samedi 25 mars 2017

Titre provisoire : l'isolement ultra connecté 9/ (chapitre 11)

Chapitre 11

De retour dans la salle commune, je prends le tome 3 et m'assoie à ma table habituelle, suffisamment en face du gris passif pour que nous puissions communiquer de manière discrète. Je vois à son regard furtif que lui aussi attend que je communique. Mais pour le moment, je sens la pression des beiges nous observant et donc je décide de me plonger dans ma lecture pour donner le change.

Au bout d'un moment, les beiges sont occupés avec d'autres gris, de nouveaux arrivants notamment. Je me permets alors d'entamer la conversation :


  • Je pense avoir compris que je sais quelque chose, ou que je sais faire quelque chose dont tu n'es pas capable. Je pense avoir un objectif concret : celui de me libérer de ce lieu, et d'entamer une nouvelle société où le comguide ne serait plus une condition à la vie. Mais je me sens impuissant seul, je me sens pas non plus la capacité d'être un leader dans cette quête. Comment vois-tu les choses ?
  • Je n'ai pas ta force d'esprit pour me libérer de cette contrainte du comguide, mais je sais que cette libération est nécessaire. Contrairement à ce que tu crois, tu possèdes des qualités, spirituelles et mentales, qui dépassent la moyenne. Tu ne te sens pas leader, mais tu le deviendras de fait. Donnes toi le temps ! J'ai compris, et je savais déjà, que je ne suffirais pas à t'aider dans cette entreprise. J'ai déjà mis en place un groupe qui est prêt à t'aider. Si tu es d'accord, je leur passe le signal et nous pourrons alors mettre en place ce projet, étape par étape.
Je reste perturbé par ses convictions, mais l'aide qu'il me propose me semble opportune. Mais quelle confiance accordée à ces autres personnes ? 

  • As-tu confiance dans ce groupe ?
  • Oui, là-dessus, tu peux me faire confiance, je suis doué pour détecter les gens de confiance et leurs qualités et défauts.
  • Alors d'accord ! Mais comment procèderons nous ? Discuter à plusieurs de cette façon va finir par éveiller les soupçons des beiges, dont je sens déjà une pression de surveillance accrue sur ma personne ?
  • Je l'ai perçue aussi. Mais ils n'on pas compris la finalité ni ce que nous faisions. Ils pensent que tu t'enfermes un peu dans ton monde et se demande comment tu vas devenir : un gris passif ou un gris actif ? Pour eux, ta convalescence va vers le gris passif. Mais en fait, tu sais que ce n'est ni l'un ni l'autre, mais bien de la liberté dont il s'agit. Nous ferons attention, nous prévoirons des tours, pour ne pas éveiller les soupçons. Et toi, continue à lire, comme tu le fais déjà, sans révéler le vrai combat que nous menons.
  • Le combat ?
  • Ne vois-tu pas que tout liberté se gagne ? C'est un combat.
  • Mais je ne veux pas de violence !
  • C'est là que je vois que tu es celui que l'on attendait. Tu n'es pas un va-t-en guerre, et c'est sain. Nous ne cherchons pas ensemble la révolution mais le droit de vivre différemment de ce que nous impose cette société absurde.
Je digère ses dernières paroles. Je me replonge dans mon libre, pour donner le change, comme il me l'a conseillé, tandis que je réfléchis. Un combat pour notre liberté ? Pour vivre ce que nous sommes, comme nous sommes, sans cette contrainte absurde qui maintenant est claire pour moi : le comguide n'est pas LA solution à l'humanité. Pour autant, si elle convient à certains, pourquoi les en priver ?

  • J'ai besoin de discuter et de comprendre les avis des uns et des autres. J'accepte, du bout des doigts, ce que tu me demandes de faire, même si je ne suis pas convaincu de mes capacités. Mais j'ai confiance en toi !
Après un temps de réflexion de son côté, il reprend :

  • Ta confiance m'honore et je mets en place ce que tu demandes. Cela va demander un peu de temps. Peut-être commencerons nous dès demain à faire ces échanges que tu demandes ? En tout cas, je pense que c'est une bonne approche. Si je comprends bien, tu ne veux pas être chef mais assimiler les informations des uns et des autres, leurs avis pour en déduire une conduite à tenir et un projet à construire ?
  • Je ne l'aurais pas formulé avec autant de précisions, mais oui, c'est bien cela.
  • Très bien, laisses moi la journée pour organiser, à tour de rôle, jour par jour, ces échanges.
  • Merci
Et la journée passe, repas, lecture, silence, sauf quelques gris actifs qui se manifestent de temps en temps, où je découvre un manège indicible entre le gris passif et d'autres qui me portent à leur tour un regard approbateur.

Le soir, dans ma chambre, je comprends qu'ils attendent beaucoup de moi. Beaucoup trop ? Je ne sais pas. Mais la confiance du gris passif me donne de l'espoir. Et l'espoir est la source de toutes les actions. Je devrais attendre demain pour avoir ces premiers échanges avec d'autres gris.