dimanche 5 février 2017

L'oiseau volant

L'oiseau volant, quand il atterrit est un albatros, où son accès au sol ressemble plus à un crash désastreux. Certes son vol est majestueux, aux yeux des autres, mais l'effort qu'il fait pour décoller relève d'une mièvrerie et d'un mensonge à peine caché.
Ses plumes sont grasses de la pluie acide qui tombe sur lui. Son ventre est vide, sa solitude, loin du groupe déjà parti en migration, le condamne à courte échéance.
De plus, il fait une proie facile aux chasseurs de toutes natures, monstres à deux têtes, sacralisant la nature et la violant sans honte. Mais cela lui permettrait de mettre fin à sa douleur.
Il essaye péniblement de re-décoller, pour faire bonne figure. Un animal blessé se doit d'être plus vivace encore que les autres, afin que les prédateurs ne le prennent pour cible prioritaire. Et cet effort l'affaiblit encore plus.
La Lune l'observe et argumente son plumage de couleurs surnaturelles, dont la beauté ne peut laisser indifférent, le vent glissant et ondulant, mélangeant les teintes en une peinture abstraite et si émue.
Il se rappelle les paysages, l'arbre sur lequel il s'appuyait toujours. Il se rappelle, les souvenirs l'entrainant dans des voyages irréels, porté par le vent.
Chacune de ses plumes se décomposent sur place, laissant apparaître au fur et à mesure son duvet original, celui de sa naissance. De l'éclosion à la mort, il n'y a qu'un vol incertain, que les vents parfois contraires nous poussent à choisir ou subir des voyages sans objectifs.
Sa vie fut superbe, emplie d'une passion de vie, de survivre, mais la migration s'est effectuée sans lui, trop faible pour les suivre. Le groupe n'a même pas eu de décision à prendre.
À nouveau il s'écrase au sol, plus dur encore que la dernière fois. Arrivera-t-il à re-déployer le reste de ses ailes ? Pourra-t-il seulement échapper aux prédateurs terrestres, non humain, si affaibli.
Il n'a pas le choix, il replissa tête sous ses plumes, cachant la misère de sa situation et tremblant de peur et de honte, il s'endort, espérant que le froid qui l'entoure ne sera pas lui-même son bourreau. Ce serait encore bien pire alors. Car il ne pourrait pas lutter, et ce serait les charognards qui se repaitraient de son corps décomposé.

Il s'endort, fatigué, isolé et apeuré.