vendredi 21 juillet 2017

Planète isolée : Chapitres 11 et 12

Chapitre 11

Je n'ai même pas vu passer la nuit, cette fois ! Je me suis endormi comme un bébé ! Le "lapin" était vraiment très bon ! J'espère en attraper un autre aujourd'hui...

Je fais le tour de mes réserves et équipements. J'ai de quoi tenir encore deux semaines, que ce soit au niveau énergie (le cuiseur notamment) ou au niveau des comprimés antibiotiques que je prends tous les jours. C'est la consigne donnée lorsque l'on est sur une planète non colonisée, et donc non testée biologiquement. Ces gélules aident notre corps à nous préserver de la plupart des microbes. Mais je sais aussi qu'il ne faut pas en abuser. Ils peuvent dangereux si on en prend trop d'un coup.



Par contre, côté nourriture, mes rations sont d'au plus 1 semaine. Il me faut donc continuer à trouver de la nourriture locale.

Deux semaines, est-ce que ce sera suffisant ? Je ne sais pas... Je vérifie mon drapeau rouge planté sur la cime des arbres. Toujours en place, toujours visible... Une fois là haut, je scrute l'horizon, le ciel... Rien, pas une trace de vaisseau, pas un éclair dans le ciel qui m'indiquerait une présence. Il faut que la nuit prochaine, je scrute le ciel. Je verrais peut-être les lumières de réacteurs dans l'espace. En plein jour, c'est très difficile, sauf à basse altitude, de les voir.

Oui, ce soir, je scruterais le ciel. Si je vois quelque chose, je ferais... Qu'est-ce que je pourrais faire ? Un feu ? Il ne le verrait sans doute pas. Peut-être qu'en bricolant les restes de mon vaisseau, je pourrais créer une sorte de phare, un rayon lumineux dirigé vers le ciel. Ca, ils le verraient ! Oui, ils le verraient, mais ça me prendrait de l'énergie sur mes batteries, et donc mon cuiseur...

Qu'est-ce que je dis ! Si je vois un vaisseau et qu'il me trouve, je n'aurais plus besoin du cuiseur !! Oui, il faut que je bricole ce truc. Le plus dur, ça va être de trouver des pièces pas trop abimées. Il faudra aussi que je fasse un test.

Toute la matinée, je passe donc mon temps à chercher des pièces, à les rassembler, les inspecter. Je commence l'assemblage comme je peux. Mais la pièce maîtresse, le phare, me semble bien endommagée. J'ai peur qu'elle ne tienne pas longtemps. Et si en faisant le test, je la grille, je n'aurais plus rien. Non, je ne ferais pas le test. Je scruterais le ciel, et si je vois quelque chose, le tout pour le tout ! Je dois quitter cette maudite planète !

Une fois le rongeur mangé, celui attrapé hier, je me redirige dans la forêt pour retrouver mes pièges, pleins d'espoir. Au fur et à mesure que j'avance, je fais des signes sur quelques troncs d'arbres avec une direction, histoire de ne pas me retrouver comme hier, perdu dans ce labyrinthe...

Après quelques détours autour de ces zones humides, je m'arrête un instant devant l'une d'elle. Il faut que j'en ai le cœur net ! J'attrape une branche d'un arbuste, avec des fruits accrochés dessus. Je plonge l'arbuste dans ce qui ressemble à un marécage de surface. Il ne s'enfonce pas beaucoup, comme moi quand j'avais marché dedans. Je l'y laisse quelques instants puis je le retire.
Les baies qui étaient accrochés à la branche sont comme putréfiés. La branche est elle-même noircie pour la partie qui a été partiellement immergée. Décidément, cette foutue forêt ne m'épargnera rien !

Je continue et j'arrive enfin au premier piège. Encore un "lapin" ! Super ! Je l'attrape et je continue mon chemin vers les trois autres pièges. Et là, je ne comprends pas. A nouveau, comme hier, mais les trois cette fois, ils sont tous refermés, mais rien à l'intérieur. Je scrute le sol, pour y voir des traces. Mais rien... Une vague traînée sur le sol, comme si on avait balayé superficiellement la terre, mais rien ! Pas une empreinte, pas une trace !
Qu'est ce qui peut bien avoir fait cela !?

Bon, j'ai une prise, mais cela ne me fera pas tenir une journée ! Je reprends les trois pièges et je les déplace plus loin. Je les mets un peu plus cachés, moins visible. Peut-être est-ce un oiseau ? Cela expliquerait l'absence de trace et son envol le balayage du sol en surface ?
Peut-être...

Je retourne dépité au camp, même avec ma prise dont je sais déjà que le goût va me plaire. Mais il va falloir que j'en fasse au moins deux repas.

