mardi 11 avril 2017

Titre provisoire : l'isolement ultra connecté 12/ (chapitre 14)

Chapitre 14

Ma conscience refait surface doucement, tandis que mon corps reste immobile et insensible. Je ne peux pas ouvrir les yeux, mais je sens la lumière qui m'entoure. Je sens aussi des présences humaines qui s'affèrent autour de moi, sans pour autant s'approcher de cette carcasse sans mouvement.

Je ne veux pas donner un signe que je m'éveille. Je veux d'abord savoir ce qu'ils m'ont fait, comment je suis maintenant. Petit à petit, ma conscience fait renaître mon esprit, je sens les tuyaux plantés dans mes bras, sans doute des gouttes à gouttes.



Je sens aussi une forme de douleur à l'arrière de ma nuque, sans doute le nouveau comguide. Alors que mon éveil mental se fait de plus en plus précis, je ressens à nouveau les effets du comguide, cette liaison non maîtrisée avec les autres. Mes efforts pour ne pas divulguer mon réveil ne servent à rien, ils entendent déjà tout et savent, malgré mes précautions, que je suis réveillé.

J'entends leurs voix métallique, au travers du comguide :

  • Il devrait ne pas tarder à se réveiller. Surveillez ses paramètres, ajustez les doses de produit pour que son réveil soit le plus agréable possible, sans souffrance...
Je suis étonné. Pourquoi ne m'entendent ils pas ? Peut-être que l'implantation n'est que partiellement réussie ? Ou peut-être qu'il fait encore du temps pour que mes synapses s'accordent avec ce système bionique ? A partir de quand va-t-il se déclencher ? Est-ce que je m'en rendrais compte ? Je ne veux pas perdre cette indépendance d'esprit que j'avais gagné !
  • Sa tension est remontée, il ne devrait plus tarder à émerger. Mais je n'entends pas ses pensées.. Et vous ?
  • Nous non plus...
Je cherche à comprendre. Je les entends, mais pas eux. En même temps, je ne le souhaite pas, pas encore... Je veux analyser ma situation... Je ressens bien les connections, mais c'est comme si elles n'allaient que dans un sens. Et si l'opération était un échec ? Pourtant, je ne ressens aucune gène, je ressens même les impressions d'avant, ultra-connecté. Alors pourquoi ce silence vers eux ?
  • Vérifiez l'implant ! Est-il bien en fonction ?
  • Oui, je l'ai déjà vérifié et il fonctionne correctement. Je perçois les signaux qui transitent et son système nerveux est bien connecté.
Et si ? Il faut que je tente quelque chose. Mentalement, je choisis mes mots :
  • Où suis-je ? Est-ce que l'opération a réussie ?
  • Vous avez entendu ! Nous avons réussi ! Il communique à nouveau !
  • C'est extraordinaire, nous n'étions pas arrivé à ce stade précédemment. La reconnexion a réussie !
Maintenant, à l'inverse, j'essaye de penser en moi-même.
  • Que m'avez vous fait  ? De quels droits ? Je n'avais rien demandé.
Pas de réponse ! J'ouvre les yeux et les regarde. Ils sont tous autour de moi, affairés à leurs rôles respectifs : l'anesthésiste, le chirurgien qui ausculte ma tête dont un espace est ouvert sous mon support, le bio-électronicien qui vérifie les mesures, et Jean, à trois mètres de moi, un sourire aux lèvres.

Cette fois, je m'adresse à eux volontairement :
  • Vous n'avez pas répondu à mes questions...
Volontairement ambigu, pour savoir... C'est Jean qui me répond :
  • Vous êtes en salle de réveil et l'opération est un succès comme vous pouvez le constater. Vous vous rappelez, je vous avais dit de garder l' "espoir" !
Encore ce mot ! Et si ? Et si il connaissait le mot de code ? Et si il savait ce que j'arrive à faire ? Je retente une pensée pour moi seul :
  • L'espoir de quoi ? Être à nouveau ultra-connecté et non libre de mes pensées ?
Puis j'alterne avec une autre destiné à être communiqué :
  • Vous voulez dire que je vais pouvoir enfin réintégrer la communauté et me reconnecter ?
Un sourire aux lèvres, Jean poursuit :
  • Cela prendra encore un peu de temps, notamment pour vous, pour contrôler à nouveau ce nouveau comguide et être stable mentalement... La communauté vous attend... une nouvelle vie, normale...
Il faut que je sache s'il le mot de code est réel ou s'il est fortuit, mais comment l'exprimer de façon anodine ?
  • Cet espoir, est-il un nouveau départ pour moi, une "nouvelle" façon de vivre ?
Jean s'approche de moi, et me répond :
  • C'est une renaissance en quelque sorte...
Et là, je distingue ses doigts exprimant le mot de code, silencieux, imperceptible des autres : "Espoir".
  • Il vous faut encore vous reposer, l'anesthésie va diminuer mais comme la douleur va grandir, nous allons vous endormir pour laisser le temps à la cicatrisation. Soyez patient ! Nous fondons de grands espoirs en vous, vous êtes le "premier" à réussir !
Il est donc le 3ème ! Je suis abasourdi mais déjà je sens que l'on m'injecte un produit qui me replonge dans un état second. J'ai juste le temps d'esquisser, avant de fermer les yeux, un regard expressif vers Jean qui se tient à quelques centimètres de mon visage. L'espoir ! Quel espoir ? Je ne sais pas, mais je ne peux pas poursuivre mes questionnements, je m'enfonce et disparaît dans les limbes issus de la pharmacopée.