mercredi 5 avril 2017

Ego-journal 56/

Et si l'humain était pris entre deux forces contradictoires : la vie collective et la vie individuelle ?

La vie collective, ce sont les codes sociaux et les lois qui organisent notre communauté, l'ordonne, la cadre, la démocratie (bien grand mot en ce moment ? mais l'histoire de l'humanité a connu peu de vraie démocratie, de manières brèves et parfois finissant mal), le travail rendu aux services des autres, en fonction de ses capacités (et quand je parle de travail, je l'étends à tout ce qui n'est pas considéré comme "un travail" aujourd'hui, tel qu'élever des enfants, animer des centres culturels et sportifs, les artistes, les bénévoles, ...), la fraternité aux travers des protections sociales, l'égalité au travers de l'éducation ou des droits communs (encore que, là aussi, bien grand mot en ce moment).
Mais c'est aussi l'organisation de l'exploitation des hommes par l'homme, la monétisation de la vie, la conduite d'un peuple selon des angles uniquement économique et sans respect de l'humanité, la "réal politique" qui contredit tout honneur et droiture de l'esprit, l'écrasement des plus faibles au profit de quelques uns, le productivisme et le profit comme seules règles.

La vie individuelle, ce sont les droits fondamentaux, la liberté, dans la limite imposée par la loi et ces mêmes codes sociaux, le droit de vivre, de se déplacer, de choisir son mode de vie et ce que l'on veut faire, avoir une morale (je ne parle pas de l'aspect religieux mais philosophique), avoir des espoirs, des quêtes ou objectifs personnels ambitieux, une forme de transcendance, le droit au bonheur.
Mais c'est aussi l'individualisme, le consumérisme, l'égoïsme, le corporatisme au détriment du plus grand nombre. Mais ces images négatives ne sont-elles pas le reflet indirect des aspects négatifs de notre société et donc non de la vie individuelle ?


Je ne cherche pas à faire de politique, je m'en garderais bien. Je ne me place pas sur ce niveau, bien trop bas aujourd'hui pour avoir un quelconque respect à mes yeux (les campagnes électorales actuelles sont d'un tel niveau de faiblesse, qu'elles mettent en périls les fondements même de notre ciment : la démocratie). Je reste sur un plan philosophique, non pas théorique, mais appliqué.

Pourquoi avons-nous cette contradiction ? Est-elle à ce point antagoniste ? Ou est-ce plutôt que "nous" avons choisi, ou laisser choisir par d'autres, notre organisation et nos droits fondamentaux individuels ? Où est la place de l'humain dans cette société ? Nous ne sommes pour faire court que des machines pour produire quelque chose, et si nous tombons en panne, certains aimeraient bien nous mettre au rebut, sans remord, échangeant une machine par une autre...

Alors tout n'est pas si noir, évidemment. Les associations, sportives, culturelles ou caritatives, l'espace accordé aux arts et lettres (espaces en déclin ou plutôt de moins en moins accessibles, voire même plutôt de moins en moins accédés) sont des aspects négatifs, mais plutôt construits en contre-réaction aux effets pervers de notre monde.

Je me situe dans cet espace, avec déjà le désavantage de ne pas comprendre un certain nombre de points de notre communauté (codes sociaux), en refus de certains principes : la marchandisation de l'humain, l'esclavagisme humain, les inégalités multiples telles que l'égalité homme-femme, l'égalité devant la loi, le non respect de l'honneur et du respect des autres.

Et je tente, malheureuse fourmi, conscient que ses efforts sont vains, d'inventer, pour moi, un mode de vie qui assume les deux, mais avec une recherche porteuse d'espoir, un idéal, qui par définition ne peut être atteint, mais qui vaut à lui seul le fait d'avoir vécu : être !

Combien de nous sont-ils affolés, atterrés, effrayés par cette réalité qui nous dépasse ? Combien sommes-nous pour tenter de changer les choses de l'intérieur, en commençant par ce qui semble le plus simple (mais qui ne l'est pas, simple), à savoir soi-même. Eviter l'égoïsme, penser la devise de notre pays comme un vœu pieux mais un idéal vers lequel on devrait tendre. Et s'autoriser à chercher le bonheur, non pas dans les réflexes que l'on nous apprend, tels que consommer est une forme d'accomplissement, travailler une forme de réalisation (encore que travailler, selon la philosophie Zen peut être une forme d'accomplissement lorsque l'acteur agit en conscience, en comprenant ce qu'il fait, pourquoi il le fait et en y mettant son âme, dans un instant fragile d'union corps et âme).

Je sais que cette route est difficile, je ressens celle-ci tous les jours. Parfois j'échoue, parfois j'ai de petites victoires. Mais qu'importe, le but est de parcourir un chemin, d'avancer pas à pas, et pas le but qui lui est inatteignable. Je ne suis pas un sur-homme, loin s'en faut ! Des défauts ? Oh oui, j'en ai : lâche, parfois égoïste, trop rigide dans mes interactions (asperger y est pour quelque chose aussi, sans me dédouaner). Mais j'ai aussi les qualités de mes défauts : un courage parfois qui m'étonne, une empathie très forte, une réflexion tentant de prendre en compte de larges variables et essayant de me dépasser moi-même, fusse-t-elle à mon propre détriment si elle est au profit des autres.

Je ne suis pas doué pour la philosophie, je ne prétends pas l'être. Je peux déranger par mes propos. je peux être incompris (ce ne sera pas la première fois ni la dernière). Mais tout mon chemin est celui de trouver "ma" voie qui pourrait inclure cette communauté que je ne refuse pas, mais qui m'effraie.

Et puis je suis humain, je commets des erreurs, mais j'ai aussi des objectifs qui me dépassent : être un père pour mes enfants, être juste (et non pas généreux comme certains le disent) avec mon ex-femme, pour elle mais surtout pour mes enfants, et bien sûr me reconstruire, ce que j'ai abandonné depuis de trop nombreuses années, emporté par le flux des événements, sans chercher à me poser trop de questions (ce qui ne veut pas dire que je ne m'en posais pas, mais j'en taisais beaucoup).

Cet égo-journal, forme de journal intime, mais publié et donc d'une nature un peu différente, peut être incompris, notamment par mes allers et retours, mes tergiversations, mes contradictions. Ce n'est pas du nombrilisme, ou l'expression d'un égo-surdimensionnée, ou d'une auto-flagellation, c'est une démarche longue et prospective, qui prend du temps. C'est ma démarche et je ne l'impose à personne.

Comme dirait Balavoine : si vous n'aimez pas mes chansons, ne les achetez pas...