samedi 6 mai 2017

Titre provisoire : l'isolement ultra connecté 20/ (chapitre 22)

Chapitre 22


Au début, je ne vois que ce que j'ai vu auparavant. Des groupes sont formés, leurs échanges sont parfois cohérents mais hésitants, ou au contraire des échanges absurdes sans fondement de pensées.

J'évite du regard le groupe où se trouve "le chef". Ganelon me surveille toujours du coin de l'œil. Il respecte à la lettre les consignes qui lui ont été données.



Un des groupes attirent mon attention. Il est composé de 3 hommes et une femme. Je remarque d'ailleurs qu'il y a peu de femmes ici. Serait-ce que les hommes sont plus sensibles à des difficultés avec ce comguide ? Ou serait-ce que les femmes contrôlent mieux leurs pensées ?
Je ne saurais dire, ce n'est sans doute pas représentatif. Il doit y avoir d'autres ailes du même genre dans ce bâtiment où les proportions sont inversées.

Je les écoute donc, en les observant. Je masque les lenteurs où les hésitations dans les paroles que j'entends via mon comguide :

  • La nature éblouit dehors de sa splendeur végétale !
  • Tu as raison, l'esprit humain est variable et désorganisé.
  • Mais pourquoi faudrait-il que la Lune s'empare de la nuit ?
  • Peut-être une façon de nous retourner ?
Tout ceci me semble incohérent, mais je ne sais pourquoi, je continue d'écouter :
  • Si la nature nous entoure, ces murs nous empêchent d'en profiter.
  • L'astre de nuit n'est pas désespoir, il est un guide pour ceux qui marchent dans la nuit.
  • Je n'arrive pas à me projeter dans cet espace infini au dehors.
  • Savoir contrôler les pulsions, être en paix avec soi-même !
C'est une discussion manifestement à caractère philosophique. Mais quelque chose me dit qu'il y a autre chose :
  • Penser sans filtre est-il un bénéfice ?
  • Le vent soulage le ciel des nuages qui l'embourbe.
  • Je voudrais poser mes pieds nus sur la prairie.
  • Peut-être un jour le pourrons nous ?
  • Avez-vous vu le dernier arrivant ?
  • Oui, le chef a dit de l'ignorer pour le moment.
  • Est-il lui aussi dans notre espace muet ?
  • Nous le saurons bientôt.
Là, je me sens à l'évidence concerné. Mais je retiens quelques phrases qui m'intriguent :
"L'esprit humain est variable et désorganisé. Ces murs nous empêchent d'en profiter. Savoir contrôler les pulsions, être en paix avec soi-même ! Penser sans filtre est-il un bénéfice ? "
La discussion n'est pas si incohérente qu'elle en a l'air au premier abord. Un fil conducteur semble exister. Bien sûr, certaines phrases me semblent hors propos. Mais si elles avaient un sens que je ne comprends pas :
"La nature éblouit dehors de sa splendeur végétale ! L'astre de nuit n'est pas désespoir, il est un guide pour ceux qui marchent dans la nuit. Le vent soulage le ciel des nuages qui l'embourbe."

Est-ce que tout cela ne tourne pas en fait autour de notre inconscient, qui lutte contre ce comguide intrusif, en tout cas tel que je le vis. Sauf que moi, je semble le contrôler. Mais je me rappelle la mise en garde de Nicolas. Comment faire pour en savoir plus, sans risquer de me dévoiler, ni à eux, pour ma sécurité, ni aux beiges, pour ma liberté ? Comment faire aussi pour que ce passage ne me soit pas néfaste vis-à-vis du jugement médical des beiges ? Leur montrer que je suis prêt à sortir ?

Je continue à les écouter :

  • L'œil nous observe.
  • Le récepteur nous écoute.
  • Doit-on se taire ?
  • Non, nous devons continuer !
  • Mais et lui ?
  • Nous l'ignorons, ce sont les ordres !
  • Il semble différent. Déjà, je n'entends pas ses mots.
  • C'est vrai, je l'ai remarqué moi aussi.
Danger ! Je me dois d'être entendu, même de façon anodine. Garde le silence est un signe évident du contrôle de mes pensées et du comguide.
  • Moi : On m'a demandé... de vous observer, sans... communiquer.
  • Tu as entendu ?
  • Oui, c'est le chef qui a donné cet ordre. Je comprends son silence. 
  • Mais quand même, il est étonnant que nous n'entendions pas plus.
  • Moi : Je me tais..., j'écoute. Je ne pense... pas.
Un silence suit cette dernière phrase venant de moi. Ais-je commis un impair ? En tout cas, Ganelon c'est levé immédiatement et s'est rapproché du chef pour lui parler :
  • Ganelon: Il ne pense pas ? Comment est-ce possible ?
  • Laisse le faire pour le moment ! Qu'il observe ! Nous arrivons à la fin de la journée, nous verrons demain...
Et effectivement, quasiment juste après, cette même sonnerie et ce même message survient :

  • Il est temps pour tous de retourner dans vos chambres où vous seront apportés vos repas.
Tous, nous reprenons notre route vers nos chambres respectives, où notre repas nous est apporté puis débarrassé. Je constate que les murs des chambres forment un isolant, ce que je n'avais pas remarqué hier. Je n'entends aucune voix, aucun son via mon comguide, hormis cette douce musique nous préparant à la nuit.
"Nous verrons demain."
Mon voyage et mes difficultés sont loin d'être terminées. Ce qui me rassure pour le moment, c'est que cela se passe dans le calme, si je mets de côté la réaction quasi violente du "chef" au début. Je constate aussi qu'aucune intervention, directe ou indirecte, n'est intervenue par les beiges. Je suis donc en observation par les deux parties, mais avec des objectifs contradictoires.
Je dors, mais je passe la nuit dans mes rêves à évoquer les différentes options, les possibilités multiples, imaginer d'autres mondes ou situation. Puis je sombre dans le sommeil profond...

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