vendredi 11 août 2017

L'isolement ultra connecté : la survie - Chapitre 5

Chapitre 5

Une fois les gris installés dans leur grotte, avec deux gardes, mais sans arme et avec comme consigne de les laisser sortir s'ils le souhaitaient, de juste éviter des incidents entre eux, si jamais cela devait arriver. Pour ma part, je ne pense pas qu'il puisse y avoir le moindre incident entre eux. Ils sont comme soudés, unis, vers cette image d'un moi âgé, d'un moi que je ne veux pas être. Mais ce n'est pas le moment.



Je fais signe à l'architecte.
  • Nous devons nous dépêcher de revenir vers les autres. Nous devons à la fois trouver des vivres, assurer nos premières lignes de défenses, mettre à l'abri notre communauté mais aussi continuer à faire le bilan de nos compétences.
  • L'architecte : Oui, il faut se dépêcher. Mais avant, tu vas me dire ce qui s'est passé tout à l'heure !
  • Nous verrons cela plus tard !
  • L'architecte : Je te connais, et tu me connais. Têtus tous les deux ! Sauras tu retrouver ton chemin sans moi ? Non, n'est-ce pas ? Alors parle !
  • Je ne sais pas quoi te dire.
  • L'architecte : Commence par le commencement... Pourquoi t'es-tu arrêté soudainement ? Et ensuite, pourquoi se sont-ils tous retournés et t'ont entouré comme... je ne sais pas comme quoi...
  • Si tu le sais... 
Je prends un moment pour trouver mes mots.

  • Quand je marchais avec vous, j'ai voulu savoir pourquoi ils marchaient tous en rythme parfait, pas un rythme régulier, mais tous à l'unisson. J'ai donc choisi l'un d'entre eux, me semblant le moins agité, et j'ai tenté de ressentir ce qu'il ressentait.
  • L'architecte : Et tu as décidé ça tout seul, sans même me consulter ! Te rends tu compte des risques que tu as pris ?
  • Toi-même, le sais-tu seulement ?
  • L'architecte : Non, je ne le sais pas. Mais je le devine. Je vois bien que tu hésites au sujet de la demande du chef.
  • Quelle demande ?
  • L'architecte : Tu sais très bien, la demande de nous enseigner ton pouvoir... Je me doute qu'il y a quelque chose que tu ne nous dis pas... Mais j'ai confiance en toi. Là, tu aurais dû me prévenir ! J'aurais au moins pu assurer ta sécurité ! Imagines que tu n'ais pas pu t'appuyer sur ce rocher et que tu ais dévalé la pente ! Tu aurais pu te tuer !
  • Je te demande pardon... Je n'avais pas envisager cela... Mais puisque nous en sommes là, laisse- moi te dire ce que j'ai vu. J'ai vu que ce groupe était uni, contrairement à nous. Ils forment déjà une communauté. Certes, celle-ci est limitée dans ses capacités, mais elle existe. Leurs comguides sont... comme alignés.
  • L'architecte : Alignés ? C'est-à-dire ?
  • Ils utilisent une forme de lien qui les... Comment te dire ? Rappelles toi ! Lorsqu'ils se sont levés pour venir vers moi avec une attitude hostile, c'était un mouvement collectif, pas un leader, pas un chef, pas de mouton, une entité unique. Quand ils se sont arrêtés, idem. Quand ils t'ont suivi vers la grotte, idem, marchant avec le même rythme de pas, le plus lent rythmant les autres.
  • L'architecte : Pas très efficace s'ils se règlent sur le plus faible...
  • Non, pas seulement ! Ils s'entraident les uns les autres. Ils se relèvent, se portent, pour permettre au groupe d'aller plus vite.
  • L'architecte : Mais aucun d'entre eux ne touchait les autres. Je n'en ai vu aucun soutenir un autre !
  • Mentalement, tout est dans le mental, via leur comguide. C'est ce que j'ai découvert. Leur entraide est virtuelle, mais les effets sont réels.
Je me tais maintenant. Je ne voudrais pas aborder maintenant l'autre sujet. Mais c'est mal le connaître si je pense m'en tirer ainsi !
  • L'architecte : OK, mais ceci n'explique pas la suite. Pourquoi t'es-tu arrêté ? Pourquoi se sont-ils regroupés autour de toi ?
  • J'ai essayé de voir ce qui les poussaient à agir ainsi, unis. J'ai essayé de rentrer dans l'esprit de l'individu que j'avais choisi. Et c'est ce qui m'a déstabilisé. Il a fini par me ressentir et j'ai dû sortir de lui rapidement. Je me suis retrouvé un peu affaibli et ils ont sans doute voulu s'assurer que j'allais bien...
Il me regarde, pensif. Je vois bien que je ne l'ai pas convaincu. Mais que puis-je lui dire ? Que je me suis vu vieux et pour eux presque comme un dieu ? Non, impossible ! Je refuse même d'évoquer ce sujet ! Il est hors de question que cela tourne ainsi. Je ferais tout pour que cela n'arrive pas. Quant à sa remarque sur l'enseignement de l'usage du comguide comme je peux en faire usage moi-même, oui, il a raison. J'hésite. C'est à la fois une arme redoutable comme ce fut le cas contre les gardes lorsque nous nous sommes évadés, un outil de compassion, comme ce fut le cas avec ces gris en fureur, mais cela peut être aussi un pouvoir sans limite de contrôle. J'ai pu rentrer dans l'esprit d'un homme. Je ne me suis même pas posé la question si c'était moral ou pas. Je voulais savoir, et je l'ai fait. Je n'ai eu aucun frein, même psychologique.


