dimanche 7 mai 2017

Titre provisoire : l'isolement ultra connecté 21/ (chapitre 23)

Chapitre 23


Me voilà au petit matin, petit déjeuner servi dans ma chambre... Pour un peu, je me croirais à l'hôtel si le n'était pas aussi froid !
Je finis cette nourriture du matin et je me dirige à nouveau dans ce couloir, vers la salle commune où je sais déjà que l'on m'attend. Mais je ne sais pas "ce" qui m'attend.



J'entre dans la salle. Les groupes sont déjà formés. Ils "parlent" déjà entre eux. A peine mon arrivée détectée, je ressens des regards et des interrogations, ainsi que le regard très insistant du "chef". Ganelon se dirige vers moi déjà.

  • Bonjour... Ganelon.
  • Pas de ça... avec moi... Tu vas t'assoir ici, comme hier, le temps que l'on décide.
  • Décider.... mais de quoi ?
  • Ne poses pas... de question !
Bon accueil, s'il en est ! Sans broncher, je vais m'assoir à ma place d'hier, en observation des groupes et à l'écoute des échanges.
  • Le chef : Bon, on peut lui faire passer le test. Cela a assez duré !
  • Un autre : Tu es sûr ? Il me semble mal en point...
  • Ganelon : Moi... je n'ai pas confiance !
  • Le chef : Toi, tu fais ce qu'on te dit ! Il n'est pas si mal en point qu'il le laisse paraître. Et je veux savoir !
  • L'autre : Comment veux tu t'y prendre ?
  • Le chef : Comme d'habitude ! Ganelon, à l'action !
  • Ganelon : Bien, je le fais, mais je ne suis pas d'accord.
  • Le chef : Qu'est-ce que je t'ai dit ! Tu ne discutes pas, tu obéis !
Ganelon grommèle un son bizarre, comme un ruminement. Je n'avais jamais entendu cela au travers d'un comguide ! Il se dirige vers moi, la figure indiquant le mécontentement et la crainte. Que va-t-il donc faire ? Me faire ?
  • Viens avec moi ! Tu vas t'assoir à cette table, avec les 3 autres personnes. Tu vas être jugé.
  • Jugé ? Je ne... comprends pas ?
Toujours faire semblant de manquer de précision dans mon usage du comguide me fatigue, mais je pense qu'il faut que je fasse particulièrement attention. Quelque chose me dit que l'interrogatoire des beiges ne sera rien à côté de ce qui va suivre...

