au pied d'un arbre majestueux. Je reste ainsi plusieurs heures. Je sens que mon bébé apprécie cette paix intérieure, cette ouverture à la nature. Lui aussi apprend l'enseignement via mon état mental. Il me faut garder cette ouverture, pour lui et pour moi.

Une fois recentrée, comme tous les jours, je récolte quelques fruits et baies, en remerciant la nature. Et je découvre le même piège, à nouveau opérationnel. L'humain est donc revenu !

Que dois-je faire ? Je dois le faire partir, car moi, je ne pourrais pas déplacer mon campement dans mon état. Je déclenche donc le piège, à nouveau et je cherche si j'en trouve d'autres dans les environs. En effet, j'en trouve deux autres. Je les déclenche également. Si l'humain n'a plus à mangé, il sera faible et si nous devons nous retrouver face à face, il sera faible physiquement. J'aurais donc un avantage de plus sur lui.

Il est déjà tard. Le Soleil est en train de finir sa course dans le ciel et la pénombre s'étend de plus en plus dans la forêt. La nuit, la nature change de nature. Parfois elle peut être agréable et accueillante, celle-ci ne l'est pas, en raisons des ouglas ! Je reprends donc le chemin de mon campement en essayant de ne pas faire de bruit.

J'entends au loin le son caractéristique d'un ougla. Il est loin. Il ne faut pas qu'il me découvre, pas ici, pas maintenant. J'ai oublié de prendre un de mes réflecteurs. Je marche dans la souplesse qui ne laisse aucune trace et aucun son. Je diminue ma chaleur corporelle, pour diminuer les effluves qui se dégagent de mon corps, pour ne pas l'attirer ni par l'ouïe, ni par l'odorat.

J'arrive enfin à mon campement, protégé par mes réflecteurs installés tout autour. Cette marche de combat souple m'a épuisée. Je mange immédiatement un fruit, dans l'espoir de me revigorer. Mais je recrache immédiatement le contenu mâché. Mon corps est trop tendu.

Je m'assoie, mon bébé en début de détresse lui aussi. Je prend la position du rituel et j'expire profondément, lentement, jusqu'à ce que je retrouve mon calme et mon unité. Après un temps long, la nuit étant tombée, je peux enfin m'arrêter. Mon enfant a faim, tout comme moi ! Nous mangeons donc des fruits et des baies.

Cette nuit, je dormirais ! Car je serais sereine, calme et ouverte au monde qui m'entoure. Rien ne pourra surprendre un être pensant dont ses pensées ou ses peurs ne sont plus un frein à ses réactions. Je m'endors sereine, assise en position de méditation active.