lundi 10 avril 2017

Ego-Journal 58/

Si je vis, il me faut exister. Je ne peux pas faire l'affront à ce don qui m'a été donné : vivre ! Je me dois de me battre, comme toute vie dans cette immensité, pour survivre et me prolonger. En partie mes enfants sont un espoir de prolongation d'un rêve que peut-être ils porteront à leur tout, quête d'un espoir, d'une philosophie de vie, tourner vers l'impossible transcendance, mais qui donne un sens à ce monde vitrifié. L'autre partie est cet espoir fou que ma petite pierre, si laide soit-elle, si difficile d'accès soit-elle, puisse faire avancer l'humanité vers des idéaux plus nobles tout en respectant les contraintes de l'existence.


Mes enfants, bien plus que la notion de père, sont pour moi les personnes qui existent et à qui je dois le respect et toute mon affection pour les aider à trouver leur propre voie, voire mieux leur propre voix. Les aider à illuminer leur chemin qu'ils auront décidé, les rendre fiers d'eux-mêmes. Je veux qu'ils se réalisent et par là même, effet papillon, effet d'entrainement, par l'exemplarité, faire évoluer cette communauté abandonnée à des passions vils et sans avenirs, où l'argent et l'individualisme effréné sont les nouveaux dieux d'une histoire qui ne peut conduire qu'à la destruction de ce qui fait de nous des "humains".

Je ne suis pas arrivé à suivre moi-même mes propres prescriptions. Profondément respectueux de la femme et de sa place prépondérante dans notre époque, je n'ai sans doute pas su moi-même donner la place que devait avoir ma Roxane auprès de moi. Aurais-je pu faire mieux ? Aurais-je dû faire différemment ? Je ne le saurais jamais, le passé est gravé dans le marbre de ma tombe vivante, et je ne pourrais plus jamais l'effacer. Mais je me dois de continuer, non plus sur cet amour maintenant impossible, mais sur mon chemin de vie, un chemin escarpé, mais que j'espère meilleur.

Je préfère être un exemple, sans pour autant me croire supérieur, loin s'en faut, mais montrer qu'il est possible de faire autrement, d'être autrement. Je vois tant de gens rester en arrière, par peur, par crainte d'emprunter une voie discordante, fusse-t-elle juste et belle, que je veux leur montrer que même si celle-ci est semée d'embuches, elle a bien plus de valeur que cette monotonie que l'on nous impose, où l'on préfère que nous soyons des robots plutôt que des êtres sensibles et raisonnables à la fois. Je ne suis pas un modèle, mais je peux ouvrir les yeux d'autres, et pourquoi pas, parmi eux, que l'une d'entre ces âmes se révèle un de ces génies que l'on trouve une fois par siècle, et qui change la face du monde, faisant gravir l'humanité toute entière vers une nouvelle marche de son évolution.

Idéal, rêve impossible, folie d'un cerveau tourmenté, pour ne pas dire malade ? Peut-être... Et alors, si c'est le cas, je ne fais de mal à personne. Mais si une parcelle est une vérité, une possibilité même infime d'un avenir meilleur pour toutes et tous, alors je me dois d'essayer.

Je sais que je n'arriverais jamais à atteindre mon but, tout comme n'importe lequel de nos idéaux issus de nos plus vieilles philosophies de vie, pas celles tourmentant les esprits dans des raisonnements absurdes ne conduisant nulle part. Je sais que je suis imparfait, j'en suis plus que conscient, mon auto-critique étant sur développée, mais je sens au fond de moi que c'est ma seule chance de donner un sens à ce donc qui m'a été fait : ma vie.

Mes moyens sont faibles et limités : donner l'exemple dans mes relations intra-espèce, avec toute la difficulté d'un asperger dans ce mécanisme là, et écrire ce que je peux, fut-il inégal et peu accessible voire incompréhensible. Mais je me dois d'essayer, sinon je me renierais moi-même et ma vie n'aurait alors plus de sens, plus d'avenir. Et ça, je m'y refuse !