mercredi 1 février 2017

Désert 23/

Ma conscience remonte peu à peu les étages de la compréhension. Je prends conscience de mon corps allongé, reposé autant qu'il soit possible. Je n'arrive pas encore à bouger un muscle, mon semi-éveil n'étant pas encore abouti. Je ressens la dureté de la couche sur laquelle je me trouve allongé. Je déglutis, ma gorge pourtant encore trop sèche. Mes paupières s'entrouvrent lentement et j'aperçois la nuit au dehors, la visibilité étant réduite dans ce refuge de pierre. Je me redresse avec difficulté, mes pieds basculant dans le vide et touchant maintenant le sol froid. Ma tête tourne encore, mon éveil n'étant pas accompli.

J'attends ainsi un moment, pour ressentir à nouveau l'ensemble de mes muscles, avoir la connaissance de mes organes sensibles, le sang qui coule à un rythme plus régulier. Ma première tentative de me lever se solde par un échec. Je dois me résigner à encore patienter. Mes pieds ressentent la pression du sol, mes jambes celles de la pesanteur. Mon bassin est enfin relié à mon système nerveux central et ma deuxième tentative, bien que chancelante, m'assure une posture d'homme debout.

Je me dirige vers les jarres et saisis à nouveau des baies et bois plus d'eau encore que la dernière fois. Les efforts stupides que j'avais réalisé avant de m'effondrer ici m'ayant vidé d'une grande partie de mes réserves.

Je reste ainsi assis sur ce banc/table d'un seul bloc un moment, observant la Lune qui passe par la porte. C'est comme si elle m'invitait à venir discuter avec elle. D'un pas plus assuré, je me dirige jusqu'à l'ouverture, m'appuyant néanmoins sur le mur pour me soutenir. Je la regarde, symbole fabuleux, miroir d'une beauté qui n'est pas sans me rappeler celle de ma compagne perdue. Son aura est un réconfort, comme si le reflet des rayons du Soleil passant par elle transformait ceux-ci en une énergie reconstructive.

Je passe l'ouverture de cette abris construit par Helan. Dehors, la température est douce et le sol est agréable. Le vent léger est comme une caresse, celles qui me manquent tant. Du coin de l'œil, je vois ce mausolée du savoir dont je n'ai pas trouvé la clef. Quelque chose attire mon attention. Rien de bien précis, mais comme un reflet, une ombre inversée.

Je m'approche du bloc et j'aperçois qu'en plus du message gravé sur le socle, d'autres instructions apparaissent maintenant. Elles ne sont pas gravées. Elles luisent, et c'est la Lune qui les révèle. Je tente à nouveau de rassembler mon cortex pour déchiffrer ce nouveau message.

Toi qui cherches à ouvrir et découvrir ce savoir, la Lune, dans son intimité de la nuit, dans le calme des ignorants qui dorment, te révèle le moyen. Le souffle de l'humanité restera la clef de toutes les opportunités, pour ceux qui savent la concentrer et l'utiliser.
La clef était donc lisible grâce à cette amie unique et inaliénable qu'est cette opaline. Mais je ne vois pourtant toujours aucun mécanisme, aucune clef. Je vois le symbole de son nom, Helan, cette spirale entourée d'un triangle. Cette spirale représenterait-elle d'une certaine façon le vent ? Mais le triangle ?

Je scrute encore en faisant le tour du bloc et je découvre, toujours à la lumière étrange de cette chère amie brillante, une forme triangulaire sur un des côtés. Mais le vent ne souffle pas dans la bonne direction, il est à l'opposé.
Le souffle de l'humanité restera la clef 
Et si ? Je souffle sur le triangle... Rien ne se passe. Je ressouffle plus fort, mais toujours rien.Je ne comprends pas. Que faut il faire ?

je relis encore le message :
 pour ceux qui savent la concentrer et l'utiliser
Peut-être y-a-t-il une façon particulière de souffler ? Je forme un rond avec ma bouche et souffle de manière tendu sur le triangle... Rien !
 dans son intimité de la nuit, dans le calme des ignorants qui dorment, te révèle le moyen
Sans doute encore une autre partie de la clef se trouve dans le message. Les ignorants qui dorment ont un souffle léger et continue, non maîtrisé. L'intimité, c'est sans doute cette transe que ces baies s'appliquent régulièrement à m'encourager.

Je me place en tailleur, les paumes faces vers l'astre féminin, et je calme mon esprit. Je concentre mon attention sur ma respiration. Elle devient forte et profonde. Mon corps tout entier est plus léger, mais aussi plus solide que jamais. L'air entre dans mes poumons, s'engage dans le processus d'oxygénation, alimente chacun de mes organes et rejettent le CO2 résultant de leur consommation. Je mets en place un circuit parcourant tout mon corps, du front vers le nez, puis vers le menton, le sternum, puis le nombril où je sens une puissance se dégager, puis vers mon bassin et mes jambes, jusqu'au pieds. Le retour prend le chemin inverse mais cette fois passant par ma colonne vertébrale, ma nuque et atteindre le sommet de mon crâne. Et le cycle ainsi se poursuit, avec calme et puissance.

Mes yeux s'entrouvrent et juste en face de moi se trouve le triangle qui luit encore plus fort que tout à l'heure, mes sens étant certainement décuplés par cette concentration. Je me prépare mentalement et lors de l'expiration suivante, cette fois, c'est par le ventre que remonte l'air et est expulsé dans un son rauque mais non agressif. Je vois le triangle devenir flou. Je recommence l'opération et d'une façon que je ne saurais expliquer, cette roche pourtant d'un seul bloc laisse apparaître une ouverture dont les rebords sont eux-mêmes luisant sous la Lune.

Je glisse mes mains dans celle-ci et je découvre plusieurs parchemins, en parfait état de conservation.
J'en prends un au hasard mais je n'arrive pas à le déchiffrer. Bien que le langage semble le même, les mots sont nouveaux et je n'arrive donc pas à les comprendre. Que dois-je faire ?

Je décide de tous les saisir et de les emporter dans le refuge. Je les places en sécurité sur la stèle qui sert de table. Je sens à nouveau mon corps mais surtout mon esprit demander un repos immédiat, cette transe ayant encore puiser dans mes réserves. Je retourne donc sur ma couche de granit, je m'y allonge et ne tarde pas à sombrer dans un sommeil où mes rêves sont comme des bulles qui viendraient éclater ma conscience, sans l'éclabousser, mais en lui apportant une fraîcheur inespérée.