mardi 9 mai 2017

Titre provisoire : l'isolement ultra connecté 22/ (chapitre 24)

Chapitre 24


Au matin, passé le petit-déjeuner habituel, rituel d'une prison dorée, je me dirige vers la salle commune au bout du couloir. Je m'attends à retrouver très vite "le chef", qui est sensé m'apporter quelque chose "pour me mettre en confiance". Mais en confiance pour quoi faire ? Car je me doute que ce n'est pas qu'une question d'amitié mais d'intérêts...



A peine arrivé dans la salle, je découvre avec surprise que Jean le beige est avec "le chef". Manifestement, ils m'attendaient. Je regarde dans toute la pièce, aucun autre beige ne s'y trouve. Ils s'approchent de moi tout en me parlant :

  • Le chef : Bonjour, je crois qu'aujourd'hui tu vas te sentir mieux parmi nous, puisque l'examen d'hier est terminé. Te voilà des nôtres !
  • Jean : J'ai pu voir les vidéos et je vois que tu as su t'intégrer très rapidement. Je suis confiant en ton avenir, d'un point de vue médical.
Il a vu les vidéos ! Il n'a pas pu manquer les messages échangés par les mains. Et pourquoi Jean semble aussi à l'aise avec "le chef" ? Je ne comprends pas.
  • Je suis content d'avoir pu passer... cette épreuve, même si je n'ai pas vraiment compris... son objectif. Par contre, j'en ai parfaitement compris ses enjeux...
Volontairement, je glisse quelques hésitations dans mes paroles, car elles sont forcément entendues des autres et je ne veux donner aucun indice à ces autres-là. Mais Jean n'est pas dupe, il m'a déjà parlé en direct. Et pourtant je ne vois aucune surprise devant ma façon de m'exprimer.
  • Jean : Le fait est que tu as dû te confronter à un groupe qui a ses règles, différentes. Et comme tu as perdu en partie ton adéquation au monde extérieur, c'est un bon moyen de voir tes réactions et ton adaptabilité. Et ce fut parfait !
  • Le chef : Mais tu n'es pas passé loin d'une fin moins heureuse...
  • J'en ai conscience... mais je suis surpris de vous voir... ici, Jean.
  • Jean : Je suis ton médecin référent. Il est normal que je suive tes progrès pour juger de la suite à donner.
Encore et encore ces expériences... Mais que me veut-il vraiment ? Et pourquoi cet individu de prime abord si désagréable; est-il maintenant si... convenable ?
Et c'est là que je remarque que les deux commencent à parler avec les mains, tout en alternant avec une discussion somme toute banale via le comguide.
  • Jean (avec les mains) : Est-ce que tu comprends ce qui t'arrive ?
  • Jean : Tu as encore des progrès à faire. Et je viens faire un peu le point avec toi.
  • Le chef (avec les mains) : Je t'avais dit que je t'apporterais une preuve de ma bonne foi. La voici, c'est lui !
  • Le chef : Monsieur me confie le soin de t'accompagner dans les prochaines étapes de ta possible guérison.
  • Jean (avec les mains) : Tu dois te demander ce que je veux, ainsi que mon acolyte ?
  • (avec les mains) : Effectivement, je ne comprends pas du tout à quel jeu vous jouez... Je suis un peu décontenancé.
  • Vous pensez que je... peux guérir ?
  • Le chef (avec les mains) : Tu as quelque chose de particulier, tu es différent et tu es notre espoir.
  • le chef : Guérir ? Ouh là, je ne suis pas médecin, mais je n'en ai vu aucun sortir d'ici. Donc je ne me ferais pas trop d'illusions là-dessus !
  • Jean (avec les mains ) : Je sais pour ton contrôle de ton comguide. Je l'ai compris dès notre premier entretien. Et je n'ai rien dit !
  • Jean : Je suis médecin, pas vous, effectivement. Rien n'est perdu d'avance. Mais il y a du travail encore à faire.
  • (avec les mains) : Mais vous avez été si incisif durant les examens ! Je ne comprends plus votre position à mon égard. Et je ne comprends pas non plus en quoi je serais un espoir pour vous.
  • Je m'efforcerais... de faire de mon mieux. J'espère... toujours pouvoir sortir d'ici.
  • Jean (avec les mains) : Je n'avais pas le choix, pour ne pas te trahir. Et quand à l'espoir, nous aurons le temps d'en reparler. Maintenant que je suis affecté à ta "guérison", je pourrais revenir souvent.
  • Jean : J'y compte bien, sinon vous me feriez perdre mon temps !
  • Le chef (avec les mains) : Et Jean a une autre nouvelle pour toi, qui devrait te faire plaisir et te rassurer.
  • Le chef : Et mon temps aussi ! J'ai d'autres responsabilités ici, moi !
  • Jean (avec les mains) : L'architecte et le poète vont bien et te transmettent leur bonjour, Leto. Ils renouvellent leur "espoir" !
  • Jean : Mais je suis sûr que vous ferez de votre mieux. Gardez l'espoir !
  • Je ferais... de mon mieux.
Pas besoin à ce stade de répondre avec les mains, le sens étant valable pour les deux dialogues.
  • Jean : Bien, je vais retourner à mon laboratoire et analyser tes derniers résultats. D'ici là, suit les consignes de mon assistant, qui sera mon relais au quotidien. Je reviendrais m'assurer de tes progrès.
  • Le chef : Comptez sur moi pour qu'il y travaille !
  • Jean : Bonne journée et bon courage ! Gardez l'espoir !
  • Merci... J'espère vous... revoir bientôt.
  • Le chef : Allez suis-moi ! Il faut que je te présente les autres avec qui tu vas apprendre ce qu'il te manque encore...
  • Le chef (avec les mains) : Ils sont tous dans le secret. N'ais pas d'inquiétude ! Mais continue à t'exprimer comme tu le fais avec ton comguide pour ne pas susciter des doutes chez d'autres !
Tout en me disant cela, Jean le beige s'en va par le couloir, empruntant sans doute la porte fermée dont il doit avoir le passe nécessaire. Le chef me tire par le bras, avec ménagement, vers un groupe d'hommes qui patientent, attendant notre venue manifestement. Certains ont l'air plus "abimé" que d'autres. Je ne sais que trop penser de cette situation. Dois-je faire une confiance aveugle ? Et si c'était encore un de leur tour, un piège ? Non, Jean le beige aurait déjà tout raconté et mon comguide aurait été retiré à nouveau et je me serais retrouvé dans la première aile, ou pire, à l'isolement pour de bon...

