samedi 14 octobre 2017

Ego-Journal 80

La vie est un cercle qui se referme in fine. On naît un moment, une date, et déjà la seule autre date inconnue mais qui est la seule à avoir une forme définitive, c'est celle de notre mort. Au milieu, ce sont des temps subis, les horloges qui rythment notre vie, comme le travail, les trains à prendre, les rendez-vous, les réveils matins... Ce sont des durées. Et tout le long, il y a notre moment, jamais le même et toujours identique, notre instant présent, celui que nous vivons, seul et avec tous, le seul véritable.

La mort ? Aucune importance : comme dit le proverbe chinois, un problème qui n'a pas de solution n'est pas un problème ! La mort n'est que la conséquence de la vie. La vie la conséquence de la mort. Rien ne se crée, tout se transforme.

Mais alors, qu'est-ce qui a de l'importance ? L'amour ! Mais pas cet amour charnel, cet amour de pacotille, celui que l'on fait "par dessus la jambe", si j'ose dire. Non l'amour avec un grand A. Il peut être pour une personne, il peut être pour l'humanité, il peut être pour tout ce qui nous entoure, animaux, plantes, montagnes, univers...



Et voilà le dilemme qui apparaît doucement : pour aimer, faut-il s'aimer ? S'aimer, c'est de l'égo ! L'égo, c'est cette partie insidieuse de nous qui nous dicte nos actions et nos mots, voire nos pensées, en fonction de nos besoins, de nos ressentis, de notre expérience, de nos désirs, de notre corps, cœur et esprit. Sa conclusion est souvent la décision, l'acte de décider et d'agir. Mais en y regardant de plus près, il n'est rien. Il n'est pas plus important que chaque parcelle qui nous constitue et il est aussi impermanent que l'est une pensée, une émotion, une douleur, un besoin. Il ne peut pas être notre moteur, ou plutôt, il ne devrait pas l'être.

L'égo est un peu notre diable lorsque notre conscience profonde serait notre petit ange... L'égo nous pousse à l'égoïsme, à l'individualisme, et dont par nature à ne pas aimer, sauf son propre nombril. Comment être heureux et humain si le seul point qui nous intéresse est ce petit bout coupé lors de notre naissance, censé nous libérer pour toute notre vie, mais qui est en fait notre propre prison mentale : notre cordon ombilical réduit à cet état de nombril.

Je ne suis ni un saint, ni un diable. Mais je sais que j'ai essayé d'agir toujours, non selon mon égo, mais selon ma conscience, et dans l'amour de l'autre et de ceux qui m'entourent, vivants ou non. J'ai voulu être heureux. Mais comme le dit Bouddha : "J'ai" est l'égo, "voulu" est le désir, ils ne sont pas compatibles avec le bonheur ; retire les, et il te restera "être heureux".
Mais voilà, sentimental, romantique, emporté par ses sentiments comme un fou dans une tempête sur son radeau, dans une société où personne ne fait attention au naufragé, trop occupé à compter les sous que vont rapporter les planches de bois vermoulues vendues pour réaliser ce fragile navire.

Aimer ! Oui, j'ai aimé. Être aimé ? Non, je ne l'ai jamais été. J'ai voulu y croire, à chaque fois. Je me suis même menti à moi-même pendant plus ces dernières dizaines d'années. Je le savais, intimement, au fond de mon être, mais je ne voulais pas voir la vérité. Je me suis abusé volontairement, j'ai ignoré les signaux, les messages. Et pour cela, je demande pardon. Jamais je n'aurais dû imposer ma présence, mon esprit malade d'amour à une autre âme, qui ne m'aimait pas, mais qui n'osait pas le dire, ou pas assez fort. Pardon de ne pas avoir écouter tes suppliques de te laisser vivre ! Pardon de ne pas avoir compris que nous n'étions que des amis ! Pardon d'avoir voulu croire, un instant, un instant seulement, que, peut-être, un jour, pendant une minute, une seconde, je pourrais être aimé comme moi je t'ai aimé, je t'aime et je t'aimerai. Pardon !

Pardon de t'avoir fait souffrir sans comprendre, pardon de ne pas avoir entendu ce qui n'était pas dit ! Pourtant, une fois qu'enfin, tu as osé, le miroir s'est brisé et j'ai vu la réalité. Ce mensonge de dizaines d'années, entretenu avec stupidité par mon égo, qui voulait être aimé, et qui refusait qu'il ne puisse pas en être ainsi ! Bien sûr, j'ai souffert ! Bien sûr, je me suis décomposé, mort vivant errant sur la terre sans plus aucun repère. Mais je n'en veux à personne, sauf à moi-même...

