mardi 18 avril 2017

Ego-Journal 61/

Après une semaine de retrait de ce monde étrange auquel je ne comprends pas grand chose, en compagnie de mes enfants, de mes parents (et de quelques amis via Internet), je me sens regonflé à bloc. J'ai l'impression d'avoir rechargé mes batteries. Et pourtant...
Mon esprit ne peut se résoudre à approuver cette situation, mon cœur saigne toujours autant, mon âme est perdue. Je n'ai pas à me plaindre, je suis entouré (de loin), j'ai un travail (tout le monde n'a pas cette chance). Et pourtant...

Je ne m'apitoie pas sur moi-même. Je ne suis pas sans cesse en train de me chercher des douleurs existentielles, des rêves inassouvis, des imaginaires impossibles. Non, je n'aime pas me pencher sur moi-même, mais quand je le fais, j'ai mon regard analytique qui ne me ment pas. Je souffre, je suis seul. Et alors, me direz-vous (si un jour vous me parlez) ? Tu n'es pas le seul !

Oui, mais que peut un homme qui avait fondé sa vie autour d'un ange maintenant déchue ? Que peut un homme qui avait une famille, un écrin de douceur et de joies maintenant détruit ? Ce n'est pas que l'absence, c'est le vide qui a pris la place de tout ces instants. Alors, la vie, ma vie, n'est pas finie. Mais ce n'est pas vivre qui est important, c'est exister.

Et c'est pour cela que j'écris, à personne, à tout le monde, sans aucun espoir, si ce n'est pour moi-même. Dans ses basses-fosses d'une âme délabrée, j'espère trouver cette pépite qui me permettra à nouveau d'être, de briller. Non pas au sens "égotique", mais dans le sens que chacun a cette petite lumière qui le guide vers le meilleur de lui-même. Le chemin est long, et le sera encore. Il y aura des sentiers pentus, des champs de glaises, des marécages insalubres. Mais il y aura aussi peut-être des vallées de fleurs et d'espoirs.

Ne pouvoir exprimer ceci en direct à quelqu'un, de par mon infirmité de communication "conventionnelle", m'oblige à passer par des détours parfois tristes, parfois philosophiques, parfois des envolées lyriques déroutantes. Tout ceci, c'est moi. Je ne suis pas un! Je suis multiples. Je n'est pas l'autre mais l'autre n'est pas si loin de moi. Mon empathie me sauve d'un délire dévastateur en m'obligeant, de plein grès, à continuer à aider mes proches, à penser à leur bien-être, à avancer, même les chaînes aux pieds.

L'avenir est incertain, mais il en est de même pour tout le monde, je suppose, sauf pour qui ne se pose aucune question. Mais cela, je ne peux pas me l'autoriser. Vivre sans me poser des questions, vivre en suivant le cours du temps sans rien n'y changer, vivre sans exister et tenter, même sans possibilité objective d'y arriver, de changer quelque chose dans cet univers, non, ça, ce n'est pas moi !

Je ne suis pas un fou. Je ne suis pas non plus un saint. Je connais mes défauts, que trop. Et c'est une lutte incessante qui fatigue mon esprit, mon corps. C'est une lutte fratricide, mes frères étant ma multitude de "moi". Chacun a le droit d'exister, mais aucun n'a le droit de prévaloir sur les autres. Je recherche mon équilibre. Et cette quête est d'autant plus difficile que je suis profondément déséquilibré depuis cet événement soudain. Je n'ai aucun remord, ni aucune haine envers mon ange, ma Roxane. Elle avait besoin de changer d'air. Je ne peux lui en vouloir : qui voudrait vivre avec quelqu'un comme moi, d'aussi complexe et intransigeant sur lui-même. De plus, pour éviter de faire de la peine aux autres, et à elle en particulier, je n'exprimais que très peu mes souffrances. Il est vrai que nous n'échangions pas vraiment non plus, dans les deux sens. Et que le seul moment qui nous a été donné d'échanger était celui de la fin dramaturgique d'une histoire que je pensais éternelle.

Il me faut me tourner vers l'avenir, mais quel avenir. Je commence à avoir des projets en tête : mes enfants bien sûr, écrire toujours, et pourquoi pas aller plus loin. L'écriture n'est pas un défouloir mais une quête intérieure qui je l'espère peut résonner dans d'autres sensibilités, non comme une agression, mais comme un reflet de leurs propres émotions.

Mais je sais aussi, qu'une fois écrit, je ne maîtrise plus ce qu'il en adviendra. C'est d'ailleurs ma chance, arrêter d'essayer d'expliquer pourquoi, comment, pour qui, pour quoi. J'ai tant de mal à communiquer que cet échange unilatéral est le moyen le plus confortable et le plus riche à mes yeux. Le lecteur s'appropriera comme il l'entend ces traces noires sur blanc, cette mélodie d'une âme épris d'un voyage potentiellement incompris mais qui, pour moi, a du sens.

Alors, je ne baisserais pas les bras, mes mains continueront de s'agiter sur ce clavier, tantôt avec des lignes heureuses, tantôt avec des lignes de désespoir, tantôt avec des réflexions pseudo philosophiques (je ne prétends pas avoir le "savoir"). Après tout, je ne suis qu'un homme, un être humain, avec ses faiblesses et quelques forces...