jeudi 13 avril 2017

Titre provisoire : l'isolement ultra connecté 14/ (chapitre 16)

Chapitre 16


Voici que la musique s'arrête et que les informations viennent à moi, pas aussi nombreuses qu'auparavant. D'abord ce sont de simples nouvelles du genre météo et trafic routier. Ma concentration n'est pas perturbée car ce sont des informations pour le moins inutiles dans le cadre de ma situation, toujours cloué à ce lit, dans cette pièce doucement illuminée.

Je continue de réfléchir à mes projets, à mes "compagnons" dont je ne sais rien mais qui attendent manifestement quelque chose de moi. Mais j'ai du mal à déterminer cet objectif, ou ces objectifs, chacun pouvant avoir le sien. Déjà le poète et l'architecte ont deux approches différentes, l'une plus introspective, l'autre plus dans l'action. Mais quand au troisième, Jean le beige, j'ignore toujours totalement ses convictions et les raisons de ses actes.


Les nouvelles changent et maintenant afflue des informations à caractère informationnel. Les options politiques du gouvernement, les échanges commerciaux, les statistiques en tout genre, recouvrant les activités humaines à l'extérieur, dans ce monde qui me semble étranger. Mais je dois réagir, je ne peux pas rester neutre, sinon le doute pourrait s'inscrire dans les analystes cachés derrières leur pupitres, surveillant les moindres de mes réactions cognitives. Ma pensée a du mal à se stabiliser et je sens que mon comguide est plus perméable à mes pensées.

  • N'est-ce pas un peu troublant que d'avoir ces informations alors que je suis actuellement coupé du monde réel ? Est-ce que cela fait parti de votre programme de réhabilitation ?
  • En effet, il vous faut petit à petit reprendre connaissance de ce qui se passe à l'extérieur, ceci afin de faciliter votre réinsertion. Nous comprenons que le premier lot n'avait pas beaucoup d'impact sur votre analyse. Mais c'était aussi un moyen de voir si vous ne sur-réagissait pas.
Sur-réagir ! Voilà un indice intéressant ! Il ne faut pas que j'en fasse trop, sinon ils pourraient découvrir que je contrôle, avec difficultés, cet implant à leur insu.
  • Je comprends. Mais je dois avouer que ces informations me semblent encore quelques peu étrangères. Cela fait longtemps que je suis coupé du vrai monde...
  • C'est exactement cela. Nous vous ... reconditionnons pour que vous puissiez vous réintégrer dans les meilleurs conditions. Néanmoins, vous avez raison. Nous allons diminuer le flux pour vous permettre de vous y habituer à nouveau. C'est une pratique que vous avez oublié, mais vous la connaissez et vous vous y habituerez à nouveau.
Reconditionnement ! Encore un mot fort, qu'il a manifestement hésité à prononcer. Comment dois-je réagir ? C'est clairement selon moi un piège.
  • Je ne pense pas que ce soit un reconditionnement mais plutôt un retour à ma vie. Ce mot me semble... déplacé ou mal employé. En tout cas, je n'y souscrit pas.
Un silence s'en suit, comme si les analystes discutaient entre eux. Puis, au bout d'un moment, j'entends à nouveau la voix :
  • Vous faites des progrès spectaculaires ! Nous avions un doute sur votre état mental, mais nous constatons que vous êtes déjà sur la bonne voie. Nous allons diminuer le flot mais le maintenir à un niveau moyen. Si jamais cela devient pénible, n'hésitez pas à nous le signaler.
  • Déjà, je ressens une pression moins forte. Je commence à me réhabituer aux messages du comguide. Pensez-vous que je vais rester longtemps encore ainsi immobilisé ?
  • Même si vos progrès sont rapides, nous préférons pour votre sécurité vous maintenir encore quelques jours ici.
Ma sécurité ou la leur ? Et pourquoi n'ai-je aucune visite physique ? Le comguide est aussi un outil de communication inter-personnelle, appuyant les dire de l'autre, en face à face, décodant les émotions pour éviter les non-dits, les faux-semblants. Tout en pensant cela, je me rends compte que c'est exactement l'inverse que je cherche à faire, sans savoir si je le pourrais. Il est trop tôt pour affronter cette expérience. Je ne vais donc rien demander dans ce sens, pour le moment.
  • Je vais donc patienter et faire de mon mieux. La connexion semble de bonne qualité et je ne ressens pas d'effets secondaires, hormis qu'il faut que je réapprenne à recevoir ces informations sans que cela gène mes futures occupations.
  • Voilà encore un signe de progrès ! Vous admettez avoir encore besoin de temps. Nous allons alterner les informations et les espaces musicaux ou de relaxations. Nous faisons tout pour favoriser votre guérison.
Ma guérison ! Ma prison serait un terme plus exact. Mais à moi d'en faire mon espace de liberté. En serais-je capable ? Tôt ou tard, on me placera devant des experts en face à face, le jeu sera dangereux. Il faut que je m'y prépare.
  • Merci encore pour votre aide. Je n'espérez plus pouvoir réintégrer notre monde.
Et le flux d'information est remplacé par de la musique, me permettant de retrouver un confort mental propice à ma préparation à ce que je pressens être une étape décisive.

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