mercredi 26 avril 2017

Ego-Journal 63

Le bonheur, il n'est pas pour moi car il faut être deux. Être heureux, à part des moments fugaces, comme avec mes enfants, il ne sera jamais rémanent, car il est conditionné aussi, pour moi, au bonheur. Écrire, pour moi, c'est prendre un risque mesuré d'exposer ce que je suis, ce que je ressens, tout en prenant cette forme de distance sur soi-même, via les règles imposées (orthographe et grammaire autant que possible, codes de la poésie, ...) ou tout simplement cette distance que les mots écrits sont un instant T de ma perception de ma vie, de mon être.

Je ne suis pas ce que j'écris, mais c'est la forme la plus proche de moi, à l'instant où je l'écris. Lorsque je le publie, ce n'est déjà plus moi. D'autant plus que les lecteurs, s'ils existent, vont se l'approprier et en faire leur propre interprétation.

Hier, j'ai reçu un retour qui m'a profondément touché. Cela ne parlait pas seulement de mon texte, mais surtout cette humain, cette âme pleine, m'a affirmé qu'il avait aussitôt après écrit et écrit encore et encore, pour lui-même et qu'il avait eu du plaisir à le faire ! Quel plus beau compliment que celui-ci ? Ce n'est pas tant ce que j'écris qui m'importe, vu que je le fais pour moi au départ, mais le ressenti des autres et ce que cela peut provoquer chez eux. Et quand c'est positif à ce point, car très intime, alors là, je goutte un instant heureux, avoir pour instant seulement donner de la force à quelqu'un que je ne connais pas pour qu'il s'exprime lui aussi.

La poésie, la littérature en général, c'est s'exprimer. Et dans notre société, où la pensée unique, pas seulement économique ou politique, où il est "mal" d'avoir des émotions, une intimité sensible et un cœur qui bat, celles-ci sont un bien précieux. Je peux bien sûr l'étendre aux autres arts (graphique, sculpture, théâtre, musique, cinéma, ...). C'est le fondement même de notre humanité. Et je ne peux constater, hélas, que certains de ces arts sont renvoyés au fin fond des oubliettes de notre mode de vie. Que s'est-il passé, par exemple, pour que les poètes admirés jusqu'à la fin du XIXe siècle, voire début du XXe siècle, tombent dans la désuétude, absents des éditions, absents des lecteurs.

Peut-être la société de consommation qui pousse à produire du prêt à mâcher (comme les "blog busters"), où le cerveau et l'âme humaine doivent être éteints, sous peine de les obliger à se poser des questions, sur leur vie, sur ce monde et sur l'avenir ?

Je n'ai pas la réponse, je ne suis ni philosophe (j'aime la philosophie mais je suis un inculte patenté en la matière), ni économiste, ni sociologue, ni psychologue... Je suis simplement un humain qui se sent en décalage avec le monde qui l'entoure, et ce, depuis sa plus tendre enfance. Je me posais des questions existentielles, très jeune, et je continue. Je m'interroge sur moi-même et le sens de ma vie depuis que je sais penser. Et plus encore depuis que je sais écrire.

Je ne prétends pas savoir, ni être un modèle, loin s'en faut. Je suis sans doute quelqu'un de peu recommandable, se posant trop de questions, trop entier et hyper rationnel (oui, je sais, cela semble contradictoire, mais mes capacités analytiques sont importantes, avec la capacité d'englober de multiples causes et conséquences et d'en tirer un système ou une équation qui me pousse à réagir humainement et non scientifiquement).

En ce moment, puisque c'est aussi un égo-journal, je doute fortement du sens même que mon travail m'apporte (celui professionnel). Je me sens si incompris et méprisé, sans volonté pourtant des autres d'en arriver là, mais c'est mon ressenti, qu'ajouté à ma condition actuelle de célibat forcé et non voulu (oh que non!), que je remercie les médicaments qui me permettent de conserver un équilibre mental et psychologique, laissant ma raison conserver un brin de contrôle sur mon être.

Dans le milieu professionnel, je n'exprime pas mes émotions, c'est indécent. Donc je parle selon la logique et dans l'intérêt des objectifs finaux. Et quand en face, seule l'émotion parle, sans la raison ou presque, je suis soit obligé de me taire, renonçant à la réussite du projet même pour lequel je me suis engagé, soit obligé d'affirmer avec force et conviction le raisonnement que je tiens en démontrant que l'autre n'a aucun raisonnement logique et que celui-ci le conduit à une impasse dommageable. Et lors que je fait cela, premier ou deuxième choix, dans les deux cas, c'est l'émotionnel des autres qui s'exprime, pas la logique, le cartésianisme qui permet de faire avancer des sujets, surtout quand ceux-ci sont complexes et si peu maîtrisés par la plupart des intervenants.
Je suis donc torturé entre mon engagement professionnel et tout mon être qui me dit : Part ! Fuis ce milieu ! Et je me rappelle une phrase que l'on m'a dite au début de ce projet : si quelqu'un se noie dans la rivière, ton rôle n'est pas d'aller le sauver ! C'est le contraire même de ma philosophie de vie. Je préfère sauter, puis lui apprendre à nager. Mais ici et maintenant, je sens que personne ne veut apprendre et qu'ils continuent à vouloir se noyer malgré eux. Faut-il que je renonce à mes principes fondamentaux ? Faut-il que je fuis pour ne plus voir ce naufrage ?

Et pourtant, il y a aussi des personnes qui apprennent, qui évoluent, qui comprennent et qui, eux, font avancer les solutions. Alors que faire ? Persister et continuer à me prendre des claques injustes et injustifiées, juste parce que leur compréhension est limitée par leurs émotions ? Ou tout lâcher, jeter l'éponge ?

Parfois, il faut savoir lâcher. Cela d'ailleurs résonne énormément avec ma vie personnelle, où, après un temps de supplication, de tentatives multiples et folles pour empêcher le drame de la séparation, j'ai dû lâcher, accepter l'échec, cette souffrance dévastatrice qui continue à secouer mes tripes, à rendre malade mon âme et mon cœur.

Pour les aspects émotionnels, j'ai choisi d'exprimer via mes écrits, de vivre au travers de mes lignes, même seul, même isolé, mais de vivre en espérant me reconstruire petit à petit. C'est là que s'arrête la comparaison avec le professionnel, car ceci n'est pas envisageable, car la lecture sera à nouveau émotionnelle et non rationnelle.

Alors je vais mieux, peut-être, pas sûr, mais je vis, ça c'est certain. Mes écrits alterneront encore et toujours entre le Spleen et l'Idéal, car ce démon qui me tire, c'est aussi moi-même, il est moi, mon double, mon reflet. Et le projeter sur le papier me permet de continuer à le maîtriser, un peu.