jeudi 30 mars 2017

Ego-Journal 50/

Je suis moi qui ne fut plus. Je ne suis plus qui j'étais. Apparente contradiction, mais que je vais tenter de narrer à ma façon.

Je fus un homme emplis de passions, de rêves inaccessibles mais qui cherchait à les accomplir tout de même, car rien n'est impossible avec de la volonté. Je fus un homme qui, au bord de la folie, voulait être pleinement, vivant et éprouvant. Acceptant ses émotions de toutes formes, y compris les plus sombres et douloureuses, car c'était sa façon de se sentir vivre, de ne pas être un espèce d'automate dans cette nuée de personnes sans âme apparente, de visage sans expression, ou du moins avec des expressions qui ne racontaient pas leur histoire, leurs pensées.

J'étais un homme heureux, en couple, qui avait mis ses douleurs de côté, pour profiter de cette passion, qui dura 25 années avec sa Roxane. Un homme qui regardait le futur pour servir l'humanité du mieux qu'il pouvait, pour briller pour sa Dame, qu'elle soit fière de lui. J'acceptais de taire mes sentiments profonds, pour ne pas la blesser et "être normal" autant que possible.

Puis ce fut la séparation, brutale, soudaine, même si de nombreux éléments l'avaient anticipés, mais ans que je les comprenne ni ne puisse les analyser et corriger quoique ce soit. Un amour violé, trahit depuis longtemps, un amour transféré vers un autre homme "réellement normal".

Maintenant que je suis seul, je ne le suis pas. Ma déesse est toujours avec moi, dans ma tête, dans mon cœur, dans mon âme, dans mes rêves. Elle sera toujours présente, plus qu'un souvenir, un sentiment perpétuel, et ce que quelque seront ses comportements envers moi. Cette séparation avait été présenté comme "nous resterons des amis". Je n'ai pas compris que c'était une formule toute faite, qui ne signifiait rien, prononcée à chaque fois, pour éviter l'affrontement de la séparation, mais qui en fait signifiait : c'est fini, nous ne pourrons plus être ensemble, discuter ensemble, partager des émotions, comme des amis pourraient le faire. Mais juste : laisses moi vivre ma vie !

Parce que je l'aime, comme un fou, y compris après 25 années, je ne peux qu'accepter son choix définitif, mais je souffre de nos rapports réels dans la société, dans ce monde implacable et sournois.

Du coup, je me retrouve dans mon état d'origine, livré à moi-même, livré à mes passions, rouges et noires, un vent rugissant dans ma tête, tempête d'émotions et de solitude. Je replonge dans cet océan infini de mon existence intérieure, la seule qui a mes yeux, maintenant, a de la valeur et une consistance. Cette plongée est souvent en apnée et à des profondeurs où la remontée est dangereuse si je ne prends pas garde à la décompression.

Je suis moi qui ne fut plus. Je suis revenu à la case départ, mais avec quelque chose en plus, la chance et le bonheur incommensurable d'avoir connu l'Amour, la fusion de deux êtres, se promettant à la vie à la mort de se suivre et de se soutenir. Je ne suis plus qui j'étais, car ces vœux ont été brisés en conscience, et avec l'aveu que cette promesse n'existait pas déjà le début de notre histoire, sans que je sache.

Je ne vis pas dans le passé, mais bien dans mon présent, tout en remerciant cette transition merveilleuse, même si elle était faussée, car je suis plus construit, plus âgé aussi, plus mûr, et donc je peux me permettre d'avancer cette fois d'une manière plus constructive dans ce chemin doré, où l'homme a le droit d'éprouver, de pleurer, bref d'exister en tant qu'être humain, et non seulement comme une machine, certes efficace, mais un automate au service des autres, dans un milieu froid et ignorant la complexité émotionnelle des individus. Je me doute que mes congénères ont les mêmes problèmes, mais ils ne les exprimes pas. Pourquoi ? Je ne sais pas ! Mais moi, je me dois de les exprimer sous peine de crever, de finir désagrégé, atomisé et éparpillé dans cet univers froid, sans avoir jamais vécu jusqu'au bout.

Je suis moi qui ne fut plus mais qui est à nouveau, pour le pire et je l'espère pour le meilleur.

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