Et si cela était dans les mains, si j'ose dire, d'un psychopathe, d'un fou voulant imposer sa loi à tout le monde. En fait nous ne ferions que reproduire ce que notre actuelle société fait de ses concitoyens en leur plaçant un comguide dès la naissance : elle s'assure de l'ordre et de la justice, mais elle s'assure aussi que nous ne soyons pas déviants, que nous ne cherchions pas à nous révolter. Avec ce que je peux faire, je peux aller plus loin. Actuellement, la société ne reste qu'à la surface de notre conscient. Elle n'agit pas sur notre subconscient. Elle tente, par les images, les sons, les informations, de nous contrôler, mais notre esprit reste encore un territoire privé et vierge.

Avec mon pouvoir, n'importe qui pourrait manipuler le conscient d'une personne, comme je l'ai fait tout à l'heure avec le groupe. Mais il pourrait aussi rentrer dans le subconscient d'une personne, et qui sait, peut-être même le modifier ? Tout à l'heure, je n'ai rien modifié, mais j'ai accéder à l'esprit profond de ce gris. Cette vision qu'il avait de ce qui pourrait être moi, vieux, venait de son subconscient et non de sa conscience.

  • L'architecte : Tu ne me diras rien de plus maintenant, n'est-ce pas ?
  • Je crains que non...
  • L'architecte : Tu n'as pas confiance ?
  • En toi, si ! Mais... je dois réfléchir et trouver ceux, dont toi, avec qui je dois en parler. Et ce n'est vraiment pas le moment. Nous sommes dans un temps contraint, critique, pour notre survie. Nous n'avons pas ce luxe, pour le moment, de nous appesantir sur ces questions... Me comprends-tu ?
  • L'architecte : Oui, je devine en partie tes inquiétudes. Je les partage. Toi, tu as une morale forte, une auto-critique puissante. Tout le monde n'a pas cette capacité... Et oui, nous avons d'autres choses plus urgentes à nous occuper. Viens ! Suis-moi ! Nous revenons à la première ligne ! Cela fait déjà trop longtemps que nous sommes absents, et le temps de revenir ici avec tout le monde, il fera presque nuit.
Nous repartons donc pour la plaine avant le pierrier. Les travaux de défense primaire ont bien avancé. Le chef continue a donner ses ordres. Avant que nous arrivions sur la plaine, je l'entendais distinctement, poussant des jurons ! Même l'architecte rigolait à ces mots largement dévoyés ! Mais dès que nous sommes apparus, le chef changea de ton, et de vocabulaire...
  • Tu me crois aussi prude pour ne pas pouvoir entendre tes jurons ? Ca fait plus de cinq cent mètres que l'on t'entend, et crois moi, on rigolait bien tous les deux.
  • Le chef : Non, mais... tu n'aimes pas ça, n'est-ce-pas ?
  • Tu es exigeant, c'est normal. Mais il faut juste que tu fasses attention à ne pas blesser psychologiquement les membres de la communauté. Être rigoureux, précis, indiquer qu'un travail est mal fait, ça ne me pose aucun problème. Lancer des jurons, en l'air, pour se calmer soi-même, mais pas à destination des autres, cela aussi ne me pose aucun problème. Tant que tu n'injuries pas une personne, ça me va.