Même s'il est dur d'entendre que d'autres l'avaient vu aussi, voire le savait déjà dès le jour du mariage, cet acte si magnifique pour moi, l'aboutissement ultime de l'union de deux âmes, un symbole unique et universel, alors que ce n'était qu'un mensonge, de la poussière secouée comme lorsque l'on secoue un tapis sur lequel tout le monde s'est essuyé ses pieds... Oui, je regrette, non pas de t'aimer, mais de t'avoir fait perdre des années de ta vie.

Certains me reproche de n'être pas dans la réalité ? La poésie est-elle réalité ? Non, elle est vérité. Liberté, Égalité, Fraternité ne sont pas réalité mais vérité. Les sciences (physique, chimie, biologie, médecine, humaines ne sont pas vraies mais réelles. La seule science à être à la fois vraie et réelle sont les mathématiques. Mais la poésie, l'art, tout comme la philosophie, où le sujet est l'aussi l'objet, ne sont pas réels mais vrais. La poésie n'a pas besoin de la réalité, elle ne doit pas l'être.
On me reproche donc de n'être pas réel. Roxane ne s'appelle pas Roxane, mais pour moi, la vérité est qu'elle est Roxane. Elle n'a pas les attributs que je lui porte (ou ne les a plus) dans la réalité, mais pour moi, Roxane est véritablement ainsi.

Alors ai-je aimé un rêve ? Ai-je voulu désespérément croire à cette petite étincelle que je cherchais depuis déjà vingt années, quitte à, égoïste, m'aveugler de mon propre amour pour ne pas voir qu'elle ne m'aimait pas, mais n'était qu'une amie ? Je ne suis pas parfait, je le sais. Personne ne l'est. Mais j'aurais dû le savoir, ne pas aller dans ce sens, ne pas entraîner quelqu'un dans ma quête inaccessible...

Vous dites ? C'est inutile une telle quête ? Mais vous ne savez donc pas que c'est encore plus beau quand c'est inutile ! Je savais que je ne pouvais pas être aimé. Je pense que je ne suis sans doute pas le seul à être ainsi : différent, ni supérieur, ni inférieur, juste différent, suffisamment pour que personne ne puisse s'attacher avec Amour à moi. L'amitié, oui ! L'amour, non !

Je l'avais sans doute senti très tôt, je me souviens d'avoir eu peur de la perdre lorsque je l'ai demandée en mariage. Je voulais, égo, qu'elle me donne une chance d'être aimé. Mais plusieurs dizaines d'années plus tard, apprendre de part et d'autres que plusieurs savaient qu'elle ne m'aimait pas, et pourtant ce mariage ? Je n'en veux à personne. Personne n'est fautif, sauf moi et mon égo qui n'a pas voulu admettre que je ne pouvais que vivre seul, sans amour, cet Amour d'un couple (de la forme dont vous voulez). Quant à l'amour physique, je n'en parle même pas car il n'a aucun sens pour moi sans sa forme primaire et essentielle qu'est l'Amour pur.
Mais croire que c'était pour des raisons financières, ou toute autre raison, j'ai voulu cette union magnifiée, quelle erreur ! Je vois encore combien je suis totalement incompris, toujours, depuis ma naissance. Je n'y peux rien. Ils n'y peuvent rien. C'est ainsi.

Moi, je vais retourner mon cœur dans ma grotte, ne le laissant transpirer que dans mes écrits et auprès de mes très rares amis. Je sais que l'on me contredira, mais qu'importe ! L'amour est peut-être possible pour d'autres, mais pour moi, c'est une illusion qui restera à jamais enfermée dans mes lignes inégales. Jamais je ne pourrais être aimé, sauf par ma Roxane, celle qui vit dans mon cœur, depuis plusieurs dizaines d'années, que j'ai trouvée et qui ne me quittera plus. Elle est vraie, mais pas réelle ? Qu'importe ! Elle est vraie, c'est tout ce qui compte. Elle est composée de deux amours, les deux seuls amours que j'ai eu dans chienne de vie : un amour adolescent pour une jeune fille, amoureux transit et caché, un amour adulte pour une femme, amoureux fou et complet.

Trop différent, trop bête peut-être ? Trop, surtout ! Trop en tout !

Il me reste mes souvenirs, mes émotions, les sons, les odeurs, les sensations du contact des peaux, les pensées échangées, les regards donnant accès à l'âme de l'autre. Cela n'était pas réel, mais cela était vrai pour moi. Alors merci et pardon à la fois !

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