Grâce aux marques sur les arbres, mon retour est plus rapide. Heureusement car l'ombre du soir commence à se répandre au niveau du sol, même si à la cime des arbres, la lumière est toujours là.

Chapitre 12

La nuit a été calme. La position de méditation active m'a permise de maintenir mon esprit dans l'état de non esprit. Mon enfant a semble-t-il beaucoup apprécié. C'est bon signe. Cela veut dire qu'il commence à intégrer les concepts clés de notre société.

Mais cela veut dire aussi que son arrivée approche plus vite que je ne le pensais. Il évolue très vite. Sans doute est-ce cette planète ? Quand je l'avais étudiée, il y a longtemps, en dehors des plaines hostiles, j'avais pu constater que la flore se renouvelait très vite. D'ailleurs, c'est ce que je constate aussi maintenant, car là où j'avais pris des fruits et des baies, les arbres et arbustes sont à nouveau riches de ces mets délicieux.

Il est donc probable que la nourriture que j'avale accélère le processus. Mais il ne faudrait pas que cela arrive trop vite. Je ne me sens pas prête. Pas encore ! Je dois me préparer mentalement et physiquement, et normalement, cela demande 3 semaines. Mais je pense qu'au mieux, j'ai une semaine devant moi.

Je dois donc démarrer dès maintenant mes préparatifs. Mais cet humain dans les parages ne me rassure pas. Durant cette phase, je serais encore plus diminuée, plus vulnérable. Et ce sera pire lors de la venue de mon bébé.

Non, je ne dois pas penser à cette créature sans morale ni conscience. Son peuple détruit tout sur son passage. Ce sont des cafards géants ! Là où ils passent, plus rien ne reste. Nous avons vu une des planètes qu'ils avaient colonisée. Elle était à ciel ouvert, la terre toute retournée, les machines tournaient à fond pour détruire et saccager l'écosystème. Tout cela pour des métaux dans les profondeurs de la planète ! Et la vie en surface ? Rien à faire ! Ce sont des cafards !

J'ai des provisions suffisantes pour aujourd'hui, je vais donc me consacrer à la première étape du rituel. Mais je mange d'abord quelques fruits et baies, car l'effort va être intense. Une fois rassasié, moi et mon enfant, je me place donc au centre de mon campement, allongée sur le sol.

Je place mes mains sur mon ventre, je sens les battements de son cœur. Je respire profondément, intensément, mais lentement. Je ferme les yeux doucement. L'inspiration naturelle, l'expiration poussée vers le bas de mon ventre ! Et je recommence plusieurs fois.

Une fois le rythme pris, je commence. Je tends mon dos vers le ciel, j'écarte mes mains, sans toucher le sol, puis je reviens à la position initiale. Comme me l'a appris la prêtresse ! Je recommence plusieurs fois... Puis je lève tout le bassin, en poussant d'abord par le dos, puis les jambes et la nuque. Je dois être un arc tendu prêt à tirer sa flèche.

C'est la partie la plus dure. Car maintenant, il me faut continuer à répéter le mouvement, mais dans la non pensée. Je libère mon esprit, Mon enfant se tait lui aussi. Et j'accentue les mouvements, pour ne faire plus qu'un, une onde en va et vient, comme une vague sur le bord d'un océan. L'écume se forme dans mon cerveau mais disparaît par la non pensée. Mon corps s'échauffe. Je ressens mon corps mais je ne dois pas en dépendre. La non pensée, ici et maintenant, en ondulations parfaites et continues.

Je perds la notion du temps, je ne sais même plus où je suis, bien que je ressente tout autour de moi : les arbres, les animaux de la forêt, ceux des marécages et sables de la plaine. Je ressens tout et rien en même temps. Je suis !

Lorsque le mouvement s'interrompt, il fait nuit déjà. Je suis épuisé. J'ai pris soin de placer à côté de moi de la nourriture pour après l'exercice. Je les déguste lentement. Ne pas avaler trop vite, mon corps les rejetterais après cette séance profonde. Je sens mon bébé qui dort profondément. J'ai réussi la première étape. Mais il me faudra continuer et accélérer les étapes. Normalement, je suis sensé faire ceci plusieurs jours d'affilés, mais je sens que je n'aurais pas le temps. Peut-être encore demain ?

Je ne sais pas. Je suis tellement épuisée que je m'endors là, sur le sol, là où je me suis mis en transe active. Je sombre dans les rêves post rituel. Ce sont toujours des rêves étranges. Certains disent qu'ils sont prémonitoires, ou qu'en tout cas, ils vous révèlent quelque chose. Je m'enfonce avec calme dans la douceur de la nuit.