samedi 25 mars 2017

Ego-Journal 45/

La solitude s'exprime de mille et une façons. Elle peut être physique, sentimentale et morale. Lorsque les trois sont réunis, je le nomme Spleen. Et je connais cette situation pour l'avoir vécue durant toute ma jeunesse, avec un point culminant à mes 20 printemps. Je ne la reconnais que trop, je sais en quoi elle peut être dangereuse et me conduire dans une basse-fosse, une déchéance de l'esprit et du cœur.



Je me bats, tous les jours, pour contrer cette descente, cette fin inéluctable. Mais mes nuits, que je ne contrôle pas, me poussent toujours plus profond et, comme tout un chacun, je creuse et creuse encore cette tombe imaginaire et pourtant si réelle dans mon être.

Peut-être toucherais-je le fond pour, d'un coup de talon, remonter à la surface ? La dernière fois, c'est l'amour qui m'a sauvé et m'a permis de me hisser le long de cette corde fragile, mètre après mètre, vers la surface, laissant en partie derrière moi ce néant avide.

Mais je ne vivrais qu'une fois cette amour, je le sais. Ma "chance" est passée, et même si c'est fini pour elle, je l'en remercie sans limite de m'avoir permis pendant 25 années de rester à la surface, inspirant un air frais et vivant.

Maintenant, il me faut trouver une autre voie, une autre voix, une autre foi. Ce petit quelque chose qui fait que l'on redresse la tête, que l'on regarde vers l'avenir, incertain, mais avec un espoir d'améliorer les choses.

Je n'en suis pas capable pour le moment. Je continue de me battre, mais je sens que ce combat est inégal, car mon ennemi est moi-même, anticipant ainsi chacune de mes tentatives, chacun de mes actes et contre-mesures. C'est un peu comme si vous jouiez aux échecs contre vous-même, dans tous les cas, au mieux vous êtes pat, dans le pire des cas, vous perdez obligatoirement. Certains pourraient dire que c'est le verre à moitié plein versus à moitié vide, mais la viduité de mon existence, ce Spleen, cette solitude absolue et permanente me poussent à le considérer comme vide, sans aucun contenant. Perdre ou gagner n'a aucune importance, vu que le combat est contre moi-même. Quant au pat, c'est un constat d'échec, un statu quo qui ne saurait m'aider.

Je prends petit à petit confiance dans mes écrits, comme une forme de thérapie, sans en vouloir donner ce sens. C'est actuellement un moyen pour moi d'exprimer et de confronter mes différents conflits internes, faire face à cette solitude en ayant l'impression de ne pas être seul, avec une conversation avec quelqu'un, même si cette personne n'est autre que moi-même. Les lecteurs autres, et leurs commentaires, me rassurent au moins sur le fait que ce que j'écris peut avoir une portée qui me dépasse et donne une petite part de valeur à mes actions. Cela me rassure un peu, même si cela ne solutionne pas le problème.

Au moins peut-être pourrais-je laisser une trace dans ce monde vide, qui, peut-être, pourra aider quelqu'un sans que je le sache, que ce soit par une part d'émotions, d'empathie, de partage indirect de ces sentiments troubles. Mais je me demande aussi parfois si tout ceci n'est pas de la boue, de l'argile modelée avec maladresse, n'ayant pas plus d'intérêt qu'une coulée de boue après un orage.

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