Pour autant, je ne suis pas rassuré. Qui sont ces gens ? Que me veulent-ils ? Qu'attendent-ils de moi ?

La discussion s'entame, sans les mains. Je comprends que très peu de personnes doivent maîtriser ce langage.
  • Un blond : Alors, ça y est, Leto ! Tu es parmi nous !
  • Un homme avec une cicatrice : Leto ! Quel drôle de nom quand même ! Mais si ça te va, ça me vas !
  • Un petit maigrichon : Tu n'auras plus à t'inquiéter de Ganelon. Il a ordre de te laisser tranquille.
  • Le chef : En effet, il devenait une gène. Si jamais, il t'ennuie sans que l'on s'en rende compte, n'hésites pas à nous en faire part !
  • Un mastodonte : Je me ferais un plaisir de lui apprendre à respecter les ordres et les bonnes manières.
  • Le chef : Du calme ! Ganelon peut nous être utile...
  • Le chef (avec les mains) : Mais méfies toi de lui, il travaille pour les beiges, pas Jean bien sûr...
  • Le chef : Bon, nous allons discuter assis autour de cette table. Tu as des choses à apprendre. Comment nous fonctionnons, qui fait quoi, qui dirige...
  • Je suppose que... pour le dernier point, il n'y a... aucune surprise... vous ?
  • Le chef : Ah ! J'aime ça ! Direct et intelligent ! Oui, moi en effet !
  • Le blond : Alors voici pour commencer l'organisation des repas. Comme tu as pu le voir, nous sommes nourris le matin et le soir dans notre chambre. Mais le midi ?
  • Je n'ai rien... eu.
  • Le blond : Exactement !
  • Le petit maigrichon : Et tu n'as pas faim ?
  • Si, bien... sûr !
  • Le mastodonte ; Et bien, on va t'apprendre comment manger aussi le midi...
Et la discussion se poursuit toute la journée, sur des sujets aussi divers que la nourriture, les habits, les horaires, les groupes à éviter, les divers déviances de certains des pensionnaires... Et ce jusqu'au soir ! 
L'impression d'un cours magistral qui aurait dû durer 1 semestre réduit en une journée. Je suis exténué à la fin de la journée, et lorsque retentit le signal pour que nous retournions dans nos chambres, je dois dire que j'étais soulagé.

Juste avant de partir :
  • Le chef : Demain, on continue. On est loin d'avoir fait le tour !
  • Le chef (avec les mains) : Garde l'espoir !
  • Je suis... épuisé. Beaucoup d'informations à retenir... Je pense que le sommeil me fera... le plus grand bien.
  • (avec les main) : J'essaye !
Et nous nous séparons dans le couloir. Une fois dans ma chambre, je ne sais toujours pas de quoi il retourne. Je sens que ma vie n'est plus aussi en danger qu'avant, mais est-ce le calme avant la tempête ? Je ne saurais le dire. Et de toute façon, je suis trop exténué. A peine le repas englouti, je m'effondre sur mon lit et je m'endors profondément. Jusqu'au lendemain...

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