samedi 4 février 2017

Journal 6/

L'impuissance est insupportable ! Voir l'être aimé, adoré, ce centre de ma vie, ce seul point sable de mon univers sensible être à ce point en fragilité me désespère.

Bien sûr, je ne peux q'accepter son choix, même si je ne peux le comprendre, mais la voir s'enfoncer dans un mécanisme destructeur et sans prise avec la réalité m'inquiète au plus haut point. Je voudrais l'aider. Mais sa décision me l'interdit. L'amitié qu'elle voudrait me portait, ne ressemble qu'à des relations contractuelles, administratives. Je fais ce que je peux mais jusqu'où ne pas aller ?

Je voudrais l'aider mais la distance qu'elle m'impose rend impossible la discussion. Le silence morbide qui nous entoure ne fait que renforcer les douleurs et les peurs. Je vois la souffrance de nos enfants, mais là aussi la distance interfère sur l'aide que je pourrais leur apporter.

M'imposer dans ce lieu de vie autrefois commun serait comme rentrer dans son jardin privatif, et sans invitation, je ne peux y pénétrer. Et cette invitation, je sens bien qu'elle ne viendra jamais.

L'ais-je trop ignorée ou au contraire trop respectée pour lui permettre d'exister par elle-même ? Mais l'amour est mort unilatéralement. Depuis deux ans, je ne me suis même pas rendu compte de ces faux semblants, pensant qu'elle avait besoin de temps pour que nous retrouvions cette solidarité, cette union qui faisaient notre force. Je crains que je n'ai fait en fait que renforcer cet éloignement alors que j'aurais dû marquer encore plus mon attachement. Par amour, j'ai accepté les compromis les plus difficiles. Mais je pense qu'il devait en être de même pour elle, et peut être même bien avant.

Mais que de non-dit, que d'incompréhension, d'absence de communication ! J'étais à ce point persuadé que nos âmes se parlaient, que je n'imaginais pas une seule seconde que son amour s'en allait. Si encore un autre avait pris ma place, en dehors de la souffrance immédiate, comme une trahison, je pourrais au moins me dire qu'elle est soutenue, aidée et aimée.

Mais je vois bien les peu de fois qu'elle m'autorise à la croiser que son être tout entier est dévasté et instable. Et mon impuissance me ruine mes pensées. Chaque instant de la journée est ponctuée de cette inquiétude, cette hantise de son désespoir ou du moins de son isolation. La moindre conversation, la moindre photo de publicité, le moindre couple dans la rue me ramènent à cette souffrance improductive.

Je tente de me conserver un état psychique stable pour, au cas où, être prêt à agir. Non pas pour la reconquérir, n'ayant aucun espoir en la matière, mais au moins l'aider sur ce qui est le plus cher pour moi, son âme. Toujours, toujours être disponible, mais jamais n'être convié à sa présence, se sentir dérangeant dans son univers m'est cruel. Je peux comprendre qu'il lui faille du temps, mais celui-ci jour aussi contre elle.

Et moi, mon esprit n'arrive pas à me détacher de son aura. J'imagine son corps, ses lèvres, ses cheveux magnifiques, ses yeux d'une beauté sans pareil, et son cœur, ses convictions et son caractère. C'est comme si elle vivait à côté de moi, mais comme un ange brumeux, que je ne peux saisir ni embrasser et encore moins soigner.

Prisonnier de mon empathie excessive, me poussant à me condamner moi-même, je n'ai aucune solution et mon esprit logique perd pied, laissant place à un monde détruit, sans âme et sans avenir.

Alors je m'accroche à l'écriture, comme une bouée de sauvetage, non pour appeler à l'aide, mais pour me permettre par moi-même de flotter, de surnager encore et encore, espérant ainsi pouvoir un jour pouvoir répondre présent, si jamais elle en exprimait le besoin. De même pour mes enfants, que je sens plonger dans un gouffre de souffrances inexprimées, cette distance imposée et subie, empêche les mots et surtout les regards que nous échangions qui valaient bien plus que tout un discours.

Trouver les mots justes m'est très difficile, avec mes proches, j'avais pour habitude de cacher autant que possible des difficultés mais d'être à l'écoute des leurs et de faire mon possible pour les écouter attentivement, surtout sur les non-dits, et de les aider dans la mesure de mes moyens.

Les mots circulent maintenant sous différentes formes, poésie, roman, pièces de théâtres, tous exprimant l'inexprimable, en sachant qu'aucun d'eux n'exprime une réalité mais une once d'instantané.