samedi 3 juin 2017

Ego-Journal 72

Ce matin, je suis dans mon barque, sur mon lac, dont la surface est secouée. Ce n'est pas l'orage, mais un tangage qui me mets mal à l'aise. Mon âme se plaint, mon cœur pleure, ma raison est affaiblie. Mais je vois toujours le chemin à parcourir, et le courage est là, toujours présent, me poussant à avancer encore sur cette voie pour exprimer ma voix.

Je peux ne pas être compris, pire, je ne suis pas compris. Mais qu'importe, je ne peux pas entrer dans la tête et les sentiments des autres humains m'entourant. Je suis, je vis, à mon rythme et à mon époque.

Cette époque n'est pas la vôtre, j'en conviens. Je ne suis pas du XXIème siècle, et pourtant je maîtrise les technologies pour certaines pointues, mais je ne maîtrise pas les réseaux sociaux. Je suis de cette époque où l'on s'écrivait des lettres, sans jamais se voir, sauf rarement, du fait des difficultés de transports.
Aujourd'hui, tout va si vite, trop vite. Un message est quasi instantané, un voyage peut rapprocher deux personnes en quelques heures, si loin soient-elles l'une de l'autre. Ce n'est pas un mal, c'est sans doute même un beau progrès.

Mais où est ce plaisir, cette découverte de l'autre par son âme transpirant dans ses écrits ?
Combien de temps prenez vous pour lire ce que l'on vous écrit ? Sans doute encore moins que lorsque l'on vous parle... Et pourtant, chaque mot écrit est pesé, pensé et fort de sens, sans double-sens, sans double-jeu, sans faux-semblant.

Aujourd'hui, les faux profils, les faux écrits (copié-collé), les pensées empruntés à d'autres, sans prendre la peine d'y réfléchir soi-même et de la faire sienne en la reformulant au plus proche de votre vécu ? Et les paroles en direct sont parfois pires, s'y rajoutant les mensonges, les faux-semblants, les non-dits...

Je reconnais les efforts, mais O combien cette rapidité, cette instantanéité nuit finalement aux relations humaines. On ne se découvre pas en quelques minutes, mis à part les coups de foudre. Il faut du temps pour construire une amitié, un amour. Ce temps manque dans cet espace numérique.

Je ne veux pas couper mes liaisons numériques avec l'humanité, car c'est le seul moyen que j'ai trouvé pour essayer de communiquer, de transmettre ma vision du monde, de moi, de ce que je pense et imagine être une quête universelle, même si c'est à chacun de faire son chemin, choisir ses pas et de commettre ses erreurs. Je ne suis pas un guide, ni un saint, juste un humain qui pense, qui réfléchit, qui pleure, qui souffre et qui, parfois, est heureux.

Quand je lis un poème, parfois, je vois l'âme en face de moi, comme un tableau d'un grand maître, et je suis ému. J'imagine les chemins, les difficultés, les plaisirs, l'amour de cet être humain, différent de moi, mais fondamentalement pareil : humain !

Nous avons tous nos différences, mais celles-ci nous rapprochent si tant est que l'on accepte de voir ce qui fait notre humanité.

Je suis, maigre esprit et faible instruit, un peu philosophe, dans le sens le plus large du terme. Je ne cherche pas la philosophie absurde qui écarte de la vie. Je cherche celle qui colle à la vie, celle qui prend du sens et qui s'applique. Certains appellent cela parfois une religion. Moi, je vois dans les religions, avant toute chose, une philosophie de vie. Et tout ce qui s'en écarte, je le rejette avec force.

Par exemple, comment accepter que dans quasiment toutes les religions les femmes soient rabaissées, ne soient pas l'égal des hommes ? Comment accepter que certaines religions excluent ceux qui n'ont pas la même, voire même ne croient en rien ? Où est l'amour du genre humain ici ? Tout ceci n'est alors que jeux de pouvoir (homme vs femme, une communauté vs une autre), ce n'est pas le sens premier de ces religions.

Combien savent que la plupart des "prophètes" avaient eu des enseignements communs, proches du bouddhisme, qui ne prône pas la haine mais la tolérance, laissant le libre-arbitre à chacun. Bien sûr, même dans le bouddhisme, hélas, il y a des extrémistes, qui nient le sens même de ce qui était une philosophie et non une religion.

Vous pouvez être croyant, agnostique, athée ! Peu importe ! Il n'en reste pas moins que nous sommes tous des humains, avec leur sensibilité, leurs espoirs, leurs déceptions, leurs désillusions, leurs souffrances. Le libre-arbitre commence chez vous, mais se poursuit aussi chez les autres.

Sa liberté s'arrête où commence celle des autres.

Ce n'est pas qu'une loi, qu'un principe abscons. C'est une ligne de conduite. Nous sommes tous libres, mais jusqu'à quel point ? Selon moi, jusqu'au point où l'on n'empêche pas la liberté de l'autre.

Et là en découle pour moi mes principes fondamentaux : l'amour universel ou l'empathie (mais pas sans sens critique, certains ne méritent pas notre amour), le pardon (pour tous et toutes, ce qui ne veut pas dire ne pas souffrir, ne pas être blessé), m'améliorer chaque jour un peu plus (jamais parfait, la perfection n'existant pas, mais persévérer).

L'idéal est illusoire, certes, mais il est le fondement même de notre humanité. Toute notre histoire s'est fondée sur des idéaux, parfois corrompus dans le temps. Liberté, Égalité, Fraternité : trois mots forts et pleins de sens ! Impossible de les atteindre, mais est-ce une raison pour les écraser du pied et les ignorer ?

Nous valons tous plus que cela ! Je ne suis pas un exemple. A chacun de suivre SA voie et d'exprimer SA voix. Lire, écouter, apprendre des autres et se faire son éthique ! Ne pas mépriser mais comprendre ! Ne pas haïr mais avoir de la compassion, même si c'est difficile, ce qui ne veut pas dire absoudre. Le pardon n'est pas absolution, c'est juste accepter que l'autre ait commis des erreurs et espérer que celui-ci les corrigera (où que la société lui fera les corriger), et surtout, surtout ! ne pas renvoyer la haine à la haine, la colère à la colère, les mesquineries aux mesquineries. Nous valons mieux que tout cela.

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