mercredi 29 mars 2017

Ego-Journal 49/

Mes nuits sont courtes, comme si mon cerveau avait peur de se réveiller au milieu d'un rêve qui va me suivre toute la journée. Il interrompt mon sommeil de manière brutale, interrompant toutes idées étranges et fantasques d'une vie qui n'existe plus. Je ne sais pas ce qui est pire : vivre sans mes rêves sans espoir, ou vivre avec mes rêves qui me prive de ma vie réelle ?


Et je dois pourtant continuer d'avancer, Sisyphe poussant sont rocher comme punition de son crime originel. Vivre sans vie, mais rêver ma vie ! Et mon esprit, ma raison, tente de retrouver un équilibre qui n'en est pas un. Je tangue entre réalité froide et absurde et histoire d'une vie irréelle mais tellement plus belle.

Je commence à ressentir ce besoin urgent d'être ! De ne plus faire semblant, mais ce monde extérieur m'en empêche, ses codes, ses règles, ses limites sont autant de contraintes insupportables. Je parle bien sûr de ces règles "sociales" qui pèsent sue chaque individu, le réduisant à une machine utile et "profitable". Je ne veux pas être un profit, je veux exister.

Alors mon âme frappe fort ma raison, la réduisant au néant lorsqu'elle agit ainsi. Et c'est une lutte épuisante, contre moi-même. Les armes sont inégales : manger, avoir un abri, pouvoir m'habiller, bref travailler comme un esclave d'un côté, et de l'autre aimer, pleurer, chérir, rêver, pousser ma quête d'absolue plus loin encore mais au risque de perdre le reste. Ajoutez à cela le risque évident de divorcer mes deux hémisphères définitivement, route vers une folie accomplie mais destructrice.

Il me faut trouver cet équilibre, par tous les moyens. Écrire n'est pas suffisant, je le sais déjà, mais c'est un pis-allé qui me permet de reprendre mon souffle de manière régulière. Quelles seront les suites à donner ? Comment concilier ses deux pulsions : survivre et vivre ?

Je ne suis plus sur le modèle de la reproduction, le couple brisé à jamais et ne pouvant, par ma propre nature, imaginer en fonder un autre. Il ne me reste que de laisser une trace, compréhensible pour mes semblables, mais ça, c'est le futur après mon existence. En attendant, que sera-t-elle ? Faudra-t-il mentir continuellement en journée, jouer une mauvaise pièce de théâtre humaine, ou briser mes chaînes au risque de m'éloigner de cet environnement bipède ?

Tant de questions, peu de réponse pour le moment... J'essaye par tous les moyens de me donner du temps. Certains diraient : il te faut du temps pour te reconstruire. Mais en fait, je ne me reconstruis pas, je suis. Et c'est cette essence, cette flamme fougueuse et dangereuse pour les autres, insupportable souffrance que je ne peux imposer aux autres, empathie oblige, qui sont les rails portant le train de mon voyage personnel. Personne ne peut m'accompagner ! Je suis à la fois le conducteur et le passager, et je vois au travers des fenêtres de mes yeux, des paysages, des humains parfois attentifs et compréhensifs, mais pourront ils monter dans ce train ? Ne serait-ce pas trop suicidaire pour eux ?

J'espère pour le moment que mon voyage apporte quelques éclats de doutes, d'émotions pures à mes lecteurs, comme une consolation de cet isolement que je m'impose pour les protéger.