Je m'installe à la table, face aux trois "juges". Je prends conscience du nombre 3 : comme pour le jury des beiges ! Cela ne peut pas être un hasard. Sans doute une reproduction de ce qu'ils ont dû eux-mêmes subir.
  • Au centre : Bien, tu vas nous dire ce que tu fais ici !
  • A droite : Tu dois répondre vite à nos questions !
  • A gauche : Peut importe le sens des questions, vous devez répondre !
  • Au centre : Bien, vous êtes bien assis ?
  • Oui... mais je ne comprends... pas...
  • A droite : Vous n'êtes pas là pour comprendre ! Juste répondre à nos questions !
  • A gauche ; Et de manière courte et spontanée :
  • Au centre : Que faites-vous ici ?
  • J'ai perdu l'usage... de mon comguide, on m'a opéré... et on m'en a implanté... un nouveau et transféré... ici.
  • A droite : Non, que faites-vous ici ?
  • Je ne comprends... pas.
  • A gauche : Que faites-vous ICI ?
  • On m'a demandé de venir... à cette table... pour être jugé...
  • Au centre : Ca, on le sait. C'est nous qui vous avons fait venir ! La question est pourtant simple : Que faites-vous ici ?
  • Je ne comprends... pas votre question.
  • A droite : Il se fout de nous !
  • A gauche : Attends, je vais essayer autre chose. Quelles sont vos motivations ?
  • Si je peux, sortir d'ici... et retourner dans ... le monde normal.
  • Au centre : Vous savez que cela n'arrivera pas ! Quelles sont vos motivations ?
  • Si je n'ai ... aucun espoir de sortir... alors je ne sais pas.
  • A droite : Vous ne croyez pas ce qu'il dit, n'est-ce pas ?
  • Au centre : Vous avez des difficultés avec votre comguide ?
  • Je dois me ... concentrer pour... communiquer. Comme d'autres ici.... apparemment.
  • Au centre : Apparemment, c'est bien le juste mot !
  • A gauche ; Êtes vous là pour nous espionner ?
  • Vous espionner ? Mais ... de quoi ? Pourquoi ? Je... suis comme vous, ... un patient.
  • A droite : Je vous dit qu'il se fout de nous !
  • Au centre : Vous êtes... trop parfaitement malade pour ne pas être un espion. Vous êtes jeune et on n'a jamais vu des jeunes ici, dans votre état.
  • A gauche : Qu'est-ce que vous nous cachez ?
  • Je... ne cache rien. Je suis jeune, oui... Mais je n'y peux rien si je... suis le premier... à être venu ici à... cet âge. J'aurais préféré... ne jamais venir ici...
  • Au centre : Vous comprenez ce qui se joue ici, ou pas ?
  • Non
  • A droite : Attendez-moi, une minute, je vais voir le chef...
Aussitôt dit, aussitôt il se rapproche du chef qui se tient à l'écart et qui a suivi l'intégralité de cet interrogatoire. Et là, ce que je vois me stupéfie : ils parlent avec les mains, et non pas avec leur comguide. Je reconnais le langage, sans doute ne savent-ils pas que je comprends. Le plus discrètement possible, je suis la conversation.
  • Celui de droite : Il nous cache quelque chose, c'est sûr !
  • Le chef : Oui, je le pense aussi. Mais je n'arrive pas à savoir quoi !
  • Celui de droite : Peut-on prendre le moindre risque ? Doit-on lui... faire subir un accident ?
  • Le chef : Quelque chose me dit que non, et pourtant, ce serait logique. Regarde-le ! Il est apeuré mais pas parce qu'il serait des leurs. On dirait que c'est de nous qu'il a peur !
  • Celui de droite : Il a de quoi !
  • Le chef : Non, c'est autre chose. Je n'arrive pas à cerner son personnage... et son rôle ici.
C'est alors que les deux qui restent reprennent l'interrogatoire. Je m'efforce de suivre les deux discussions, avec un effort mental important pour pouvoir suivre ces deux modes de communications en même temps et continuer à faire semblant avec les deux en faces de moi. Je dois continuer à suivre la conversation des mains ! Cela ne peut pas être un hasard ! C'est impossible !
  • A gauche : Pendant combien de temps étiez vous dans l'aile des sourds ?
Quel drôle de nom pour ceux qui ont perdu leur comguide ! Mais je comprends...
  • A peu près 3 mois. J'ai... subi beaucoup de tests.
  • Au centre : Avez vous été violent ?
  • Non ! Pourquoi... donc ?
  • Le chef (avec les mains) : Il y a quelque chose qui cloche !
  • Celui de droite (avec les mains) : On l'élimine ?
  • Au centre : Perdre la parole, voilà qui est violent. Vous pourriez être devenu fou.
  • Si c'était... le cas, auraient-ils pris le... risque de m'implanter... un autre comguide ?
  • Le chef (avec les mains) : Non ! Attends...
  • A gauche : Qu'avez vous fait durant ces trois mois, hormis les tests ?
  • J'ai lu...
  • Le chef (avec les mains) : Serait-ce possible ?
