mardi 7 février 2017

L'ombre à nouveau s'immisce en moi

L'ombre à nouveau s'immisce en moi,
insondable, sourde, patiente et glacée. Elle rampe, elle glisse sur moi telle la morve d'un vieillard aigri par le temps. Elle se noie dans mon âme et se dissout, indiciblement se mélange à mon cœur et affecte mon esprit. Elle recrée enfin des douleurs passées, comme un jeu malsain qu'elle s'amuse à répéter, une réussite morbide immanquablement réussie. Je la suis du regard, elle me dévisage et me nargue. Je la fuis. Elle me précède. Elle occupe tout mon être et je me perds dans sa pénombre, ne retrouvant pas l'utilité de mon existence. Les différents rôles remplis, les services rendus, tous ces petits riens qui offrent à mes yeux le spectacle d'une vie ramassée et perdue, d'une vie finissante, bons ! D'une vie qui se poursuit malgré sa fin. Un espoir ? Je n'en connais plus un seul. ... La vie me semble une pièce de théâtre : un plateau, des comédiens, deux sorties, un public et un rideau ; le monde, ma polymorphie, l'Art, l'Amour, les gens et la mort. Sauf que cette pièce là n'est pas bonne du tout, que les éléments sont faussés, que mon Art n'est qu'illusion, ma personnalité brisés, mon monde déserté, les gens partis, l'Amour. Ah l'amour ! Et la mort ! La Mort s'approchant, la Mort pas à pas, la Mort d'un mot à un autre, la Mort d'un sourire à une larme. La Mort dans toute sa splendeur, imposante, puissante, irrémédiable, destructrice, ravageuse, ardente. La Mort, vicieuse, maline, sournoise. La Mort réelle, présente, là ! La Mort. Ma Mort ! Je suis mort, déjà, depuis longtemps. Et ce semblant de vie qui n'est qu'un amas putride de pensées nauséabondes s'échappant d'un cadavre exhumé. Mon âme se tourmente sans cesse, brûlant de tous côtés, hurlant de douleurs, s'asphyxiant de pleurs. Je ne finis pas de me dissoudre. Peu à peu je disparais, perdant mon identité. Et là, l'Amour, tel un phare, telle la main de Dieu, tel un souffle de vie qui voudrait me secourir...

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