  • Le poète : Il ne l'a jamais fait !
  • Je le sais, c'est pourquoi tu me voies tout sourire ! Et que je te le dis, chef, tout va bien ! Et je vois que les travaux ont bien progressé.
  • le chef : Mouai ! Ils sont mous ! Ca ne va pas assez vite. Mais on a fait le minimum. Cependant, s'ils sont nombreux, nous ne tiendrons pas. Je dirais jusqu'à vingt ou trente gardes, ça ira. Mais au-delà ?
  • Jean, revenant d'un groupe de gris avec qui il travaillait : Ils seront plus nombreux, n'est-ce pas Leto ?
  • Je ne sais pas. Ils veulent m'éliminer moi, mais pas vous. Ils pensent que moi seul suit un danger. Peur-être compteront-ils sur un faible nombre de gardes ?
  • L'architecte : Je ne compterais pas trop dessus... Ils viendront en nombre.
  • Le poète : Oui, mais pas pour le premier assaut. Ils ne penseront même pas que nous puissions nous organiser et défendre nos positions. Par contre, le deuxième assaut, il en sera tout autrement.
  • Oui, mais celui-ci leur prendra plus de temps à préparer, ce qui nous laissera à nous aussi plus de temps en conséquence. Il nous faut tenir le premier assaut.
  • Jean : Et il nous faut manger aussi !
  • L'architecte : Je n'ai pas pu aller chercher de la nourriture comme je l'avais dit. Il a fallu que j'accompagne Léto avec les gris dans leur grotte. Je suis désolé. Et maintenant, il nous faut regagner avant la nuit notre camp.
  • Le poète : Jean te taquine ! Nous savions bien que tu n'avais pas le temps. Nous avons pris quelques hommes et nous avons nous même avec Jean cherchait de la nourriture. Les connaissances médicales de Jean nous ont permis de faire un tri, peut-être un peu trop sélectif, mais mieux valait être prudent.
  • Jean : Chacun son rôle et chacun ses moyens ! N'est-ce pas, Léto ?
Et chacun de sourire ou rire... L'architecte tape dans le dos de Jean, le poète s'écartant, indiquant qu'il est peu vieux pour supporter ce genre d'accolades. Et le chef de rire à son tour ! Pendant un instant, nous oublions tout. Mêmes nos camarades arrêtent de travailler. De toute façon, il faut bien s'arrêter... Nous ne sommes pas aux galères... 

C'est le chef qui rompt le premier nos éclats de rire.
  • Le chef : Je suis désolé, Léto, mais il va falloir organiser des tours de gardes, y compris ici. Et ce, dès maintenant. Nous ne savons pas vraiment quand ils arriveront...
  • L'architecte : Nous allons laisser de la nourriture ici et nous allons organiser ensemble, chef, si tu veux bien, les tours de gardes et un moyen de se repérer durant la nuit entre ici et notre grotte.
  • Le chef : Parfait pour moi !
  • Et bien, vous voyez ! Vous n'avez pas besoin de moi... Moi, je vais avec le poète et Jean rejoindre avec le reste du groupe notre villa... Dommage que nous n'ayons pas encore une piscine... J'aurais aimé m'y détendre.
Et les rires de repartir, chacun s'occupant de ce qu'il a à faire...

Imprimer la page