  • Au centre : Vous avez lu ! Rien d'autre !
  • Que pouvais-je faire... d'autre ?
  • Le chef (avec les mains) : Est-ce que vous suivez notre conversation ?
Que dois-je répondre ? La question a été formulée avec les mains. Si je dis oui, je me trahis. Si je ne réponds pas, je sens le couperet s'approcher de ma tête...
  • Au centre : Vous n'avez même pas essayé de parler avec d'autres ?
  • Le chef (avec les mains) : Oui, c'est ça, très bonne question !
  • Je ne... pouvais pas... Nous étions surveillé... et cela semblait... interdit.
  • Le chef (avec les mains) : Pour la dernière fois, avez vous suivi notre conversation ?
  • A gauche : Vous êtes un mouton ! Inutile !
  • Inutile ? Mais, je peux... guérir. Pourquoi ne .... pourrais-je avoir... l'espoir ?
Et simultanément, parce que je sens qu'il est plus que temps que je sauve ma vie, je fais le signe de l'espoir le plus discrètement possible.
  • (avec les mains) : Espoir !
  • Le chef : Arrêtez tout !
Cette fois, il a utilisé le comguide ! Il se dirige vers la table et me fixe du regard, comme s'il cherchait à lire dans mes pensées. Mais il ne peut pas ! Je contrôle mon comguide !
  • Le chef : L'interrogatoire est terminé. (puis avec les mains) Votre infirmité est-elle simulée ?
Je le regarde, désemparé. Que dois-je répondre ? Je suis pris au piège ! Si je révèle que mon comguide fonctionne, mais que je fais semblant, c'est que je cacherais quelque chose... Le reste de la discussion se fait uniquement par les mains, de telle façon que seul lui et moi voyons notre échange, à l'abri du regard des autres.
  • Que voulez vous que je vous réponde exactement ? Vous me mettez dans une situation dont je ne sens aucune possibilité de m'en sortir vivant !
  • Le chef : Bien au contraire ! Vous avez rencontré le poète, n'est-ce pas ?
  • Oui, et l'architecte aussi
  • Le chef : C'est vous !
  • Moi ?
  • Le chef : Leto, n'est-ce pas, c'est ainsi que vous vous êtes présenté avant hier à Nicolas.
  • Oui, c'est un nom qui vient de...
  • Le chef : Je sais ! Voilà qui change tout !
Il me regarde, puis regarde les autres. Il réfléchit.
  • Le chef (avec les mains) : Continuez à faire semblant pour votre comguide ! Suivez mon conseil !
  • D'accord !
  • Le chef (s'adressant via le comguide) : Non, il ne représente aucune menace. C'est un pauvre bougre qui n'a pas eu de chance, c'est tout !
  • Celui de droite : Mais, tu es sûr ?
  • Le chef, le regardant droit dans les yeux : Mettrais tu mon jugement en doute ?
Celui de droite fais non de la tête et s'efface. Les deux autres se lèvent de la table et s'éloignent. Il ne reste plus que le chef et moi. Il s'assoit en face de moi et poursuit avec les mains.
  • Le chef : J'ai entendu parlé de toi. Si ce qui m'a été rapporté est vrai, je suis surpris qu'ils t'aient remis un comguide. Tout comme je suis surpris que cela ait fonctionné. Mais, en fait, pas tout à fait, n'est-ce pas ?
  • Comment te faire confiance ?
  • Le chef : Direct ! J'aime ça ! Oui, je comprends. Attends demain, je vais t'apporter quelque chose et là, tu décideras si tu peux me faire confiance.
Il se lève et avant de s'éloigner, il se retourne et annonce via le comguide :
  • Leto est libre de discuter avec qui il veut. Il est des nôtres.
  • L'ensemble : Bienvenu, Leto !
Puis il me regarde du coin de l'œil, avec un sourire dont je ne saisis pas s'il est amical ou s'il est prometteur de biens d'autres ennuis.

Le reste de la journée, je me mêle à différents groupes, tout en continuant à simuler cette infirmité. Les échanges sont, comment dirais-je, anodins. On parle de choses et d'autres, sans but précis, si ce n'est parler.
Je me demande bien ce que le chef m'amènera demain. ET voilà encore un avec qui il va falloir que je compose. Je me demande si Jean le Beige à tout surveiller de cette scène ? Si oui, ou même s'il la regarde plus tard via les enregistrements, vu qu'il manipule lui aussi cette langue des signes, il sera au courant. Il aura compris sans doute ce que le chef a sous-entendu : "Tout comme je suis surpris que cela ait fonctionné. Mais, en fait, pas tout à fait, n'est-ce pas ?"

Le soir, dans ma chambre, je crains qu'à tout instant deux beiges rentrent dans ma chambre pour m'isoler ou me ramener sur la table d'opération. Il est impossible que Jean ne soit pas au courant. Que vais-je faire ? Et que me veulent ces différentes parties ? Que sont devenus l'architecte et le poète ?

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